RETOUR VERS L'ACCUEIL

Littérature étrangère

Dorothy Allison Retour à Cayro
Paul Auster Léviathan
Paul Auster Tombouctou
Mikhaïl Boulgakov Cœur de chien
Enrico Brizzi Jack Frusciante a largué le groupe
Dino Buzzati Bestiaire magique
Fransisco Coloane Le dernier mousse
Michael Cunningham Les heures
John Fowles Sarah et le lieutenant français
Jim Harrison Légende d'automne
Ernest Hemingway Le soleil se lève aussi
James Hogg Confession du pécheur justifié
Yachar Kemal Mèmed le mince
Douglass Kennedy L'homme qui voulait vivre sa vie
Rudyard Kipling Kim
Thomas Mann La montagne magique
Laura Restrepo Douce compagnie
Sapphire Push
Rafik Schami Histoire de Milad qui partit pour manger à sa faim pendant vingt et un jours
Bernhard Schlink Le liseur
William Trevor Le voyage de Felicia
Mika Waltari Sinouhé l'Égyptien
Edith Wharton Le temps de l'innocence

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Dorothy Allison

Retour à Cayro

Belfond, 1999
Traduit de l'anglais (États-Unis)
[ALL]

Les cris, les coups. Delia a sauvé sa peau en quittant, dix ans plus tôt, Clint, un mari brutal, monstrueux. Avec Randall, guitariste rock dont elle est tombée amoureuse, elle a fui en Californie. Cissy est née.
Mais à Cayro, sa ville de Georgie, Delia a surtout laissé Amanda, 3 ans, et Dede, 1 an, ses filles.
Dix ans passés à prendre des cuites, à chanter dans le groupe de rock de Randall, pour oublier " des rêves de maman, de culpabilité et d'espoir. "
Quand Randall se tue en moto, Delia décide de retourner à Cayro avec Cissy pour récupérer ses deux premières filles.
Ce roman est donc l'itinéraire d'une femme décidée à se battre pour essayer de reconstruire le lien maternel avec ses filles. Elle les a quittées toutes petites et les retrouve pré-adolescentes.
Retour à Cayro nous offre des portraits féminins remarquables, des relations mère-filles faites de rancune, culpabilité, incompréhension, qui, petit à petit, évoluent vers des sentiments de confiance, de respect mutuel et d'amour.
Quel livre ! Pour les filles et les femmes, bien sûr, et pourquoi pas pour les hommes, surtout ceux - s'il en existe - qui ne seraient pas encore persuadés que les femmes sont vraiment exceptionnelles.

Marie-Christine

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Paul Auster

Léviathan

Actes Sud, 1992
Traduit de l'anglais (États-Unis)
[AUS]

Il y a six jours, un homme a été tué par une explosion au bord d'une route, dans le nord du Wisconsin. Il n'y a pas eu de témoin, mais on pense qu'il était assis à côté de sa voiture garée sur l'herbe quand la bombe qu'il était en train d'assembler a sauté par accident. "
C'est ainsi que commence l'odyssée de Peter Aaron, écrivain, narrateur de ce roman, qui pense que cet homme mort au bord d'une route est son ami, et qui va reconstruire peu à peu ce qui a pu le mener au bord de cette route.
Les héros de Paul Auster ont souvent les mêmes initiales que lui -- P. A. -- et ses romans mêlent avec un certain bonheur le réel et la fiction. Ici on retrouvera des artistes comme Sophie Calle et une partie de la vie d'Auster lui-même. Cet enchevêtrement du vrai et du faux trouve son point d'orgue dans toutes les coïncidences relevées par le narrateur, toutes ces choses qui paraissent pleines de sens et qui nous arrivent tous les jours, qu'on remarque ou non, puis qu'on oublie. Lui ne les oublie pas. Quand on gratte un peu ses romans, on s'aperçoit que ce qu'on y trouve de plus invraisemblable est souvent ce qui vient du réel, et que la fiction, à côté paraît bien sage.

