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La peur

Classé dans: France, Lison Futé 2009.

chevallier

Gabriel Chevallier

Le dilettante, 2008
(première parution en 1930)
[CHE]

Si on vous parle de Gabriel Chevallier, il y a fort à parier que cela ne vous dise pas grand chose. Si ensuite on vous dit qu’il est l’auteur du roman Clochemerle, sans doute alors vous exclamerez-vous, avec un peu de mauvaise foi : « Ah mais bien sûr, ce nom me disait quelque chose ». Par contre, concernant le reste de son œuvre, soit une vingtaine de romans, peu sont passés à la postérité. C’est ainsi, il est des auteurs qui se réduisent dans l’imaginaire à un livre. Certains diront que c’est déjà pas mal quand tant sont passés dans l’oubli, mais parfois c’est à regretter lorsqu’on (re)découvre une perle, un livre rare, oublié de tous. Ainsi en est-il de La peur, publié en 1930. Au départ, ce livre n’est pas un roman mais il relate les années de guerre de l’auteur durant la grande boucherie de 14-18. Utilisant un pseudonyme, soldat Jean Dartemont, Gabriel Chevallier nous plonge dans la Grande Guerre avec un réalisme saisissant. Véritable plaidoyer contre l’absurdité, la barbarie, la déshumanisation, les manipulations, cortège inévitable et sans cesse répété accompagnant chaque conflit, La peur  est sans aucun doute un des ouvrages majeurs sur la première guerre mondiale. Témoignage construit comme un roman, tant par l’écriture que par le rythme, il refroidira tout les va-t’en-guerre  qui ne savent pas de quoi ils parlent lorsque, mus par je ne sais quel patriotisme idiot, ils en appellent à la mobilisation générale pour faire face à « l’ennemi ». Ici, nous sommes dans les tranchées, tenaillés par la peur, les obus sifflent, le froid nous saisit, la crasse nous envahit, la haine contre les généraux et leurs ordres imbéciles grandit à mesure que la guerre s’installe. Nous soufflons un peu lorsque l’auteur, blessé, se retrouve à l’hôpital, aux bons soins des infirmières, et nous reprenons peur lorsqu’il est question de remonter au front. Nous en voulons à ceux restés derrière mais qui poussent au crime contre l’ennemi « boche », nous sympathisons avec celui-ci lorsque, loin des grandes vagues d’assauts, on fait mine de se tirer dessus pour faire croire aux gradés que l’on se bat pour la patrie. De la patrie, l’auteur s’en fiche un peu, et tel Jean Renoir dans son film La Grande Illusion, il nous rappelle que les soldats français jetés dans la boue avaient plus de points communs avec leurs homologues allemands du camp d’en face qu’avec n’importe lequel des généraux retranchés derrière les lignes et leurs plans de batailles à peine dignes d’un jeu de plateau.
A sa sortie, ce roman a fait grincer des dents. Sans doute a-t-il fait partie de la cohorte des livres accusés d’avoir précipité la défaite de 40. Mais il n’est pas dit qu’aujourd’hui encore il n’en fasse pas grincer d’autres.

Fabrice

dispo

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