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Frère d’âme

abbey-gang

David Diop

Seuil, 2018
[DIO]

Alfa et Mademba ont grandi dans le même village au Sénégal. Ensemble, ils s’engagent pour combattre aux côtés de la France en 1914. Un matin, leur capitaine sonne l’attaque et Mademba tombe éventré par une baïonnette. Alfa décide de le venger. Après chaque bataille, il se fond dans la nuit pour infliger une mort atroce à l’ennemi aux yeux bleus. Il rapporte à l’aube une baïonnette et une main coupée. Acclamés au début, ses trophées macabres finissent par déranger. L’état-major convoque le tirailleur sénégalais pour lui exposer la façon protocolaire de tuer.
Impossible de résister à la puissance évocatoire de ce roman au rythme musical et aux images puissantes, qui entraînent le lecteur tantôt au Sénégal, tantôt dans la boue des tranchées. Les repères géographiques et moraux se brouillent comme s’érodent les frontières entre l’héroïsme et la barbarie. Tout vacille et seul demeure le vertige littéraire.

Katia

dispo




Les damnés de la Commune

meyssan-damnes

Raphaël Meyssan

tome 1. A la recherche de Lavalette
Delcourt, 2017
[BD MEY]

Raphaël Meyssan habite à Paris, sur la colline de Belleville. Il aime flâner à travers sa ville même si il regrette que les bâtiments et officines qui faisaient son charme abritent désormais des magasins de vêtements de grandes chaînes et autres boutiques branchées. Un jour ses pérégrinations le conduisent à la bibliothèque historique de la ville de Paris. Au hasard de ses lectures, il tombe sur un nom : Lavalette et une adresse : 6 rue Lesage. Le nom lui est totalement inconnu ; en revanche, l’adresse l’est beaucoup moins puisqu’il s’agit de l’immeuble où il vit !
Une rapide consultation du Maitron l’informe qu’il s’agit d’un révolutionnaire très actif au sein du comité central de la garde nationale (les fameux Fédérés) durant la Commune de Paris. Le dictionnaire n’est guère plus prolixe sur ce personnage. Il décide alors de commencer une véritable enquête pour savoir qui était vraiment son « voisin » d’immeuble. Les traces de l’existence de Lavalette sont ténues, d’abord parce qu’une grande partie des archives de la police a été détruite, et ensuite car un militant révolutionnaire sous le Second Empire se devait d’être discret ! Meyssan explore avec ténacité toute piste qui s’offre à lui.
Dans ce premier opus des Damnés de la Commune (l’auteur prévoit 3 tomes), on découvre les prémices de la Commune. Lavalette fait partie des subversifs pourchassés par la police du Second Empire, il est indigné par la misère dans laquelle est maintenu le peuple. Après la chute de l’Empire et la proclamation de la République, il s’engage dans la garde nationale pour combattre les Prussiens qui font le siège de Paris. Il doit encore « encaisser » la nouvelle trahison de la bourgeoisie qui accepte la capitulation. Le peuple de Paris qui a tant souffert durant le siège (les bombardements mais surtout le froid et la famine déciment la population et les combattants) doit en plus subir l’affront d’un défilé militaire des Prussiens victorieux. La tentative de confiscation des canons des Fédérés financés par les Parisiens, le 18 mars 1871 sera l’étincelle qui plongera la population dans la révolte.
A la fois livre d’histoire et épopée révolutionnaire, cette bande dessinée est également une prouesse artistique : on n’y trouve aucun dessin ! Elle est entièrement composée de gravures d’époque assemblées par l’auteur. La mise en scène est tellement maîtrisée que le découpage et l’agencement des gravures ne fige jamais le récit, au contraire, il contribue à la fluidité de la narration.
On lira avec grand plaisir le deuxième tome de ces damnés qui se penchera sur l’après 18 mars 1871.

Bruno

dispo




Nid de vipères

augusto-viperesEdyr Augusto

Asphalte, 2015
Traduit du portugais (Brésil) par Diniz Galhos
[RP AUG]

C’est le soir de la procession de Cirio à Belém, la plus grande procession du monde disent les habitants de l’Etat du Parà. Valdomiro Cardoso boit des bières en terrasse en essayant de tenir jusqu’au Recirio du lendemain et de brancher des filles. La famille Pastri s’apprête à admirer le feu d’artifice qui clôture la soirée depuis la fenêtre de son appartement de l’immeuble Rainha Vésper. Soudain trois hommes font irruption dans l’appart et les abattent. En sortant de l’immeuble, ils bousculent Valdomiro et laissent tomber un porte-clefs. Fin du premier chapitre et début des gros gros ennuis. Avec son style sec et rapeux comme une cachaça tiède au réveil, ses allers-retours du passé au présent de la narration et ses dialogues noyés dans le récit, Edyr Augusto, journaliste, dramaturge, poète et romancier bélemense dresse un portrait scandaleux et gluant de corruption de son Etat natal. Tension permanente, aucun lyrisme carioca à attendre du bonhomme qui dévide la quenouille du destin de ses personnages pour aboutir au final à faire de son roman la même chose que ce qu’il décrit dans son premier chapitre : une grosse tuerie ! Si toi aussi t’en as ras la glotte des serial killers scandinaves et des petits Blancs du sud des Etats-Unis qui carburent à la métamphétamine et à l’échec, Edyr Augusto te fournira ta dose de noirceur sous le soleil de Bélem. Mais attention, ici, noir, c’est (vraiment très) noir (comme disait feu Joni), faudra pas venir se plaindre après…

Emmanuel



La fille de nulle part

brown-fille

Frédric Brown

Rivages, 2008
Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Gérard de Chergé
[RP BRO]

Dépressif, George Weaver se voit contraint par son médecin de prendre des vacances forcées. Il décide de laisser sa famille et de partir au Nouveau Mexique pour s’y ressourcer. Là-bas, il retrouve par hasard un vieil ami photographe de presse spécialisé dans le judiciaire. Ce dernier l’emmène dans les bois, dans les environs de Taos, pour lui montrer une vieille maison de bois où le crime irrésolu de Jenny Ames, une jeune fille d’une petite vingtaine d’années, s’est déroulé huit ans auparavant. George est immédiatement séduit par la petite bicoque. Et, il décide sur les conseils de son ami d’enquêter sur la mort de Jenny pour en faire un papier et en retirer un peu d’argent. Ce que ne sait pas encore George, c’est que ce petit boulot va prendre bien plus d’ampleur qu’il n’y paraît et que cette affaire va vite tourner à l’obsession. Un roman en deux parties distinctes : dans l’une un homme sombre dans l’alcool, son vieux démon, et dans l’autre, un détective se prend d’une obsession pour une fille morte ou, dans le meilleur des cas, disparue. Une pépite du noir au même titre qu’un David Goodis avec un final qui laisse sans voix. Un polar alcoolisé.

François