Emmanuel

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Paul Auster

Tombouctou

Actes sud, 1999

Traduit de l'anglais (États-Unis)
[AUS]

Tout un roman écrit par un chien ? Absurde, puéril, impossible, me direz-vous… C'est oublier le talent de Paul Auster qui évite ces écueils et relève le défi avec brio dans son incroyable roman Tombouctou où un chien raconte la vie décalée, étonnante et drôle de son maître Willy.
Ce personnage a choisit envers et contre tout sa propre voie et, au crépuscule de sa vie, il fait le bilan sur cette vie en marge de la société, faite de vagabondage et de liberté mais aussi de souffrances et de solitude. Seul Mr. Bones, fidèle compagnon à quatre pattes, est présent pour accompagner Willy vers son dernier voyage et nous livre ici ses réflexions philosophiques sur cette existence mais se penche également sur sa propre vie et la précarité dans laquelle le laisse la mort de son maître.
Au final, on saurait dire si c'est l'histoire de Willy ou celle de Mr. Bones qui nous aura la plus passionné ; bien plus, c'est l'univers de Paul Auster avec sa truculente force narrative qui nous aura captivé de la première à la dernière page.

Isabelle

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Mikhaïl Boulgakov

Cœur de chien

Champ Libre, paru en 1971
Traduit du russe
[BOU]

URSS 1925. Sous l'égide du parti bolchevik, la Russie accouche au forceps d'une société inédite. Le docteur Preobrajenski, éminent généticien moscovite, participe à sa manière à l'édification de l'humanité nouvelle. A la recherche de sujets pour ses expériences saugrenues, ses collaborateurs lui dégottent un clébard galeux et moribond, bête immonde à laquelle il greffe l'hypophyse et les glandes génitales d'un prolétaire décédé. L'opération réussit, mais l'enthousiasme est de courte durée. Car la créature se révèle vite incontrôlable et échappe bientôt aux démiurges. Passe encore que l'atavisme de ses origines canines provoque des comportements peu civils et incompatibles avec la vie en société. Au terme du processus d'humanisation, c'est à l'inverse ses exigences humaines, trop humaines, qui causent soucis et moult tracas aux apprentis sorciers. Le constat est cruel mais sans appel : il n'y a aucune mesure entre l'être de perfection rêvé et son incarnation monstrueuse. Dilemme : peut-on raisonnablement espérer rééduquer la chose ou doit-on se résoudre à la détruire ?
Dans ce court roman, Boulgakov se livre à une critique subtile et drôle de la société " soviétique " naissante - d'autant plus clairvoyante qu'elle est précocement exprimée. Mais sous la satire et l'extravagance du propos pointe une interrogation grave et désabusée sur l'entreprise de ceux qui, en forçant l'histoire, disaient réaliser les promesses d'émancipation contenues dans l'utopie communiste alors qu'ils en prenaient le contre-pied.

Bruno

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Enrico Brizzi

Jack Frusciante a largué le groupe

Seuil, 1997
Traduit de l'italien
[BRI]

" Le tout est de doser sentiment et style, le tout est de réunir la rage impromptue du punk et l'enregistrement jazz le plus rigoureux, pour commencer la plus grande révolte de tous les temps. " C'est ainsi que s'expriment le refus du compromis avec le monde des adultes et le désir de rupture du " mec Alex ", un adolescent de l'Italie du début des années 90 en quête de relations authentiques au sein d'une société qui s'acharne à les rendre impossibles. Le récit de ses amours, de ses frasques et de ses révoltes épouse le tempo d'un rock aussi versatile que ses états d'âme.

Bruno

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Dino Buzzati

Bestiaire magique

Laffont (Pavillons), 1994
Traduit de l’italien
[BUZ]

D'où vient cette force étrange qui nous envoûte ligne après ligne, nous enfonçant dans un univers dense limpide et poétique, le tout en quelques pages ? Ce recueil de nouvelles ne nous donne pas la réponse. Chaque texte déstabilise, nous faisant basculer dans une autre réalité pourtant bien familière. Dino Buzzati sait nous prendre et longtemps après le point final, ses mots nous habitent dans un ultime souffle.
Ce livre, moins connu que Le désert des Tartares, recense des nouvelles où les animaux sont présents. Les animaux abondent, certes, mais compagnons de fortune, ils ne sont que notre propre miroir ou ne reflètent que notre misérable condition. Voici comment, après une nuit pleine d'incertitude, Dino Buzzati nous achemine vers une issue possible : " Mais, dans le même temps, la vie se consume, des marais du faubourg s'infiltre lentement jusqu'ici notre vieille compagne la brume, et là-haut, dans le misérable interstice que laissent parfois les maisons entre elles, passe silencieusement la lune. " (extrait final de Loup)

