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Coke en stock

Classé dans: Bandes dessinées, Classiques, Lison Futé 2009.

herge

Hergé

Casterman, 1958
[BD HER]

Coke en stock a pas de pot! Il est coincé entre L’affaire Tournesol et Tintin au Tibet, soit deux sommets absolus de l’œuvre hergéienne d’après-guerre. C’est un peu le petit frère qu’a pas réussi. En plus l’intrigue y est beaucoup moins resserrée que dans les deux autres opus, un peu relâchée, même. Pour reprendre un terme popularisé par la critique cinématographique française, c’est un grand album malade. Mais c’est aussi un tour de force : c’est un Tintin Digest. On retrouve tout le monde dans Coke en stock : le Señor Oliveira, samaritain portugais toujours providentiel quand Tintin voyage en Orient, Rastapopoulos, le général Alcazar, Abdallah et même Alan, le marin qui séquestrait Haddock dans le Crabe aux pinces d’or. On a même droit à un final avec Séraphin Lampion qui répond à l’ineffable Tryphon Tournesol traversant Moulinsart en patins à roulettes au début de l’album. Et puis c’est ici qu’apparaît pour la première fois le pilote estonien Piotr Szut  (« Comment, zut ?!!… M’en vais vous apprendre la politesse, moi, espèce de Bibendum »), qu’on retrouvera dans Vol 714 pour Sidney (le seul Tintin qui me tombe littéralement des mains quand j’essaie de le relire, le Tintin de trop, pour moi, bien inférieur aux Picaros, album souvent injustement critiqué).
Tout ça pour dire qu’il faut relire Tintin et pas que les chefs-d’œuvre (les deux cités plus haut, Le Lotus Bleu, Le Sceptre d’Ottokar - rien que pour les deux fausses pages de documents anciens retraçant l’histoire de la Syldavie et de la Bordurie - et, pour ma part, le doublé imparable constitué par Le secret de la Licorne et le Trésor de Rackam le rouge,  œuvre essentielle de la littérature d’aventures du 20ème siècle). Il faut (re)lire Tintin, parce que la mémoire flanche, parce que l’image projetée de Tintin a depuis longtemps remplacé la réalité des albums et que c’est bien dommage. Tintin, c’est aussi un rythme : dans les albums recomposés après leur publication en feuilletons, on peut s’amuser à retrouver ces moments de tension qui étaient suivis du fameux « à suivre » et il fallait une semaine pour découvrir ce qui étonnait le jeune reporter au coin d’une coursive. Caché par la ligne claire se révèle un univers - assez masculin il est vrai, mais, allez-y, regardez la production éditoriale de ces années-là, la vison du couple, c’est Modeste et Pompon quand même ! - de fantaisie un peu potache, des gags digne du slapstick, mais aussi, et c’est surtout vrai ici, une vision assez noire du monde. Tintin n’est pas un rempart contre la barbarie du monde, n’est pas le phare inébranlable du monde libre, c’est une petite lampe de poche qui éclaire de son faible halo une partie des ténèbres qui l’entourent.

Emmanuel T.

dispo

3 Réponses à Coke en stock

  1. Anne O.

    Tintin ça ne m’a jamais fait rêver. Pour moi, c’est plutôt coincé entre Boule Bill et Asterix.
    Mais faut reconnaître cette chronique c’est du grand art.
    Du coup c’est très très tentant. Mais je doute encore, est ce que la BD sera à la hauteur du coup de coeur?

  2. Robert

    Au pire, c’est une petite heure de perdue et une certitude certaine de ne plus jamais lire d’aventures du petit reporter zoophile à la houppe!

  3. Anne O.

    J’ai donc suivi le conseil.
    Je reconnais que ça se lit d’une traite et qu’à la rigueur ça mérite le détour pour une seule réplique d’Haddock. Mais moi le côté “tintin digest” m’a un peu fatigué. Il n’y a pas un personnage sans la note qui rappelle son apparition dans une autre BD et on se demande toujours si on passe pas à côté de la moitié de l’intrigue.
    N’empêche j’avais raison, ce que j’ai le plus aimé dans cette affaire : c’est la chronique.

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