Lison Futé 2017 est arrivé !

Ecoutez nos défaites

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Laurent Gaudé

Actes sud, 2016
[GAU]

« Vous avez gagné lieutenant ? je ne parle pas de la France mais de vous personnellement, vous avez senti la victoire ? ».
Dans son dernier roman, Laurent Gaudé nous invite à réfléchir, à penser la notion de défaite, de victoire : dans quelle mesure gagne-t-on réellement ?
L’histoire débute à Zurich à notre époque. Assem Graieb est un agent secret qui a travaillé pour les services de renseignements français. Fatigué par tout ce à quoi il a été confronté, il accepte pourtant une dernière mission, celle de retrouver Job, un soldat des unités d’élites américaines qui craque et qui s’isole, suspecté d’affaires louches. Un soir, sa trajectoire croise celle de Mariam, une archéologue irakienne qui cherche à sauver (de l’oubli) les pierres et objets du passé venant du Moyen-Orient. Une nuit seulement les réunira, et suffira à les voir partager cette même solitude, cette même fatigue face à l’insoutenable de leur quotidien.
En même temps et de façon tout à fait insolite, l’auteur convoque l’Histoire, et trois grandes figures emblématiques. Hannibal, qui défia l’Empire Romain pour sauver Carthage, le général Grant, chef des armées Yankee qui s’est battu pour le Nord pendant la Guerre de Sécession, et Hailé Sélassié, dernier empereur d’Ethiopie luttant contre l’occupation italienne de son pays. Trois hommes, trois guerres, trois époques, qui viennent tresser l’histoire du roman. Le narrateur met en regard leurs luttes, leurs victoires, leurs défaites et fait revivre ces trois hommes aux destinées exceptionnelles.
Le récit se construit sur cette alternance permanente entre le passé et le présent, illustrant ainsi cette vérité, à savoir que la guerre ne se fait pas avec des idées, mais bel et bien avec des hommes. Ces figures du passé apportent un soutien aux protagonistes contemporains, en faisant écho à une réflexion sur l’actuelle situation d’une partie du monde et de ses zones de douleurs.
Ecoutez nos défaites n’est pourtant pas un roman historique, c’est l’histoire de plusieurs batailles, celle des corps déchirés par la guerre, celle des corps frappés par la maladie, mais aussi celle de la mémoire, avec ses trésors archéologiques que l’on préserve de l’oubli.
Ce livre ne représente pas exactement l’idée que l’on peut se faire des lectures estivales je l’accorde, mais je tenais à le présenter car c’est assurément mon coup de cœur de l’année. C’est un roman puissant, avec beaucoup de poésie, très attaché à l’importance des mots, à l’aspect symbolique des objets, et à ce que les civilisations nous ont légué de fragile, de précieux.

Noemie

dispo





Douleur

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Zeruya Shalev

Gallimard, 2017
Traduit de l’hébreu par Laurence Sendrowicz
[SHA]

Iris a été gravement blessée dans un attentat il y a dix ans. Alors qu’elle vaque à ses occupations, une remarque de son mari lui rappelant le jour anniversaire la fait basculer dix ans en arrière : l’explosion, la douleur, les opérations qu’elle a dû subir et tous les « si » qui auraient pu lui éviter le drame. Et puis au cours d’une visite dans un centre anti-douleur, elle tombe sur un médecin et reconnaît en lui son grand amour de jeunesse, Ethan, qui l’a quittée brutalement déclenchant à l’époque une grave dépression lui faisant frôler la mort. Le revoir réveille en elle tous ses sentiments enfouis, le regret de ne pas avoir fait sa vie avec lui, d’autant que sa mère lui apprend qu’Ethan aurait cherché à renouer avec elle quelque temps après la rupture ! Alors qu’elle mène une vie de famille morne, elle décide de le recontacter… Un très beau roman qui sonde des thèmes universels tels que la famille, l’amour et la culpabilité.

Caroline

dispo





Extinction

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Matthew Mather

Fleuve Noir, 2015
Traduit de l’anglais (Canada) par Christine Barbaste
[RSF MAT]

Nous sommes à la veille de Noël, à New York. Une tempête de neige gigantesque s’abat soudainement sur la ville, prenant de court les autorités et les habitants. Le fameux black-out redouté par tous est arrivé : les infrastructures sont détruites, l’électricité et les réseaux coupés. Le postulat de base est on ne peut plus crédible, et ce thriller apocalyptique tend à démontrer qu’à partir de rien, tout un système peut s’effondrer.
Plus d’électricité, donc plus de lumière, plus de chauffage, les magasins sont fermés (une fois pillés et vidés ils ne peuvent de toute façon plus être réapprovisionnés) les usines de traitement ne fonctionnent plus, il n’y a bientôt plus d’eau potable… Les communications étant coupées, les habitants reclus dans les habitations sans eau ni provisions ne comprennent pas, échafaudent des hypothèses de plus en plus paranoïaques, paniquent. Et si une guerre venait d’éclater ? Comment le saurions-nous ? Et si nous avions en fait reçu un missile nucléaire de l’Iran, ou de la Corée du Nord ou même des extra-terrestres, pourquoi pas ? La loi de la jungle reprend ses droits, seuls les plus forts devraient survivre au froid, à la faim, aux épidémies, à leurs voisins de palier.
Malgré de nombreuses caricatures, les dialogues sont plutôt riches et évoquent de nombreux débats très actuels, concernant la politique étrangère, le terrorisme, les libertés individuelles et ce que nous sommes prêts à accepter pour notre sécurité. L’auteur canadien Matthew Mather, expert en cyber sécurité sait de quoi il parle et a pris le parti de ne pas faire de sensationnalisme, il a simplement ouvert une porte et laissé les évènements s’enchaîner très naturellement. C’est précis, plausible du début à la fin, terrifiant.

Barbara

dispo