Marie-Jo

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Francisco Coloane

Le dernier mousse

Phébus, 1996
Traduit de l’espagnol (Chili)
[COL]

A l'âge de 15 ans Alejandro s'embarque clandestinement sur le " Baquedano " - une corvette à voile de la marine de guerre chilienne. Il veut devenir marin comme son père disparu en mer et retrouver son frère embarqué il y a longtemps et dont sa mère n'a plus de nouvelles. Pas un mot de trop dans ce roman fulgurant où Coloane dépeint la vie abrupte des marins dans les eaux fracassantes de l'extrême sud du Chili. Pas un mot qui ne cingle comme des déferlantes lorsque survient la tempête. Coloane nous dit la vie solidaire de l'équipage et par la voix d'Escobedo, le charpentier de bord, conte l'étrange récit de la " Léonora " - bateau maudit - relaté devant les mousses tenus en haleine. Un livre qui nous happe l'esprit et le corps, nous transporte à l'extrême pour nous larguer pantois et heureux au point final.

Muriel

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Michael Cunningham

Les heures

Belfond, 1999
Traduit de l’anglais (États-Unis)
[CUN]

Trois unités de lieu : New-York, Londres, Los Angeles ; trois unités de temps : fin du XXe siècle, 1923, 1949 ; trois femmes : l’une est éditrice, l’autre écrivain, la troisième est mère au foyer. Ce roman est composé de trois histoires entremêlées et reliées par un jeu de correspondance dont la cohésion ne sera révélée que dans les dernières pages.
Une formidable réussite romanesque et un vibrant hommage à l’œuvre, aux personnages, et à la vie personnelle de Virginia Woolf. Cette transposition moderne de Mrs Dalloway  est aussi une réflexion sur le temps, l’amour et la mort.

Marie

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John Fowles

Sarah et le Lieutenant français

Seuil, 1969
Traduit de l'anglais
[FOW]

1867, Lyme Regis dans les Cornouailles. Charles Smithson, rentier et collectionneur de fossiles marins, est un bon bourgeois victorien, rentier et conservateur, malgré un penchant pour les thèses de M. Darwin -- qui, à l'époque, sont loin de faire l'unanimité -- fiancé à Ernestina Freeman, " délicate Aphrodite de sucre filé ". Sarah Woodruff est une jeune préceptrice, mais c'est avant tout une fille perdue, une paria soupçonnée d'avoir eu des relations plus qu'amicales avec un lieutenant français, ce qui fait d'elle une outcast -- qualificatif qui revient souvent à son égard dans la version originale du roman, qui est proprement intraduisible (mais traduit parfaitement son statut), on peut tout de même préciser que " out " veut dire " hors de " et que " cast " est assez parlant.
Ces deux-là n'ont rien à faire ensemble, et pourtant…
John Fowles est bien trop intelligent pour commettre une énième resucée de roman d'amour pseudo victorien avec dénouement larmoyant. D'ailleurs dans un savoureux chapitre 13, il assume et revendique l'artifice du roman en costumes d'époque. Derrière la façade perce alors la mise à jour de la cruauté stupide (ou de la stupidité cruelle) du carcan victorien et de son système de castes. Sarah n'est pas une victime : c'est une femme libre qui refuse la société dans laquelle elle vit. On la comprend.

