Sources documentaires de l’exposition. 

Femmes au travail, 3 pas en avant, 2 pas en arrière

 

 

 

Tous ces documents sont présents et disponibles à la Médiathèque de Noisy le sec


Ouvrages généraux sur le travail 

Le monde du travail, La Découverte, 1998

Castel, Robert, Les métamorphoses de la question sociale, Fayard, 1995

Gorz, André, Misères du présent, richesse du possible, Galilée, 1997

Gorz, André, Métamorphoses du travail, Galilée, 1988

Gollain, Françoise, Gorz, André, Une critique du travail, La Découverte, 2000

Meda, Dominique, Qu'est-ce que la richesse ? , Aubier, 1999

Meda, Dominique, Le travail, une valeur en voie de disparition, Flammarion, 1998Le travail des femmes

Un continent noir : le travail féminin, L'Harmattan, 2000

Les nouvelles frontières de l'inégalité : hommes et femmes sur le marché du travail, La Découverte, 1998

Alonzo, Philippe, Femmes et salariat : l'inégalité dans l’indifférence, L'Harmattan, 2000

Angeloff, Tania, Le temps partiel, un marché de dupes, Syros, 2000

Association Santé et Médecine du Travail, Femmes au travail, violences vécues, Syros, 2000

Battagliola, Françoise, Histoire du travail des femmes, La Découverte, 2000

Cromer, Sylvie, Le harcèlement sexuel en France, Documentation française, 1996

Genisson, Catherine, Femmes-Hommes : quelle égalité professionnelle ? , Documentation Française, 1999

Maruani, Margaret, Travail et emploi des femmes, La Découverte, 2000

Pigalle, Céline, Femmes au travail : de qui se moque-t-on ? , Prat, 2000

Silvera, Rachel, Les femmes et le travail : nouvelles inégalités, Montreuil, VO, 2000

 

Travail domestique

COMMAILLE, Jacques, Les stratégies des femmes : travail, famille et politique, La Découverte, 1993

Folbre, Nancy, De la différence des sexes en économie politique, Des femmes, 1997

Kaufmann, Jean-Claude, Le cœur à l'ouvrage : théorie de l'action ménagère, Nathan, 1997 

 

Précarité, flexibilité, exclusion

Dejours, Christophe, Souffrances en France : la banalisation de l’injustice sociale, Seuil, 1998

FILOCHE, Gérard, Le travail jetable, Ramsay, 1997

Freyssinet, Jacques, Le temps de travail en miettes, Ed. de l'Atelier, 1997

Maisondieu, Jean, La fabrique des exclus, Bayard, 1997

Rea, Andréa, La société en miettes : épreuves et enjeux de l’exclusion, Bruxelles, Labor, 1997

 

 


Le monde du travail en vidéos documentaires 

BARRAT, Patrice, Geraldo la crise et nous
Comment filmer la globalisation de l'économie, le FMI, la Banque mondiale ? Le réalisateur arrive ici à mettre en image à la portée de tous, des phénomènes complexes. En partant du cas de Geraldo, ouvrier depuis 6 ans dans une usine Ford de Saõ Paulo, qui apprend qu'il fait partie d'une vague de 2000 licenciements, et un journaliste va sillonner le continent américain pour savoir pourquoi.

COHEN, Jean-Luc, L'avenir ne tombera pas du ciel
Jean-Luc Cohen a filmé pendant huit mois le quotidien d'Emmanuel Poirier, délégué syndical à la S.C.R., filiale du groupe Eiffage, à Troyes. Avec un chiffre d'affaires de 35 milliards de francs, près de 30 000 ouvriers et 550 sociétés autonomes réparties dans l'hexagone, le groupe Eiffage est le plus grand des BTP français. Emmanuel Poirier a pris en charge l'aspiration au mieux-être des ouvriers qui, craignant pour leur emploi, étouffent leurs revendications à la fin de chaque mois. Au cœur de leurs doléances, la retraite à 55 ans et un salaire à la mesure de leur travail pénible. Le film est construit autour de la préparation d'une grève et d'une manifestation à Paris le 17 novembre 1997. La solitude du délégué syndical, son désintéressement, le désengagement des ouvriers à l'égard des syndicats dans un contexte de crise et de chômage, sont mis en relief dans ce film.

