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Les Pintades à Téhéran

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Delphine Minoui

Le livre de poche, 2009
[305.4 MIN]

Delphine Minoui ne savait pas qu’en arrivant sur le sol de la République islamique d’Iran, pays de son grand-père paternel, elle y passerait dix ans de sa vie ; dix années à tenter de comprendre la société iranienne et plus particulièrement téhéranaise. Marjane Satrapi nous avait déjà éclairés sur les événements et les faits marquants de l’Iran contemporain sous le régime des mollahs dans sa bande dessinée Persepolis.
Delphine Minoui nous livre ici son expérience de la vie iranienne sous une forme hésitant entre l’étude sociologique et le guide touristique. On découvre le quotidien difficile des Téhéranaises, plein de contraintes et d’interdits mais un petit peu plus « démocratique » chaque jour ; on apprend aussi que certaines font leur apparition sur la scène politique, sociale et culturelle.
C’est une visite guidée de la capitale où l’on découvre les bonnes adresses de ces femmes hautes en couleur, leurs bons plans, leurs lieux secrets, tout en écoutant leurs histoires personnelles, leurs anecdotes… On réalise alors qu’elles jouent les équilibristes entre le besoin de modernité et le respect des traditions, mais toujours avec humour.
Alors, comment sort-on de cette lecture ? Avec l’envie irrésistible de rencontrer ces femmes fortes et drôles avec lesquelles on a découvert, appris, pleuré et ri ; et surtout d’en savoir plus, notamment sur ce que l’auteur a laissé de côté. En effet, on ne parle pas ou peu des classes pauvres, des opposants au régime, de la vie en dehors de la capitale. Il est même possible de ressentir parfois un certain malaise car il peut être étrange de lire autant de « futilités » sur des femmes vivant sous le joug des mollahs !
Mais ce n’est pas le but de cet ouvrage et le titre annonce clairement la couleur.

Soraya

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Extermination des cloportes

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Philippe Ségur

Buchet Chastel, 2017
[SEG]

Avec un titre pareil, on peut s’attendre au pire ! Pourtant le dernier roman de Philippe Ségur est doucement déjanté, les cloportes ne sont pas forcément les petits insectes nuisibles qu’on imagine (quoique !) et ce couple d’universitaires a un grand projet, enfin c’est plutôt Don Dechine qui se rêve écrivain célèbre, avec le soutien indéfectible de sa femme Betty qui a elle-même le projet d’écrire sa thèse de doctorat. Mais bien entendu, rien ne va se passer comme prévu car Don souffre d’un mal étrange qui lui obscurcit la vue et il ne parvient pas à se concentrer suffisamment… Il remet toujours au lendemain son projet d’écriture, que ce soit à cause de son addiction aux Soprano, à cause de son voisin envahissant, ou parce qu’il a des ennuis de plomberie, voire des imbroglios immobiliers ! Si vous avez eu un projet immobilier, certaines mésaventures du couple vous seront certainement familières et si vous aimez Les Soprano, les clins d’œil à cette série vous feront sourire.
Souvent exaspérant et champion de la procrastination, on se demande dans quelle mesure Don n’est pas l’archétype de l’écrivain nombriliste et un brin stupide ou du moins totalement inapte à gérer les tracas du quotidien… Humour burlesque et réflexions sur la réalité et ses velléités cohabitent ici joyeusement comme souvent chez Philippe Ségur.

Isabelle B.-C.

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L’art de perdre

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Alice Zeniter

Flammarion, 2017
[RP BRU]

Sur les 581 livres parus dans le cadre de la rentrée littéraire 2017, une petite dizaine d’ouvrages ont eu pour thème l’Algérie, en particulier les non-dits de la guerre : Nos richesses de Kaouther Adimi ; Zabor ou les psaumes de Kamel Daoud ; Climat de France de Marie Richeux ; L’art de perdre d’Alice Zeniter.
Il y a des livres qui nous attirent viscéralement mais qu’on a (en même temps) peur d’ouvrir car on sait que l’expérience de lecture va nous bousculer profondément, intimement !
C’est exactement ce que j’ai ressenti lorsque j’ai lu la 4ème de couverture de ce roman d’Alice Zeniter.
L’art de perdre, c’est une histoire de famille (de harkis) qui commence dans les années 30 de l’autre côté de la méditerranée, et qui se poursuit sur trois générations :
- Ali le grand-père kabyle, ancien combattant de la Seconde Guerre mondiale, respecté de son entourage. Lorsque le FLN demande aux vétérans d’abandonner leurs pensions de guerre, il tient tête et refuse. Il n’a pas risqué sa vie pour rien ! Il est donc désormais classé dans le camp du colonisateur et devient un harki et n’a pas d’autre choix que de quitter l’Algérie en 1962 avec sa femme et ses enfants.
- Hamid, le fils aîné qui grandit en France dans la campagne de Basse-Normandie ; il apprend à lire et à écrire le français en trois mois, chasse l’Algérie de sa mémoire et épouse Clarisse avec qui il a quatre filles.
- Naïma, la petite-fille, jeune femme moderne et cultivée qui travaille de nos jours dans une galerie d’art parisienne et qui un peu malgré elle va remonter le fil de l’histoire de sa famille parce que personne ne lui a « transmis » l’Algérie ; comme si le silence, la peur, la honte avaient cimenté cette famille.
Certaines scènes sont puissantes, touchantes, poignantes, marquantes (l’arrivée dans le camp de Rivesaltes, la première nuit de Naïma dans le village de son grand-père en Kabylie…)
L’art de perdre est une histoire de filiation, d’identité, de transmission, de silence, d’indépendance, de mouvement et de racines.
Une histoire où accepter de perdre peut permettre d’avancer.

Soraya

dispo