Lison Futé 2017 est arrivé !

De beaux jours à venir

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Megan Kruse

Denoël, 2016
Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Héloïse Esquié
[KRU]

La première chose qui m’a séduite dans ce livre, c’est sa photo de couverture : les teintes surannées procurant un sentiment d’abandon associées à la posture légèrement désinvolte du jeune homme sur le pick-up, comme symbole d’un paysage rural américain en légère décrépitude. Vient ensuite l’histoire, celle d’une famille démunie dont la mère essaie au mieux de se défaire d’un mari violent tout en préservant ses enfants… Unis par un amour fraternel immense face à la violence conjugale dont ils ont été trop souvent les témoins, Lydia et Jackson grandissent tant bien que mal mais leur mère devra un jour prendre la décision insupportable d’abandonner Jackson, qui a tout juste 18 ans, afin de pouvoir sauver sa peau et celle de sa fille. Jackson va donc devoir mener sa propre vie, combattre ses démons et tenter de composer avec son homosexualité. L’autre prouesse de ce texte réside dans l’écriture de Megan Kruse, jeune auteure américaine dont c’est le premier roman, mais qui est pourtant admirablement fluide et maîtrisée, sans jamais tomber dans le pathos. Oscillant entre noirceur et moments d’optimisme, le récit possède ce côté sombre car les personnages semblent courir après une normalité qu’ils ont du mal à atteindre alors qu’à d’autres moments ils rêvent d’une vie meilleure qui ne semble pas inaccessible. Un peu comme chez David Vann, on découvre ici une Amérique rurale profonde loin du rêve américain à qui tout réussit, dans laquelle les gens ne rêvent pas de gloire ni de paillettes, ils se battent juste pour échapper à la précarité de leur vie et tentent de sortir de relations familiales souvent complexes où la violence physique et psychologique tient une place prépondérante. Pourtant, il y a une réelle bienveillance entre les membres de cette famille et surtout un désir de s’en sortir, comme le prouve cette citation : “Elle voulait autre chose pour Jackson. Elle voulait toutes les promesses lumineuses que transmettaient ces voix d’espoir, les rues chaudes et accueillantes dans lesquelles tous et toutes défilaient. Elle voulait qu’il reçoive ce qui lui était dû, que le monde s’ouvre à lui. Elle voulait lui donner tout ça, le lui offrir sur un plateau. Elle ne voulait pas qu’il vive une minute de plus la pauvre vie étriquée qui le cernait déjà alors que tout cela l’attendait ici.
Ainsi s’explique le titre, De beaux jours à venir, oui, c’est tout ce qu’on souhaite à ces personnages réellement attachants…

Isabelle B.-C.

dispo





Un appel de nuit

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Moussa Konaté

Lansman, 2004
[T KON]

Moussa Konaté est né au Mali en 1951. Il a fondé les éditions du Figuier et a co-dirigé avec Michel Le Bris, le festival Etonnants Voyageurs de Bamako. Il est auteur de contes, de nouvelles, de romans policiers et de pièces de théâtre. Pour son œuvre théâtrale, il a reçu le prix Sony Labou Tansi en 2005. Les éditions Lansman ont choisi de rééditer cette pièce. On y rencontre Doulaye et Alima, frère et sœur, et leurs père et mère. Alima, devenue mère à son tour, traverse un moment difficile, elle appelle son frère en pleine nuit lui reprochant d’avoir contribué à sa destinée malheureuse. Ils évoquent le passé et leurs dialogues redonnent vie à leurs parents. Le père, polygame, garant de la tradition, exige la soumission de sa femme et de sa fille. Adolescente, Alima revendique sa liberté. Elle remet en cause les valeurs familiales avec colère, un sentiment que ressent aussi vivement son père tout en ayant des causes apparemment différentes. Suite à son licenciement, le père prend la décision d’un retour au pays pour l’ensemble de la famille. C’est le bras de fer : les enfants n’ont pas d’attache là-bas et pas d’intérêt à partir, surtout Alima qui imagine le mariage forcé.
Les mots sonnent juste. Moussa Konaté nous donne à voir et à entendre des personnes dignes. Tout en respectant leurs parents, Doulaye et Alima s’en sont éloignés. Pour Doulaye, se joue son rapport à la tradition. Quant à Alima, elle a le sentiment d’être seule à assumer ce combat. Ce dernier est davantage partagé qu’elle ne le croit, semble nous murmurer Moussa Konaté avec humanisme. L’espoir l’emporte.

Marijo

dispo





Les règles d’usage

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Joyce Maynard

Philippe Rey, 2016
Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Isabelle Delord-Philippe
[MAY]

En 2001, Wendy a 13 ans et habite New York avec sa mère, son beau-père et son petit frère. A cet âge, il est courant d’avoir des préoccupations égoïstes et d’être en conflit avec ses parents. Wendy n’échappe pas à la règle sauf que, voyant peu son père, elle n’a pas l’occasion de le détester et d’ailleurs elle l’adore. C’est dans ce paysage familial compliqué que l’aventure initiatique de la jeune fille débute.
L’élément déclencheur est un drame : la mère de Wendy travaille dans les tours jumelles le 11 septembre et sa famille reste sans nouvelles d’elle. Ce triste événement va mener l’héroïne vers son père qui vit en Californie. Elle va apprendre à le connaître, rencontrer sa belle-mère, rencontrer beaucoup de personnes d’âges et de parcours très différents, elle va comprendre sa propre histoire.
Joyce Maynard décrit finement les tourments de l’adolescence et sa juste écriture reste ancrée quelque temps à l’esprit lorsque l’on referme le livre.
Cette célèbre romancière américaine s’est notamment fait connaître grâce à l’adaptation de son roman Prête à tout au cinéma par Gus Van Sant en 1995.

Chloé

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