Emmanuel

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Jim Harrison

Légendes d'Automne

Laffont (Pavillons), 1979
Traduit de l’anglais (États-Unis)
[HAR]

Trois courts romans constituent le recueil Légendes d'Automne.
Une Vengeance est l'histoire d'un homme qui tombe amoureux de la femme de son meilleur ami -- un schéma somme toute classique -- sauf que cet ami est un macho maffieux furieux, ce qui explique pourquoi on retrouve notre héros roué de coups abandonné en plein désert, sous l'œil torve des charognards, à la première page.
La deuxième, L'Homme qui avait perdu son nom raconte la crise de la quarantaine d'un homme qui se lâche enfin -- il danse tout seul dans son living, flirte avec les copines de sa fille, fume des pétards et lit Cioran.
La troisième, enfin, Légendes d'Automne, raconte la saga d'une famille et plus particulièrement les aventures du rejeton rebelle, Tristan, que rien n'arrivera jamais à dompter.
Ce dernier récit est un pur chef-d'œuvre -- ce qui ne veut pas dire que les autres ne sont pas bons, pour se tenir à trois dans le même livre il faut maintenir le niveau. En quatre-vingt pages, Harrison produit la quintessence du roman d'aventures, à la fois épique, lyrique, mélodramatique et sublime. De la première à la dernière ligne, on est happé, enlevé par un récit romantique et romanesque, on ne voudrait pas que ça se finisse -- pourtant la dernière phrase est superbe --, et ça ne fait même pas cent pages. Au moins, on peut le relire tout de suite.

Emmanuel

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Ernest Hemingway

Le soleil se lève aussi

Gallimard (Folio), paru en 1926
Traduit de l'anglais (États-Unis)
[HEM]

Jake Barnes est un Américain à Paris. Journaliste expatrié, il va de bar en bar, du petit blanc du matin aux calvas du soir. Autour de lui gravite toute une faune d'expatriés qui ont tous leur blessure, et qui la noient dans la fête -- l'autre titre du livre est Fiesta -- et l'alcool.
Tout ce petit monde se prépare pour partir à Pampelune, pour la San-Firmin, et une semaine de fiesta non-stop.
C'est le premier vrai roman du grand Ernest, le précédent Torrents of Spring était une parodie, une blague de potache. C'est ici que naît le style Hemingway. Des phrases courtes, peu d'adjectifs, beaucoup de dialogues, pas de psychologie (on y reviendra), le behaviourisme est né. Ernest ne se contente pas de laisser des zones d'ombre, il en crée, joue avec le chaos de ces javas forcenées d'une bohème éthylique à qui il reste un rien de dignité, un semblant de fierté qui empêche de sombrer totalement. De Paris à Pampelune, c'est la même recherche de l'oubli dans le brouhaha et l'alcool.
Mais sur la route, il y a cette pause, magnifique, dans les Pyrénées où Jake et un ami restent quelques jours pour pêcher. Soudain il n'y a plus de bruits, de paroles, plus que du silence et deux litres de rouge par tête et par jour. Un moment détaché avant de replonger dans le tourbillon de la fête.

Emmanuel

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James Hogg

Confession du pécheur justifié

Gallimard (L'Imaginaire), 1981
Traduit de l'anglais
[HOG]

Si tous nos actes, les bons et les mauvais, ne peuvent infléchir les décrets éternels de Dieu, le rachat comme la perte sont impossibles, et un homme dont la rédemption est inscrite de toute éternité dans le Livre ne saurait pécher. Robert Cowan a été choisi par Dieu. Il le sait depuis toujours et vit dans la certitude hautaine de son élection. Lorsqu'il fait la connaissance d'un étrange personnage aux dons surnaturels, l'état de grâce se fait volonté messianique : le parfait devient le " pécheur transcendant ", celui que ne refrène plus aucun interdit et qui, justifié par avance, sous l'empire de l'Écriture et l'emprise de son mentor, ne recule devant aucune vilenie - mensonges, calomnies, zizanies, meurtres - dans l'accomplissement de sa " grande œuvre de purification ". Mais un doute s'insinue qui le plonge dans la confusion et l'effroi : annonce de sa déchéance et de sa perte… ou de son salut, c'est selon.
Parabole sur le fanatisme, exposé clinique d'un cas de schizophrénie, controverse théologique autour de la prédestination, cette œuvre d'un écrivain britannique contemporain de Walter Scott est tout cela mais encore, et avant tout, un récit fantastique d'une grande efficacité dont la construction - la biographie du " pécheur justifié " par un chroniqueur, suivie de ses Mémoires intimes - ménage tous les ingrédients du genre.

