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Rosa la rouge

Classé dans: Bandes dessinées, Comics, Lison Futé 2018.

evans-rosa

Kate Evans

Amsterdam, 2017
Traduit de l’anglais par Jérôme Vidal
[BDC EVA]

Outre les éditions militantes, il existe finalement peu d’ouvrages sur Rosa Luxemburg, grande figure révolutionnaire qui a fort marqué le socialisme allemand. Dans cette bande dessinée, Kate Evans retrace la vie de ce personnage hors du commun en nous faisant partager ses positions politiques inébranlables qui, tout au long de son existence, vont régir ses engagements et son mode de vie.
Rosa naît en Pologne en 1871 (alors sous domination russe) dans une famille modeste juive. Elle souffre d’une claudication très prononcée. Ce double handicap (l’antisémitisme est alors très fort en Pologne et les Juifs sont des citoyens de seconde zone) n’altère pas sa volonté de s’affirmer et elle se révèle être une élève brillante. Elle est vite séduite par les idées marxistes (à 14 ans elle a déjà lu Le manifeste du Parti communiste et Le Capital) et impose son esprit rebelle. Alors que ses parents la destinent à un avenir de bonne épouse bourgeoise et rangée, elle doit fuir la Pologne car elle est en danger.
Commence alors une véritable carrière de révolutionnaire, d’abord en Suisse puis en Allemagne où elle se distingue par son engagement total pour le socialisme et son refus du renoncement (malgré une répression policière très féroce). Elle devient une idéologue très remarquée du SPD (parti socialiste allemand) avant de rompre avec lui lorsque l’opportunisme de ce parti l’amène à modérer ses revendications et surtout à rompre avec le pacifisme. À la fin de la première guerre mondiale, elle dirigera la ligue spartakiste et sera assassinée par les corps francs d’extrême droite alliés au SPD.
Un aspect moins connu de Rosa Luxemburg est également souligné : son engagement féministe. Alors que tous les leaders révolutionnaires sont des hommes, elle apporte une voix nouvelle avec des revendications féministes. D’ailleurs Clara Zetkin, figure du féminisme socialiste, l’accompagne tout au long de sa vie. La BD traite largement de cette amitié et de la liberté d’esprit de Rosa (notamment dans le domaine des relations de couple).
Soyons honnête, l’idéologie est omniprésente dans cette biographie tant l’auteure insiste sur le rôle de théoricienne de Rosa Luxemburg. Mais cette lecture est rendue moins abrupte par la recontextualisation permanente et les traits visionnaires de sa pensée (Rosa cherche à dépasser la pensée de Marx et met au point de nouveaux concepts avant l’heure, par exemple celui de globalisation). Mais c’est surtout son infatigable optimisme et son volontarisme qui rendent bien moins austère le personnage.
Kate Evans nous livre un portrait très vivant de Rosa Luxemburg qui semble croquer la vie à chaque instant de son existence. L’auteure ne cède pas non plus à l’hagiographie et elle distille quelques éléments critiques le long de son ouvrage. On voit ainsi régulièrement les leaders socialistes converser sur l’émancipation des travailleurs, dans des salons et servis par du personnel de maison ! Le trait et la mise en page accompagnent à merveille cette épopée fascinante. Par exemple, les scènes de doute ou d’euphorie sont mises en relief par un séquençage spécifique des dessins, les grandes « périodes » historiques sont dessinées à la manière de pellicules de films. On rentre donc facilement en immersion dans ce récit et on n’a plus qu’à se laisser porter.

Bruno

dispo


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