COPANS, Richard, Paroles ouvrières paroles de Wonder
Réalisé par deux étudiants de l'IDHEC en grève en mai et juin 1968, La Reprise du travail aux usines Wonder est un plan séquence de 12 minutes, qui montre une jeune ouvrière crier son refus de rentrer à l'usine après les accords de Grenelle. Ce document célèbre a inspiré à Hervé Le Roux le thème de son film Reprise. A partir des images tournées par Hervé Le Roux, Richard Copans a monté pour la télévision un film plus court, proposant une approche différente : il suit la chronologie, depuis la création de l'entreprise en 1917 jusqu'à sa liquidation en 1985 par Bernard Tapie. Démarche pragmatique mais non réductrice : sans reléguer les enjeux idéologiques au second plan, elle n'estompe pas non plus la chaleur et la générosité de certains témoignages.

LE ROUX, Hervé, Reprise
Au départ, il y a une image : une jeune femme brune, révoltée, qui crie. On est en juin 68, et c'est la reprise du travail aux usines Wonder, après la grève de mai. Deux étudiants de l'IDHEC filment la scène. Et cette jeune femme crie qu'elle y foutra plus jamais les pieds, dans cette taule... Trente ans plus tard, un des deux étudiants part à sa recherche.

DUBOSC, Dominique, Lip 1973 ou le goût du collectif
Le conflit LIP est l'une des grèves qui a le plus marqué le mouvement ouvrier français. C'est la dernière grève issue du mouvement de mai 1968 et la première mobilisation contre le chômage. Cette grève est l'une des premières à remettre en cause la logique capitaliste au nom de l'efficacité économique elle-même. De nouvelles pratiques syndicales se mettent en place, associant l'ensemble du personnel au combat et figurant ainsi une autre société possible.

FAROCKI, Harun, Les ouvriers quittent l'usine
"On a sans doute vu plus de portes de prison en cent ans d'histoire du cinéma que de portes d'usines". A partir du tout premier film, "La sortie des usines Lumière", Harun Farocki analyse des séquences de sorties d'usine dans des films d'archives ou des films de fiction (allemands et américains). Un commentaire précis sur des séquences choisies à travers toute l'histoire du cinéma donne une remarquable analyse de la représentation filmée du monde du travail, de la classe ouvrière. Dans tous les cas, la caméra reste au seuil de l'usine, et le réalisateur s'interroge sur cette absence de représentation du travail au cinéma. La plupart des films de narration commencent après les heures du travail. Les luttes ouvrières, les grèves, sont aussi filmées aux portes des usines : l'esplanade de l'usine est un lieu historique, avec la violence qui lui est liée. Aujourd'hui cette violence est symbolisée par les caméras de surveillance, les dispositifs de sécurité. Ce film montre à quel point le cinéma est un matériau précieux pour l'analyse historique, sociale et politique de nos sociétés.

IVENS, Joris, Misère au Borinage
Après la grève des mineurs du Borinage, en 1932, et la répression quasi immédiate du patronat, les mineurs connaissent le chômage et la misère. Premier documentaire militant, Misère au Borinage, par l'authenticité de ses images, est devenu un classique du cinéma-vérité. Muet à sa création, le film a été sonorisé en 1960 avec l'adjonction d'un commentaire. La courte durée des prises de vue séparées (comparée aux documentaires actuels qui contiennent des prises de vue d'une minute et plus) tient au matériel utilisé par Ivens et Storck. La caméra portable allemande Kinamo, 35 mm, munie d'un système de ressort pour le transport de la pellicule, ne tolérait en effet que quelques mètres de film sans remontage.

LOACH, Ken, Dockers de Liverpool, 1996
A Liverpool, près de 500 dockers luttent pour retrouver leur emploi. En septembre 1995, ils ont brutalement été congédiés pour avoir refusé de franchir un piquet de grève. Leur employeur, la Mersey docks and harbour co, a recruté un personnel non syndiqué pour les remplacer. Bon nombre de licenciés travaillaient là depuis 30 ans ou plus. Ils ont rejetés les indemnités qu’on leur proposait pour cesser leur lutte. Depuis cette date, les dockers et leurs familles subsistent sans aucun salaire, grâce à leurs économies et à la solidarité des autres travailleurs.

MATHOU, Jacques, Les routes du rhum
Tourné entre février et juin 1997, pendant la campagne de la canne à sucre, dans les plantations et les distilleries de la Martinique et de Marie-Galante, ce document nous montre un monde archaïque, culturellement et économiquement irremplaçable.

SANSON, Véronique, Ramona : quand les compteurs s'arrêtent
En 1973, Véronique et Rosi ont 18 ans et débutent comme ouvrières dans une grande usine de la région parisienne. Leur atelier s'appelle Ramona, elles y travailleront 15 ans. En 1993, elles récoltent les souvenirs de cette vie d'atelier, tantôt colorés d'amitiés et de fêtes, tantôt tissés dans la froide et grise réalité du présent.

