La ligne d’ombre
Classé dans: Lison Futé 2005, Romans étrangers.
Joseph Conrad
Autrement, 1915 (1996 pour la présente traduction)
Traduit de l’anglais
[CON]
A la fin du XIXème siècle, dans l’archipel malais, un jeune homme quitte par pur caprice son poste de second sur un navire où il était apprécié de tous. Il veut retourner au pays. Il s’installe donc au Foyer du Marin, dans l’attente d’un bateau en partance pour l’Angleterre qui le prendrait comme simple passager. Mais bientôt, grâce au Capitaine Giles avec lequel il s’est lié d’amitié, il trouve son premier poste de Capitaine sur un navire qu’il doit rapatrier de Bangkok vers l’Angleterre. Ce sera pour lui l’occasion de franchir la ligne d’ombre qui sépare la jeunesse de la maturité.
Conrad nous prévient dans sa note - il faut toujours lire les notes de Conrad, elle sont partie intégrante de son œuvre - La ligne d’ombre n’a rien d’ésotérique et n’entretient aucun rapport avec un quelconque élément surnaturel. Même si Burns, le second, a une allure spectrale, même si l’équipage décimé par la malaria est fantomatique, l’intérêt de l’auteur est ailleurs. Comme souvent dans ses romans maritimes, ce qui l’intéresse, c’est le combat d’un homme, ici pratiquement seul, contre les éléments. Ici, ils représentent au plus près les tensions contradictoires qui habitent le jeune capitaine.
Surtout il y a le style inimitable de Conrad, que les traductions disponibles jusqu’à présent peinaient à rendre. La nouvelle traduction proposée par les éditions Autrement rend mieux ces successions de phrases très courtes qui débouchent sur des phrases amples et longues. Et puis, il y a cet art de l’ellipse, du non-dit (la dernière phrase du chapitre quatre est, à ce titre, exemplaire), qui fait que si La ligne d’ombre est un roman court, on peut le relire et y trouver chaque fois quelque chose de nouveau.

