Point Omega

Classé dans: Lison Futé 2011, Romans étrangers.

delilo

Don Delillo

Actes Sud, 2010
Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Marianne Véron
[ DEL]

Eté 2006, au Musée d’Art Moderne de New York est installée l’œuvre de Douglas Gordon 24 Hour Psycho : le film d’Alfred Hitchcock, silencieux et étiré sur 24 heures, à la vitesse de deux images par seconde, projeté sur un écran double face, dans une  grande salle noire dépourvue de sièges, au sixième étage du musée donc.
Ce sont les derniers jours de l’exposition et un homme revient tous les jours se plonger des heures durant dans la projection. Des gens passent, parlent, partent, il reste. L’étirement du film est pour lui une source de révélations, cette lecture dans le détail et dans le temps lui donne le sentiment de ne jamais avoir regardé comme il le fait là. Cette expérience qu’il situe au-delà du cinéma et du langage crée chez lui une appréhension du réel, de la vie, inédite et soudain essentielle.
Bien loin de là dans le désert, un universitaire, Richard Elster, attaché dans ses dernières années d’activité au déploiement des troupes et de la contre-insurrection au sein du Pentagone pendant la guerre en Irak, rencontre dans sa maison, un jeune cinéaste venu préparer un film sur lui.
Les deux hommes échangent des vues et des théories sur le temps, la guerre, l’existence elle-même et les perceptions de celle-ci, les multiples aspects de la réalité et sa relativité.
C’est un long tête-à-tête de silences et de mots où s’immiscent les éléments extérieurs, les climats et les paysages, le rythme du temps qui passe, et auquel s’ajoute un jour la présence d’une autre personne, une jeune femme, Jessie, la fille du vieil homme.
Mais c’est surtout sa disparition soudaine et mystérieuse qui bouleversera violemment cet entretien quotidien entre les deux hommes. En les concentrant soudain sur cette douloureuse enquête, elle enlève aux mots tout leur pouvoir et réduit leurs pensées à un seul fait : son absence inexpliquée et insupportable.
La fin du livre comme une boucle nous ramène dans la salle noire du musée où le visiteur du début revient une dernière fois avant la clôture de l’exposition.
Et là, comme il l’avait souhaité dans le tout premier chapitre, une femme discute avec lui de ce qui se passe sur cet écran, dans cette salle, et le rejoint ainsi dans cette expérience. Il s’imagine ce qu’elle pourrait lui dire, il écoute ce qu’elle lui dit, ils se parlent de ce qu’ils faisaient enfants.
On peut imaginer que peut-être ils se reverront.
Le livre s’achève sur cette scène de rencontre incertaine, qui ressemble à une scène de cinéma ou à un rêve.

Isabelle G.

dispo

3 Réponses à Point Omega

  1. Bernard Bonne

    Je profite de cette présentation pour vous inviter à l’inauguration de mon installation 18j-Max Pecas où l’intégrale de l’oeuvre pécassienne–même les nidies sous pseudonymes des années 60–seront projetés à 1 image/seconde. Pantalon blanc obligatoire, rosé pamplemousse à discretion

  2. Alain Proust

    Interressant rapprochement, allez vous présenter “Embraye bidasse ça fume” au rythme de 2 images secondes ? voir plus.

  3. Oui Oui

    Oh! Chouette! Comme ça ce sera plus facile à comprendre

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