Lison Futé 2017 est arrivé !

Un fauve

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Enguerrand Guépy

Rocher, 2016
[GUE]

Un fauve est le quatrième roman d’Enguerrand Guépy. Il s’agit bien d’un roman et non d’une biographie. D’un roman qui nous parle d’un personnage « barré », « à l’ouest », à part, attirant et repoussant à la fois, un fou furieux, un fauve : Patrick Dewaere ; comédien fascinant par son jeu, son physique, sa folie….
Tout commence le jour où il a rendez-vous avec Claude Lelouch pour des essais pour le film que le réalisateur doit tourner sur Edith Piaf et Marcel Cerdan.
Il s’est beaucoup entraîné ; il s’est assagi. Finis l’alcool, la drogue, les sorties jusqu’à pas d’heure et il compte énormément sur ce film pour relancer sa carrière qui évidemment ne le satisfait pas : trop de personnages déjantés, pas de vrai grand rôle, pas de récompense de la part de ses pairs…
Mais là, il est prêt, tout va changer, c’est sa dernière chance !
Nous le suivons au Club 13, siège de la production, avenue des Champs Elysées, au Bois de Boulogne où il fait des essais avec la comédienne Evelyne puis au restaurant.
On a le sentiment que seul son corps est présent mais pas sa tête.
Il est sur le qui-vive, apeuré ; il rit fort, trop fort ; il fanfaronne ; il veut paraître à son avantage, mais il fait peur à la comédienne ; on le sent mal à l’aise.
Un serveur vient l’avertir qu’on le demande au téléphone, c’est elle….
Tout va basculer. Il préfère alors rentrer chez lui, 12 impasse d’Odessa, plutôt que de suivre ses joyeux compagnons. Il a besoin de retrouver un univers sécurisé et un verre de whisky et là on comprend que l’auteur a choisi une journée particulière : le 16 juillet 1982.
Tout remonte à la surface : ses difficultés à entretenir des relations apaisées avec les autres, avec les femmes en particulier, son père qui n’était pas son père, ses trente années de carrière déjà, poussé par sa mère à faire « le singe savant » devant Pierre Fresnay en 1951 plutôt que d’aller à l’école, son complexe d’infériorité face « au gros Gégé »…. tout son mal être.
Son dernier coup de fil sera pour son dealer qui ne répondra pas.
Ce livre est très émouvant mais l’auteur garde toujours beaucoup de distance, il ne l’appelle jamais par son nom et son prénom mais toujours IL et surtout il ne se livre à aucune explication, aucune interprétation.
Pour terminer, on peut citer ces mots de Claude Lelouch :
« Non, ce n’était pas un fauve ni un fou. C’était juste du cristal. »

Sylviane

dispo





La mémoire des embruns

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Karen Viggers

Le livre de poche, 2016
Traduit de l’anglais (Australie) par Isabelle Chapman
[VIG]

Mary sent que sa fin est proche. Elle fait le choix de passer ses derniers jours à l’endroit où elle a été le plus heureuse : sur l’île de Bruny, en Tasmanie où elle a vécu de longues années en compagnie de Jack, son époux gardien de phare. Sur ses trois enfants aujourd’hui adultes plus ou moins névrosés, seul Tom, son cadet semble comprendre sa décision, aussi imprudente soit-elle.
Ici commence ce magnifique roman écrit à deux voix : celle de Mary qui vit son dernier pèlerinage, et celle de Tom qui renaît à la vie.
Dans une cabane à peine confortable, sur cette île venteuse et sauvage, alors que la fatigue et la maladie l’emportent peu à peu, Mary revient sur les lieux qui ont marqué ses souvenirs et tente d’apprivoiser le secret qui la ronge depuis de longues décennies.
Et puis il y a Tom, qui entrevoit la possibilité de recommencer à vivre après le divorce qui l’a démoli. Physiquement sur le continent, il n’est pourtant jamais réellement rentré de sa campagne en Antarctique, envoûté par l’immensité des glaciers et le magnétisme de la solitude.
Il y a quelque chose de fascinant dans ce roman : sa poésie, sa galerie de portraits, sa mélancolie, ses paysages magnifiquement peints, et cette sensation chaude, lumineuse et rassurante d’éclaircie après la tempête lorsqu’on le referme. Car malgré la nostalgie, les regrets, la profonde tristesse des personnages, quelque chose de doux et d’optimiste semble s’en extraire.

Barbara

dispo





Les fondamentaux de l’aide à la personne revus et corrigés

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Jonathan Evison

Monsieur Toussaint Louverture, 2016
Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Marie-Odile Fortier-Masek
[EVI]

Benjamin Benjamin a bientôt 40 ans et décide de suivre une formation accélérée d’aide à la personne. Sans expérience professionnelle, sans argent, séparé suite à un drame familial dont on apprendra les détails au fur et à mesure du récit, il doit trouver un travail.
Il est embauché pour s’occuper de Trevor, un ado atteint d’une maladie dégénérative. Si Trevor est physiquement très lourdement handicapé, il adore les baskets à la mode et s’intéresse aux filles, comme les jeunes de son âge. Entre Benjamin et Trevor, le courant passe immédiatement et leurs journées se déroulent dans la bonne humeur, entre blagues graveleuses sur les mensurations de miss Météo ou l’établissement d’une carte des Etats-Unis recensant les musées les plus incongrus dont ils sont tous deux de fervents amateurs. Trevor a bien envie de les visiter. Benjamin réussit à convaincre sa mère et les voilà partis à bord de sa camionnette. Un tel voyage est risqué car le handicap de Trevor nécessite une surveillance constante et une lourde organisation. Sur la route, nos deux héros vont faire des rencontres, découvrir l’Amérique et mieux se connaître.
Un « road book feel good » dans lequel Jonathan Evison célèbre le vivre ensemble et les vertus de la rencontre. Il y explore les névroses, la culpabilité, les faiblesses et les ressources de chacun face à l’adversité. Son écriture est directe, il a le sens de la formule et du dialogue. Bref, un livre revigorant.

Marie-Christine

dispo