SEGRE, Dianele, Dynamite
A Nuraxi Figus, en Sardaigne, par quatre cents mètres de fond, à la seule lumière des lampes frontales des casques, avec la menace de la dynamite, un mois avec les mineurs de la CarboSulcis en grève : l'Eni, organisme d'Etat propriétaire, souhaite se défaire de la seule mine de charbon encore exploitée en Italie, et les hommes, comme leurs pères avant eux, luttent pour sauver leur travail. Mais en faisant le film, ils donnent une autre dimension à leur parole pendant cette grève : " Nous, mineurs communicants, nous voulons dire qu'il est urgent de se donner un élan, de reprendre un chemin interrompu, de se faire reconnaître... Notre dignité est en jeu, et nous sommes sûrs de pouvoir vaincre."

TEULADE, Marcel, Renault, L'automobile de France
Un siècle d'histoire du travail et des relations sociales à travers l'histoire de Renault. Après 1945 et la nationalisation de l'entreprise, la régie Renault est à la fois laboratoire des politiques sociales et pionnière des luttes ouvrières. L'entreprise sert de point d'observation et de plaque sensible de la société française, de ses tensions, de ses rêves, de ses fractures. Le réalisateur a utilisé de très nombreuses images d'archives, y compris des films publicitaires, ainsi que les témoignages .

THUNISSEN, Marie-Anne, Femmes-machines
En 1966, 3 000 ouvrières de la Fabrique nationale d'armes de guerre de Herstal, en Belgique, font grève pendant douze semaines, réclamant un salaire égal aux hommes. En arrêtant le travail, elles mettent au chômage la presque totalité des 7 000 ouvriers qui les suivent dans la chaîne de production. Le film recueille le témoignage de certaines de ces " femmes-machines ". Elles racontent leurs conditions de travail dans cet ancien fleuron du bassin industriel liégeois, le déclenchement et le déroulement de la grève, le rôle des syndicats aussi surpris que le patronat par ce mouvement, les négociations, la reprise. Leur enthousiasme et leur colère remontent au fur et à mesure des évocations. Des archives filmées de la grève, des manifestations, viennent en contrepoint des souvenirs. Ces anciennes " femmes-machines " commentent également avec amertume des photos de l'usine aujourd'hui, presque entièrement robotisée, qui ne compte plus qu'un millier d'ouvriers. Ce film, réalisé sans aucun commentaire, est un témoignage précieux sur une lutte historique pour l'émancipation des femmes dans la société européenne, et un document pour la constitution de la mémoire ouvrière.

VALEIX, Patricia, Du Creusot ou d'ailleurs
Le film s'ouvre sur des images des ateliers du Creusot en 1925. A cette époque, "tout était usine, tout était Schneider", les ateliers, les écoles : la ville était façonnée par la famille Schneider. Le film de Patricia Valeix couvre un siècle de vie ouvrière dans cette ville de Saône-et-Loire, depuis son essor industriel au XIXème siècle, jusqu'à la mise en règlement judiciaire en 1984 de la Société Creusot-Loire, filiale de la société Schneider et Cie..."On n'y croyait pas, parce que Creusot-Loire, c'était inébranlable." La réalisatrice recueille les propos teintés d'amertume d'anciens ouvriers, de jeunes étudiants, de sans emploi et de divers partenaires régionaux. Des photos et des images d'archives (1925, 1943, 1959, 1968) témoignent de ce passé.

ZADJERMANN, Paule, Bonne à tout faire
Avec ce film, Ariel Nathan et Paule Zadjermann, proposent un état des lieux de ce que l'on appelait encore la domesticité au début du siècle et qui en quelques dizaines d'années a connu des transformations radicales. Transformation d'abord du côté des employeurs ; aristocrates et grands bourgeois n'ont plus aujourd'hui le monopole du recours aux gens de maison. Le développement du travail féminin salarié, l'extension des couches moyennes -cadres et employés- ont contribué à la généralisation de l'emploi de ces salariés singuliers en même temps qu'à la diversification de leurs fonctions, de leur condition d'emploi et de leur recrutement. Environ 500 000 salariés sont aujourd'hui classés dans cette catégorie des gens de maison.


