Les vendeuses


Quand une femme indienne reçoit un coup de pied dans la rue, elle ne sait pas si c’est parce qu’elle est Indienne, femme, ou pauvre. Dans les rues de San Cristóbal elles se déplacent discrètement pieds nus, les indiennes. Ce sont des femmes qui cherchent dans les rues leur subsistance, et celle de leurs enfants. Elles confectionnent des chemises, des bracelets, de la broderie, des poupées et comme une litanie elles récitent "achète-le, c'est beau". Souvent les fonctionnaires de la mairie les frappent.

Autrefois, racontent les femmes indiennes, "beaucoup d'entre nous donnaient leur travail aux magasins de la rue Real de Guadalupe ou sinon au gouvernement lui-même, à la Casa de las Artesanias. Ils nous payaient très peu".

"Nous nous sommes mises d'accord, au lieu de leur donner notre travail, mieux vaut le vendre nous-mêmes ici dans la rue, même si on nous chasse, si on nous frappe."

Le vingt neuf juin dernier, les vendeuses ont reçu du gouvernement l'ordre de ne plus vendre dans le parc central de la ville. Elles ont négocié à la mairie. Quand elles ont parlé de la façon dont les femmes sont expulsées de la place centrale - les mauvais traitements, les coups, les insultes - les fonctionnaires se sont regardés en riant. Alors, les Indiennes ont décidé de partir. Les fonctionnaires ont essayé de les retenir: "restez, nous allons continuer à discuter". Maria est intervenue en tzotzil: "Allons nous-en, nous n'avons rien à faire ici."

 

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