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Le ciel pas d’angle

Classé dans: France, Lison Futé 2004, Poésie.

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Dominique Fourcade

P.O.L, 2004
[P FOU]

“Comment cette révolution advint-elle ? Il commençait de m’apparaître que les femmes offrent à notre parole, momentanément, un espace analogue à celui que le temps offre à notre œuvre : l’espace de la non-contradiction. Elles sont les visages du temps qui nous reçoit. Et l’inexistence de l’être dont nous rêvons, que le passé n’aimanterait pas, que l’avenir cesserait d’entêter et pour qui le présent, souffrance ou non, serait une gloire, nous évite peut-être une hypnose définitive. Ainsi m’adressais-je à ma compagne dont je n’étais pas l’amour. Ainsi la menais-je à ce cimetière de Ménerbes que je savais proue sur la mer. Nos liens à l’épreuve. Les mots n’aidaient décidément pas à l’accomplissement du réel contrairement à toute vocation, j’étais exténué d’efforts que je n’aurais pas dû commettre.
C’est alors qu’elle s’allongea, manches bouffantes agrafées à même ses épaules pour en souligner l’adorable étroitesse, noble et longue parmi les morts. Lavande de leur élégance ! Et se fondit. M’entraîna la rejoindre. Je touchais terre et là, sur le dos, je pus lire au ciel les fondements de l’être au monde : le seul ordre nouveau. Il ne s’agissait pas d’aller dérisoirement vers les étoiles, mais de comprendre l’immense image. Je pris essor sans point d’appui vers ma fidélité ; après me vinrent les ailes. Enfin hors du monde chrétien, je conjugue le présent, sans refus désormais ni revendication. L’horizon d’étain et de mercure cesse d’être le miroir embué de ma condition changeante. Chaque minute est une fenêtre sur l’espace. La bouche se fait le lieu des réalisations les plus libres, les plus vraies. Un nuage n’est plus qu’un relais ? L’écarteur de paupières est sans emploi : devant moi il y a la face de l’azur et je regarde ; ayant soif, cependant pour la première fois délivré. Un seul être m’entoure, pleinement, sans visage : c’est l’espace-temps, noir d’azur, l’ordre de l’espérance dans lequel je viens d’entrer. Je ne vise pas à la possession, mais à établir la relation entre les parties constitutives de la totalité poétique. Voici découverte la prodigieuse sphère stellaire interne illimitée.
Enfuie la crainte de ne pas repartir ; je n’ai plus peur de revenir ; nous sommes en révolution dont les étoiles sont pierres d’assalie dans le temps. A qui me suis-je fiancé dans le cimetière continental ô mon amour ? Il est un chemin étroit, j’entrevois, à flanc de mort mais meilleur qu’elle, très beau voisin frôlé ; étroit chemin de traverse, qui n’est pas elle.”
Moi ce livre, je l’ai lu et je le relis encore, j’ai décidé de vous donner le premier texte à lire tout de suite.
C’est un livre qui a été écrit en dix ans. Il s’appuie sur une méditation des conquêtes de la peinture moderne, de Manet à Matisse, avec Cézanne comme figure centrale.
Quand je le lis et le relis encore, il m’éblouit. Il m’a tout de suite ébloui, magistralement.
J’y ai lu l’art, l’amour, la création, la beauté, la liberté. Ça ne m’a pas fait peur.
“Comment cette révolution advint-elle ?”
Par la poésie ô mon amour.

Isabelle G.

dispo

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