Romans, théâtre et films autour du travail 

Livres

ADAM, Olivier, Je vais bien, ne t'en fais pas, Le Dilettante, 1999
Un premier roman qui raconte le quotidien de Claire, 22 ans, caissière dans un Shopi du 9ème arrondissement. Si l'intrigue principale est axée sur la relation entre Claire et son frère, absent depuis 2 ans, le cadre du livre laisse une large part à la supérette qui emploie Claire. Les courses, les clients et la vie de Claire défilent sous nos yeux
: Une d'entre elles demande à Claire ce qu'elle fait en vrai dans la vie. Claire répond caissière. C'est mon métier. Après ça personne ne lui adresse plus la parole. Et toi, t'as fait quoi comme cursus ? Mais putain, qu'est-ce qu'ils ont tous avec cette question ? C'est toujours ça. Tu fais quoi comme métier, tu gagnes combien, tu l'as lu ce bouquin. Sup de caisse, tu réponds.

BON, François, Sortie d’usine, Minuit, 1982
Pas d’intrigue, pas d’histoires, dans ce texte les êtres apparaissent comme dépossédés d’eux-mêmes, par le travail à l’usine. Avec une langue qui dit tout à la fois la sonorité métallique de la halle des machines-outils, l’odeur des lubrifiants, le poids de chaque geste et la parcimonie des échanges entre les ouvriers, François Bon sort des sentiers battus. Ce livre est le premier publié par François Bon en 1982, tout au long des autres textes qu’il publie jusqu’à aujourd’hui il ne cesse d’interroger la condition des exclus, des laissé pour compte de notre société à travers son travail sur la langue.

BRUNET, Sylvie, Nocturne le jeudi, Albin Michel, 1995
Ce premier roman a pour cadre un haut lieu du travail féminin puisqu'il s'agit d'un grand magasin (la Samaritaine). Toutes les activités et l'ambiance du temple des emplettes sont décrites avec beaucoup de précision, un peu à la manière d'un documentaire, ce qui n'exclue pas une véritable trame romanesque fort bien construite. A lire après "Au bonheur des dames" de Zola, pour voir si les grands magasins ont vraiment changé… ou pour constater qu'ils sont restés des lieux légèrement désuets… 

ETCHERELLI, Claire, Élise ou la vraie vie, Gallimard, 1982
Élise ou la vraie vie se présente comme un " récit de vie " mêlé à une voix personnelle, projection directe de l’expérience vécue par l’auteur. Cette voix " d’une inoubliable jeunesse ", selon la formule de Simone de Beauvoir, est celle d’une femme qui, née comme son héroïne à Bordeaux dans un milieu pauvre, a connu l’usine pendant deux ans, non pas, comme c’était alors la mode chez certains militants politiques évoqués dans son roman, mais par nécessité, et à une époque où la seule entrée d’une femme dans un atelier, provoque, de la part des ouvriers rendus " bestiaux " par le travail, sifflets concupiscents et réflexions humiliantes. Elle décrit ainsi la difficulté d’une tâche harassante et répétitive, mais surtout le processus d’aliénation par le travail mécanique : l’obsession du sommeil, le laisser-aller, le renoncement progressif à toute dignité. La " solidarité " ouvrière est aussi, aux yeux de l’auteur, une formule creuse puisque son héroïne découvre en même temps que le mépris dont elle est victime à l’usine, celui bien plus terrible qui s’attache aux étrangers et particulier aux Algériens soumis à l’ostracisme de toute une société, à travers la réprobation qui entoure son amour avec Arezki, militant algérien au FLN.

FERET, Dominique, Les yeux rouges, Les solitaires intempestifs, 1998
Faire de la lutte ouvrière des usines Lip en 1973, une pièce de théâtre, il fallait l’oser. Vingt-quatre ans après, c’est le projet qui a été mené à bien par Dominique Féret et le Nouveau Théâtre de Besançon qui ont retrouvé des femmes et des hommes et ont recueilli patiemment leurs témoignages. Sous forme de récits ou d’interviews, cette pièce évoque avec beaucoup d’émotion et de simplicité, les moments difficiles mais intenses du quotidien pendant et depuis la lutte.

Genet, Jean, Les bonnes, L'Arbalète, 1947
La pièce s'ouvre sur un jeu où deux bonnes improvisent un psychodrame spontané mettant en scène leurs relations avec leur patronne. La scène nous révèle tout le fiel et la rage contenue -- plus pour très longtemps-- qui habitent ces deux pauvres filles.
Inspirée par l'affaire des sœurs Papins -- portée à l'écran récemment dans Les blessures assassines-- la pièce de Genet est courte et dense. Elle montre la rancune de deux pauvres filles condamnées à un quasi esclavage et totalement coupées du monde. L'aliénation par le travail y est exprimé de manière forte et la lutte des classes s'y révèlent dans sa forme la plus brute.

