|
|
Le premier soulèvement
zapatiste |
|
||
|
Il revenait à Susana d'aller dans des dizaines de communautés pour parler avec des groupes de femmes et d'établir à travers leurs réflexions, la Loi des Femmes. Quand le CCRI se réunît pour voter les lois, les commissions concernant la justice, la loi agraire, les impôts de guerre, les droits et les devoirs des populations en lutte, et celle des femmes défilèrent une à une. Susana eût la tâche de lire celle qui réunissait les réflexions de milliers de femmes indigènes. Elle commença à lire et au fur et à mesure qu'elle lisait, l'assemblée du CCRI était de plus en plus inquiète. On entendait des rumeurs et des commentaires. En chol, tzeltal, tzotzil, tojolabal, mam, zoque et en "castillan", les commentaires fusaient de partout. Susana ne s'effraya pas et continua envers et contre tous. "Nous voulons qu'on ne nous oblige pas à nous marier contre notre gré. Nous voulons avoir les enfants que nous désirons et que nous pourrons élever. Nous voulons avoir le droit de tenir une charge dans la communauté. Nous voulons avoir le droit de dire ce que nous pensons et qu'on le respecte. Nous voulons avoir le droit d'étudier et même de conduire". Elle continua ainsi jusqu'au bout. A la fin régnait un silence pesant. Les lois des femmes que Susana venait de finir de lire, étaient pour les communautés indigènes une véritable révolution. Les responsables femmes écoutant encore la traduction dans leurs dialectes de l'exposé de Susana, les hommes se regardèrent les uns et les autres, nerveux et inquiets. Soudain, presque simultanément les traductrices eurent terminé et en un mouvement allant crescendo, les compagnes responsables commencèrent à applaudir et à parler entre elles. On ne peut pas dire que les lois des femmes furent accueillies à l'unanimité.Un responsable tzeltal dit même: "heureusement, ma femme ne comprend pas l'espagnol". Une "insurgente" officielle, tzotzil au grade de major d'infanterie lui répondit: "cela va t'emmerder parce que nous allons le traduire dans tous les dialectes". Le compagnon baissa le regard. Les responsables femmes étaient enchantées, les hommes se grattaient la tête. Moi, prudemment, j'annonçais une suspension de séance. Cette histoire resurgit, comme me le dit Susana maintenant, lorsque quelqu'un du CCRI lu un article de journal où l'on disait que la preuve selon laquelle l'EZLN n'était pas un mouvement authentiquement indigène était que les indigènes auraient pu se mettre d'accord pour commencer le soulèvement le premier janvier. Quelqu'un, en plaisantant dit que ce n'était pas le premier soulèvement, que le premier soulèvement avait eu lieu en mars 1993.Ils se moquèrent de Susana et celle-ci continua en laçant un "allez vous faire voir!" et autre chose en tzotzil que personne ne se risqua à traduire. C'est la vérité, le premier soulèvement de l'EZLN a eu lieu en mars 1993 et il était dirigé par les femmes zapatistes. Il n'y eût pas de pertes et elles gagnèrent. Ce sont des choses d'ici....
|