Lorsque le Chah d’Iran abandonne le
pouvoir en 1978, Chahdortt Djavann a douze ans. C’est pleine
d’espoir, éprise de liberté, qu’elle aborde, comme les
autres, cette nouvelle ère qui semblait ouvrir ses portes.
Chacun discutait, tous se réunissaient, dans les rues ou
ailleurs, et déjà on parlait de l’imam Khomeyni, le
libérateur. Car lorsqu’il débarque à Téhéran quinze
jours plus tard, tous les prisonniers politiques sont
libérés, la révolution peut commencer ! Elle durera
dix jours… Petit à petit, le Hezbollah (parti de Dieu),
tout juste né, va devenir l’unique parti. Comment être
contre Dieu, proclame-t-il ? Opposants de tous bords,
laïques, communistes, socialistes, ou encore les
intellectuels, les artistes, et tout simplement les gens qui
osaient remettre en doute la légitimité des discours
proposés par le nouveau pouvoir devenaient dangereux pour
celui-ci. Les arrestations vont reprendre de plus belle.
Prison dans le meilleur des cas, mais on ne comptera plus
alors les exécutions sommaires perpétrées par le Hezbollah.
Une chape de plomb s’abat sur l’Iran.
Depuis, C.Djavann est partie en exil, elle
vit à Paris, loin des siens. Elle revient sur ces années
terribles à la faveur d'un voyage en forme d’introspection.
Tout a changé, elle bien sûr, les autres aussi, ceux qui
sont restés, leurs rêves, leurs espoirs. Elle ressent ce que
probablement tout exilé connaît ou connaîtra : ce
désir de retour au pays, puis cette certitude, douloureuse,
comme un deuil, de ne plus faire partie de ce monde qu’il a
quitté.
Une écriture précise, toujours attachée
à l’essentiel, et tournée vers l’autre. Plus qu’un
témoignage, elle parle de l’humanité dans ce qu’elle a
de plus simple, d’unique. Elle ne démontre pas, ne s’étale
pas, ne donne pas de leçons. Mais c’est aussi un long
soupir qui peu à peu enfle, entre tristesse et colère, entre
culpabilité et impuissance.
Fabrice