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Article 353 du code pénal

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Tanguy Viel

Minuit, 2017
[VIE]

Article 353 du code pénal n’est pas un livre dont on parle facilement. L’histoire pourrait se résumer à une vulgaire histoire d’escroquerie mais ce serait minimiser son intérêt. Dans la rade de Brest, Antoine Lazenec, promoteur immobilier, imagine le Saint-Tropez de l’ouest. Le maire se laisse convaincre et influence Martial Kermeur, lequel vit avec son fils Erwan sur le site de la future station balnéaire. Bientôt, tous les deux pourront habiter un appartement agréable avec vue sur la mer. Certes, ils seront d’abord expropriés, mais ensuite un meilleur confort, surtout pour Erwan qui grandit. Progressivement le piège se referme et quand Martial Kermeur se retrouve prisonnier comme un rat dans une souricière, la honte accroît la colère. Être père et se faire avoir comme un bleu, c’en est trop.
Au début du livre, Martial Kermeur est arrêté par la police. Dans le bureau du juge, il relate les faits. Cette voix nous raconte comment il en est arrivé là. Et ses mots font images déroulant le fil de la machination. Et l’injustice de la situation nous saute aux yeux. Soit la cupidité l’emporte à tout prix, soit la trahison trouve justification. Au juge de trancher.

Marie-Jo

dispo





Une mort qui en vaut la peine

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Donald Ray Pollock

Albin Michel, 2016
Traduit de l’anglais (États Unis) par Bruno Boudard
[POL]

1917. Quelque part entre la Géorgie et l’Alabama. Les frères Jewett profitent de la mort de leur père - qui leur promettait le paradis et une place au banquet céleste (The Heavenly Table, titre original du livre) en échange de leur labeur quotidien et gracieux - pour se lancer dans la lucrative carrière de hors-la-loi. À quelques centaines de miles de là, dans l’Ohio, Ellsworth et Eula Fiddler s’inquiètent de l’alcoolisme précoce de leur fils Eddy. Pendant ce temps, les États-Unis s’apprêtent à entrer en guerre. Tout ce petit monde, et bien d’autres encore (un inspecteur des latrines publiques, un tueur psychopathe, un tenancier de boxon ambulant, j’en passe et des meilleurs), va se retrouver autour de Meade, Ohio et du centre d’entraînement de Camp Pritchard, et ça va faire un sacré bazar.
La vision de l’humanité d’une noirceur absolue de Donald Ray Pollock n’empêche pas l’humour. Ni la péripétie. Ni même une certaine tendresse. La rencontre de ces destins pitoyables dans une Amérique de fin de western donne une sorte de version comique de La horde sauvage (The Wild Bunch, Sam Peckinpah, 1969) qui croiserait la route d’Elmore Leonard et d’un vieux nanar avec Steve McQueen inspiré d’un roman de Faulkner qui ne l’était pas beaucoup au moment de l’écrire - inspiré - (The Reivers, Mark Rydell, 1969). Si on a tous quelque chose en nous de Tennessee (comme disait feu Joni), Donald Ray Pollock, lui, pourrait être un avatar du vieux William (Faulkner, je précise, non pas que je doutasse de ton attention, ami.e lecteur.rice, mais c’est un chouia le bazar à ce stade de ma notice, il faut bien l’avouer - du coup, avoue toi-même, ami.e lecteur.rice, que t’avais pas bien connecté le vieux William et Faulkner deux lignes au-dessus et qu’au mieux, tu te demandais ce que Shakespeare (ou Lemeyrgie) venait faire ici, hein, sois honnête un peu) sur un versant comique, assez peu exploité par le Nobel d’Oxford, Mississippi* (qui, il faut bien le dire, n’était pas le king de la déconne).

*= oui, il s’agit une nouvelle fois de William Faulkner. Rassure-toi, ami.e lecteur.rice, Une mort qui en vaut la peine est bien plus facile à lire que ma notule, même s’il est approximativement 700 fois plus long.

Emmanuel

dispo





Delta Charlie Delta

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Michel Simonot

Editions espace 34, 2016
[T SIM]

Clichy-sous-Bois, octobre 2005, Zyed, Bouna et Muhittin rentrent chez eux après une partie de foot et décident de couper par un chantier de construction. Aucune infraction n’est constatée mais ils sont pris en chasse par la police et se réfugient dans un transformateur électrique. Les minutes passent, interminables… Soudain, l’espace de quelques secondes, une coupure d’électricité plonge la ville de Clichy dans le noir : Zyed et Bouna sont foudroyés par une décharge de 20 000 volts et Muhittin est grièvement brûlé mais vivant. Lorsque les secours arrivent sur les lieux, ils constatent deux Delta Charlie Delta et un blessé grave. La nouvelle de la mort des deux jeunes adolescents se répand et Clichy-sous-Bois s’embrase…
À la même période, Michel Simonot et trois autres auteurs sont en résidence au TGP de Saint-Denis au cœur des « émeutes ». Ils préparent un spectacle avec la participation des habitants qui parlent et témoignent de leur ville et de leur réalité. Michel Simonot prend des notes, recueille des témoignages mais il est difficile d’écrire sur de tels événements sans « faire pleurer dans les chaumières ».
Dix ans plus tard, les deux policiers poursuivis pour non-assistance à personne en danger sont relaxés par la justice. C’est en suivant le procès que l’auteur se décide à raconter cette histoire et à écrire Delta Charlie Delta.
La question de la forme se pose : « À partir de cette expérience, la question artistique fut pour moi, du point de vue de l’écriture, de savoir comment parler des révoltes. Quels mots mettre sur cet événement ? », écrit Michel Simonot. La forme théâtrale s’impose mais l’œuvre n’appartient à aucun genre et oscille entre tragédie contemporaine, poème, reportage et pièce de théâtre.

Soraya

dispo