HOUELLEBECQ, Michel, Extension du domaine de la lutte, J’ai lu, 1997 
Je viens d’avoir trente ans. A près un démarrage chaotique, j’ai assez bien réussi dans mes études : aujourd’hui, je suis cadre moyen. Analyste-programmeur dans une société de services informatiques, mon salaire net atteint 2,5 fois le SMIC ; c’est déjà un joli pouvoir d’achat. Je peux espérer une progression significative au sein même de mon entreprise ; à moins que je ne décide, comme beaucoup, d’entrer chez un client. En somme, je peux m’estimer satisfait de mon statut social. Ainsi se présente le principal protagoniste de cette odyssée désenchantée, professionnel peu convaincu de l’intérêt de son métier, jouant toutefois son rôle en observant les mouvements humains et les banalités qui s’échangent autour de la machine à café. Une mission en province lui permettra d’étendre le champ de ses observations, d’anéantir les dernières illusions d’un collègue et d’élaborer une théorie complète du libéralisme, tant économique que sexuel.

KAPLAN, Leslie, L’excès – l’usine, Hachette-POL, 1982 
Dans un texte concis et dense, Leslie Kaplan raconte l’usine. Si la langue empruntée est parfois celle de la poésie, ce n’est pas pour en embellir la réalité : la sécheresse du récit laisse voir les corps contraints à l’ouvrage et entrevoir les souffrances muettes ; les thèmes redondants disent la morne cadence des gestes imposés et l’oppression de l’ordre usinier de l’espace et du temps.

KELMAN, James, Le poinçonneur Hines Trad. de l'anglais (Ecosse), Métailié, 1999
Robert Hines est un jeune employé de bus de Glasgow. Il rêve de devenir conducteur mais aux yeux des inspecteurs de la compagnie, il est trop original, il a trop de mal à se plier aux règles, aux horaires. Confronté à un quotidien " désastreux et étrangement banal ", il ne survit que grâce à son amour pour sa femme et son fils et une imagination magnifiquement anarchique. Dans ce roman drôle, Kelman met en scène avec une verve et un humour sans complaisance le dur milieu ouvrier de Glasgow : la religion, l’alcool, le foot, les copains, la pesanteur aliénante des réunions enfumées. Il décrit une vie de travailleur, sans héroïsme, simplement humaine, en créant un personnage attachant et inoubliable.

LEDERER, Jacques, La nuit où Gérard retourna sa veste, Fayard, 1999
Gérard est beau et délégué du personnel dans une grande usine. Le jour où il se laisse séduire par Marie-Cécile, sous-directrice des ressources humaines, ses convictions sur la lutte des classes s’effritent. Entre la fidélité à ses engagements et la perspective d’une ascension sociale que lui fait miroiter Marie-Cécile, Gérard hésite. Les amants vont passer un contrat quelque peu pervers, à partir duquel tout pourrait arriver. Mais ce qui promettait d’être une vraie rencontre va tourner à la déconfiture de Gérard. S’il a sa faille, elle a la sienne, cela fait trop pour deux personnes aussi dissemblables. Il ne lui restera plus qu’à re-retourner sa veste et à revenir chez les siens. Il pourra y méditer tout à loisir sur la vanité de se vouloir irréprochable.

NAVEL, Georges, Travaux, Stock, 1989
Né au début du XXe siècle, Navel raconte une époque révolue du monde ouvrier, celle de l’entre-deux-guerres qui voit s’imposer la figure du " métallo " ; celle aussi de la relégation des savoir-faire, progressivement dévalués par l’introduction des machines et l’hégémonie des " O.S. ". Un beau texte sur l’univers matériel et mental des gens de métier, mais aussi sur le mal-être ouvrier – auquel répond un nomadisme chronique, solution trouvée par les plus qualifiés pour échapper au bagne de l’usine et à la tyrannie du patronat.

NDIAYE, Marie, Hilda, Editions de minuit, 1999
Esclavagisme, séquestration, persécutions morales et physiques sont les mots qui évoquent le mieux la situation d'Hilda, mère de famille, embauchée de force comme femme de ménage… Le roman se présente comme une conversation pratiquement unilatérale entre madame Lemarchand… femme bourgeoise "de gauche" et Franck le mari d'Hilda qui ne répond qu'avec peine et sans grande conviction. L'employeuse vampirise littéralement son employée dans tous les aspects de son être.
Hilda, on ne l'entend jamais, on ne la voit qu'à travers les paroles de sa maîtresse. Elle n'est plus elle et ne devient plus rien. Une situation extrême servie par une écriture sobre et sans fioriture.

