Balzac et la petite tailleuse chinoise
Classé dans: Lison Futé 2010, Romans français.
Dai Sijie
Gallimard, 2000
[DAI]
L’histoire se déroule dans la Chine du début des années 70, en pleine Révolution culturelle, et raconte la vie de deux jeunes hommes, Luo et le narrateur, envoyés en rééducation dans un village de paysans de la montagne du Phénix du Ciel. Pendant les presque trois ans de leurs vies qui s’y écoulent, nous plongeons dans la majesté et la dangerosité des montagnes, nous assistons à la dureté de leur nouveau quotidien, à leurs rencontres avec des gens réels - les paysans, un autre rééduqué, le meunier, le tailleur, sa fille - mais aussi avec les personnages de romans occidentaux interdits, qui auront au moins autant d’impact, sinon plus, sur leur existence, que les vraies personnes.
Ce roman (largement autobiographique) parle de l’âpreté de la vie, mais aussi de sa beauté. De l’amour de l’Art, qui peut aider chacun à découvrir le monde et à se découvrir lui-même. Et particulièrement l’amour de la littérature, qui a cette faculté quasi magique de nous rendre proche et familier ce qui est au premier abord lointain et étranger. Exactement comme ce livre-ci, qui nous transporte véritablement dans cette Chine des années 70 et sa curieuse réalité, ses montagnes, et nous laisse avec l’impression d’avoir nous aussi rencontré les personnages de ce roman.
Elsa
1971, la Chine de Mao est en pleine Révolution culturelle. Deux jeunes garçons de dix-sept et dix-huit ans issus de la bourgeoisie intellectuelle donc fils « d’ennemis du peuple » sont envoyés en rééducation dans un coin reculé de montagne. On considérait alors que ces jeunes gens pouvaient être sauvés par un travail pénible au grand air afin d’effacer chez eux toute trace de culture bourgeoise. La découverte d’une valise pleine de livres occidentaux donc doublement interdits va les faire grandir, bouleverser leur vie et leur vision du monde, ainsi que celle d’une petite tailleuse chinoise. Ils découvriront en sa compagnie leurs premiers émois intellectuels et amoureux.
Dai Sijie, écrivain et cinéaste d’origine chinoise nous conte une histoire en partie autobiographique (il a été lui-même envoyé dans un camp de rééducation) et nous entraîne dans ce monde terrible où le livre n’a pas droit de cité. Dans ce récit touchant et d’une belle écriture, nous ressentons à travers ces trois amis le frisson des premières lectures et la puissance des mots. Il nous rappelle aussi que la lecture de certains livres peut changer le cours d’une vie… Je ne vous en dirai pas plus.