NYS-MAZURE, Colette, Battements d'elles, Desclée de Brouwer, 2000
Expression de femmes, livre-témoignage de " cheminotes " travaillant dans un monde essentiellement masculin. "Ce qu’elles sont, ce qu’elles vivent, ce qu’elles espèrent."

PAGES, Yves, Petites natures mortes au travail : récits, Verticales, 2000
Une dactylo délocalisée d’outre-mer, un acteur de " Pluto " à Marne-la-Vallée, un licencié en sociologie du licenciement, une sous- figurante " au noir " de pub TV…tels sont les emplois de quelques-uns des vingt-trois personnages dont on ne connaîtra que le prénom tout au long de ces courtes nouvelles sur le monde du travail d’aujourd’hui. Chaque récit tente la description clinique d’une profession incarnée jusqu’à un point de non-retour, jusqu’à un effet paradoxal induit par ses propres conditions de travail. Un livre juste, qui oscille entre témoignages vécus et jeux de rôles fictifs.

PENNAC, Daniel, Ill. TARDI, La débauche, Gallimard, Futuropolis, 2000
Une bande dessinée dédiée aux virés, aux lourdés, aux éjectés, aux dégraissés, aux restructurés, aux fusionnés, aux mondialisés. Bref, à tous ceux qui se retrouvent sur le carreau. Scandale au Jardin des Plantes. Dans la cage aux singes, les visiteurs peuvent admirer un Homo Sapiens - Chômeur - Europe. Les media s'emparent du phénomène mais, coup de théâtre, l'homo sapiens est retrouvé pendu. Suicide ? Vengeance ? Chômeur ? Manipulateur ? Ce branleur de Justin, un flic menacé de finir à la circulation s'il ne se bouge pas plus, enquête. Une fable tragi-comique pleine de rebondissements sur le thème du chômage, pour laquelle le tandem Pennac/Tardi fonctionne à merveille.

PICCAMIGLIO, Robert, Chroniques des années d’usine, Albin Michel, 1999 
Robert Piccamiglio travaille depuis vingt-cinq ans dans un espace immense et hostile qui dévore le tiers de sa vie : une zone de bruit, de fatigue et d’ennui, où il faut bosser, se battre, attendre, rêver…. Il évoque dans ces pages de solitude, d’affection, et de révolte tout à la fois vis à vis de l’usine, un monde totalement inconnu de la plupart des lecteurs car il est très rare qu’un ouvrier devienne écrivain.

SALVAING, François, La boîte, Fayard, 1998
La boîte, c’est l’histoire de Patrick Bardeilhan, jeune directeur des ressources humaines, et de sa carrière dans l’entreprise des années Mitterrand. A travers le parcours de ce cadre enthousiaste- qui finira par déchanter- les modes de management et les dérives qu’elles entraînent sont parfaitement décrites. Ce voyage dans les usines et les sièges des entreprises traduit les rapports de force en jeu, analyse les stratégies internes retenues par les groupes, loin de toute langue de bois.

SALVAYRE, Lydie, La médaille, Le Seuil, 1993
En veine de générosité, l’entreprise Besson organise une grandiose cérémonie de remise des médailles du travail aux meilleurs de ses employés. A cette occasion, la direction en profite pour rappeler les principes de base de l’engagement du salarié : émulation, abnégation, ambition, professionnalisme, amour du métier, sacrifice… Les lauréats acceptent leurs récompenses et répondent aux allocutions de leurs supérieurs. L’assistance applaudit, le protocole semble réglé dans ses moindres détails. Pourtant des désordres vont surgir et perturber le rituel lénifiant.

VAILLAND, Roger, 325.000 francs, Le Livre de Poche, 1983
Ouvrier spécialisé, Bernard Busard aime Marie-Jeanne et rêve d’indépendance. Il lui faut 325.000 francs pour conquérir l’une et, dans la foulée, épouser l’autre. La réalisation de son bonheur passe par l’usine, son univers impitoyable et déshumanisé. Esclave d’un travail inhumain, Bernard sera-t-il assez fort pour tenir jusqu’au bout la cadence obsédante qui rythme ses jours et ses nuits ?

ZOLA, Émile, Au bonheur des dames, Pocket, 1993 (publié en 1883)
Octave Mouret, jeune veuf séduisant, fait en quelques années, du modeste commerce de son épouse, un grand magasin moderne qui dévore peu à peu tout le pâté de maisons, tue le petit commerce alentour et réalise des recettes considérables.
Zola s'est inspiré du Bon Marché, et son roman, 11ème volume des Rougon-Macquart, publié en 1883, est un témoignage prenant sur la transformation économique de la société française de la fin du 19ème siècle, conditions de vie et de travail des employés, psychologie des acheteuses, organisation de l'espace du magasin, architecture du fer et du verre, … même si, contraint par les nécessités de sa fresque, l'écrivain a ramassé en quelques années une progression qui fut plus longue à se faire.
A lire aussi : Germinal, L’assommoir, La bête humaine.

 

Films

BERRY, Claude, Germinal
Adaptation cinématographique du plus célèbre des romans d’Émile Zola. La grève et la condition ouvrière sont au centre de tout le film avec en toile de fond la vie de la mine et des corons à la fin du XIXe siècle.

BRIZE, Stéphane, Le bleu des villes
Solange est contractuelle, ce qui n'est pas réjouissant. Un jour, elle retrouve son amie d'enfance Mylène qui est devenue une star du petit écran en présentant la météo. Solange décide de vivre pleinement sa vie, c'est à dire d'assumer sa vocation de chanteuse...

CANTET, Laurent, Ressources humaines
Frank, 22 ans, sort d'une grande école de commerce. Il revient dans sa ville natale afin d'effectuer un stage dans l'usine où travaille son père depuis trente ans. Il est affecté au service des ressources humaines. Il espère remuer le conservatisme de la direction, mais s'aperçoit bien vite que son travail sert de paravent à un plan de restructuration.

CHABROL, Claude, La cérémonie
Où la lutte des classes devient lutte armée. Une jeune analphabète est engagée par une famille bourgeoise comme bonne. Bientôt le paternalisme bienveillant de ses patrons l'agace, puis l'irrite et avec la complicité de la postière, elle va passer à l'acte.

CHAHINE, Youssef, Gare Centrale
Kenaoui, le crieur de journaux simplet et boiteux de la gare centrale du Caire, est amoureux de la vendeuse de limonade, Hanouna. Mais celle-ci est courtisée par un porteur de bagages, Abou Serih, leader syndical, qu'elle doit épouser. Elle se moque de Kenaoui, qui décide de la tuer. Le premier film de Youssef Chahine, qui joue lui-même le rôle de Kenaoui.

CHATILEZ, Etienne, Le bonheur est dans le pré
Après une émission télévisée, un chef d'entreprise de l'Est de la France est pris pour un homme ayant mystérieusement disparu dans le Gers plus de 20 ans plus tôt. Il part dans le Sud-Ouest et son usine se met en grève.

CLAIR, René, A nous la liberté
Deux amis, Émile et Louis, s'évadent de prison : l'un, Émile, est repris et l'autre va connaître une ascension sociale fulgurante. Des années plus tard, ils se retrouvent, mais des anciens détenus veulent faire chanter Louis qui est devenu directeur d'usine. Il plaque tout et part avec Émile...

CLÉMENT, René, Gervaise
Adaptation cinématographique de L'assommoir de Zola, qui nous plonge dans les misères du petit peuple parisien sous le Second Empire. La déchéance de Lantier, puis celle de Gervaise dresse un tableau assez noir de la vie ouvrière à la fin du siècle dernier.

DE SANTIS, Giuseppe, Riz amer
La vie quotidienne et le quasi-esclavage des femmes qui travaillent dans les rizières de la vallée du Pô dans l'immédiate après-guerre.

DIOP-MAMBETY, Djibril, Le franc. La petite vendeuse de Soleil
Deux films qui en appelaient un troisième pour former une trilogie en l'honneur des "petites gens" que Djibril Diop-Mambety ne put achever pour cause de décès précoce. Dans "Le Franc" Marigo, un musicien dans la dèche achète un billet de loterie qui s'avère être le ticket gagnant. Dans "La petite vendeuse de soleil" une petite fille estropiée qui vit d'aumône décide de devenir crieuse de journaux et de vendre le Soleil, le plus grand quotidien sénégalais.

FERRERA, Barbosa, J'ai horreur de l'amour
Paris au mois d'août. Annie Simonin, médecin généraliste, fait ses visites en scooter, tailleur et talons haut, sillonne le 13e arrondissement Elle rencontre Piotr, persécuteur hypocondriaque et Laurent, jeune homme séropositif qui refuse de se battre pour vivre...

FORD, John, Qu'elle était verte ma vallée
La vie dans une petite ville de mineurs du pays de Galles au début du siècle vue par les yeux d'un enfant qui aime sa terre et le charbon qu'il y a dedans. Un grand film lyrique de John Ford, couvert d'Oscars en 1941.

GAVIRIA, Victor, La petite marchande de roses
A 13 ans, Monica s'est déjà révoltée contre tout. Elle a crée son propre monde dans la rue et défend ce qu'elle a : ses amies, des gamines comme elle, son copain, dealer, sa dignité et son orgueil. Le soir du réveillon de Noël, elle vend des roses, comme tous les soirs, pour gagner sa vie et aussi pour payer une fête de rêve à ses amis...

GUEDIGUIAN, Robert, Marius et Jeannette
Jeannette est caissière dans une grande surface. Elle élève comme elle peut ses deux enfants dans une petite impasse du quartier de l'Estaque. Un jour, alors qu'elle est venue emprunter un pot de peinture dans une usine désaffectée, elle rencontre Marius qui fait du gardiennage. Une première rencontre qui fait des étincelles, mais ils se reverront… 

HERMAN, Mark, Les virtuoses
Dans une petite ville minière du nord de l'Angleterre, il ne restera bientôt plus de la mine que la fanfare des mineurs. C'est ce qui tient le chef d'orchestre en vie et les hommes encore un peu fiers.

HUSTON, Angelica, Agnès Browne
Dublin, 1967. La famille Browne ne roule pas sur l'or, mais s'en sort honorablement. A la mort de son mari, Agnès se retrouve seule avec sept enfants. Les ennuis commencent. Après avoir emprunté de l'argent à Mr Billy à des conditions draconiennes, elle se voit obligée de rembourser une somme fixe chaque semaine, sinon...

KOLLEK, Amos, Sue perdue dans Manhattan
La dérive et la lente déchéance d'une femme qui n'a pas travail, pas d'amis dans une ville qui est plus qu'hostile, indifférente.

LOACH, Ken, My name is Joe
Chômeur, alcoolique repenti, Joe trouve son salut en entraînant une équipe de foot calamiteuse et son argent en enchaînant les petits boulots. Sa rencontre avec Sarah a de quoi donner un nouveau sens à sa vie... mais on échappe jamais totalement à son milieu... enfin pas chez Ken Loach.

LOACH, Ken, Raining stones
Bob est au chômage et vivote d'expédients avec sa femme et sa fille. Mais la communion de sa petite approche et malgré un manque d'argent chronique, Bob ne veut ni mendier ni utiliser une aube d'occasion. Il veut que sa fille ait l'air fier avec une aube et des chaussures neuves. Il va falloir trouver l'argent.

MASSON, Laetitia, En avoir (ou pas)
Alice, 28 ans, manutentionnaire dans une usine de poissons à Boulogne-sur-mer apprend son licenciement. Elle fait ses valises et part pour Lyon, déterminé à changer de vie.

MILLER, Sam, Les géants
Des types repeignent des pylônes électriques de ligne à haute tension, un travail à risques qu'ils effectuent la plupart du temps au noir. Une fille vient s'intégrer à l'équipe, et deux hommes tombent amoureux d'elle..

PALCY, Euzham, Rue cases nègres
La vie dans les Antilles française, au début du siècle, dans les villages de cases des esclaves du roi Canne. Comme le faisait dire Voltaire au nègre du Surinam dans Candide : "C'est à ce prix que vous mangez du sucre en Europe…"

PETRIE, Donald, L'associé
Une femme est obligée de s'inventer un associé fictif pour paraître crédible aux yeux des hommes d'affaires avec qui elle traite.

RENOIR, JEAN, La vie est à nous
Film de Jean Renoir produit par le parti communiste français à la veille des élections de 1936 qui porteront le Front Populaire au pouvoir. Interdit par la censure, il ne fut projeté qu'en séances privées et gratuites.

THOMAS, Pascal, La dilettante
Après plus de quinze ans passés en Suisse, Pierrette revient seule à Paris. Elle a tout quitté en même temps, et se sent prête à refaire sa vie. Son problème : elle n'a aucune patience et s'ennuie très vite, ce qui va l'amener à travailler dans de nombreux domaines.

WAJDA, Andrzej, L'homme de marbre. L'homme de fer
Une jeune cinéaste polonaise décide de consacrer son film de fin d'étude à "l'homme de marbre", colossale statue dressée sur la place d'une cité ouvrière de Cracovie. Au cours de son enquête elle découvre la personnalité du Stakhanov polonais, statufié dans les années 50 avant d'être brisé par le régime.
" L’homme de fer " évoque la grève des chantiers navals de Gdansk et la naissance du syndicat Solidarnosc durant l’été 1980.

ZONCA, Eric, La vie rêvée des anges
Isa a vingt ans, son sac à dos pour tout bagage et une philosophie de galère plutôt souriante. Elle débarque à Lille à la recherche de petits boulots. Son chemin croise celui de Marie, révoltée contre sa condition sociale. L’une rêve, l’autre pas…