Bruno

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Yachar Kemal

Mèmed le mince

Gallimard, 1976
Traduit du turc
[KEM]

Il n'y a pas si longtemps en Turquie, à travers les plaines et montagnes de l'Anatolie, les hommes des villages cultivaient la terre les pieds nus dans les chardons. Les deux tiers des récoltes étaient prélevées par l'agha (chef du village) quand cela n'était pas plus. L'oppression et la misère étaient grandes. Mèmed le mince - un jeune garçon qui vit seul avec sa mère - s'élève peu à peu contre l'injustice et la terreur que fait régner Abdi Agha. Obligé de fuir son village après avoir attenté à la vie de l'agha et tuer le neveu de celui-ci, il deviendra bandit, mais un bandit d'honneur, célèbre dans toute la contrée, craint par les riches, aimé des pauvres.
Par ce roman, Yachar Kemal -- lui-même berger dans sa jeunesse -- décrit la vie des paysans pauvres et analphabètes, il y mêle une vision extraordinairement vivante des paysages sauvages des Monts Taurus. Écrit pour les paysans, ce roman sera lu à ceux-ci dans les villages les plus reculés de Turquie où il deviendra aussi populaire que le héros de ce récit d'aventures qui tient en haleine.
Vous pourrez lire la suite des aventures de Mèmed le mince dans Mèmed le Faucon.

Muriel

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Douglass Kennedy

L’Homme qui voulait vivre sa vie

Belfond, 1998
Traduit de l’anglais (États-Unis)
[KEN]

Un coup de folie et tout bascule : Ben, jeune avocat brillant, marié et père de deux petits garçons, se retrouve meurtrier de l’amant de sa femme. Pour sauver sa peau, il plaque tout. Après avoir lui-même organisé sa mort accidentelle, il endosse l’identité de sa victime et part dans le Montana " vivre sa vie ". Mais, peut-on faire table rase du passé ? Et à quel prix ?
Une situation romanesque à souhait, une écriture limpide et extrêmement drôle, ce livre est une vraie bonne lecture à dévorer dans la quiétude des après-midi d’été.

Marie-Christine

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Rudyard Kipling

Kim

Gallimard, paru en 1902
Traduit de l’anglais
[KIP]

Kim était Anglais. Quoique le teint brûlé comme celui de n'importe quel indigène, quoiqu'il employât de préférence l'idiome du pays et parlât sa langue natale avec une sorte de chantonnement hésitant et cassé, … Kim était un blanc, un blanc pauvre parmi les plus pauvres… sa mère, d'abord bonne d'enfants dans la famille d'un colonel, avait épousé plus tard Kimball O'Hara, jeune sergent [d'un] régiment irlandais… "
Orphelin entre deux mondes, Kim va traverser l'Inde du siècle dernier, au service du Raj (c'est à dire de l'empire britannique). Sa couverture -- puisqu'il travaille pour le Grand Jeu (les services secrets) -- sera d'être le disciple d'un saint homme, un lama qui cherche l'illumination. Leurs quêtes respectives vont se confondre et les mener de Bombay aux collines de l'Himalaya.
Il serait temps de réévaluer Kipling, surtout connu comme scénariste de Walt Disney, mais qui fut un écrivain majeur du début de ce siècle, un pamphlétaire féroce, un cynique prix Nobel de littérature qu'on voudrait réduire -- comme Stevenson ou Swift -- à un écrivain pour enfants. C'est un peu court. Kim est un grand récit d'aventure, un roman haletant, où la magnificence de l'Inde telle qu'on ne la verra plus se dévoile sous nos yeux, sous la plume d'un homme qui l'a aimée toute sa vie. Il serait dommage de s'en passer.

Emmanuel

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Thomas Mann

La montagne magique

Fayard, 1985
Traduit de l'allemand
[MAN]

Parti rendre une visite de courtoisie à son cousin soigné dans un sanatorium suisse (le Berghof), Hans Castorp, un jeune ingénieur hambourgeois, subit " l'atmosphère envoûtante " et irréelle du lieu. Il y séjournera sept ans, au cours desquels il évolue au sein d'un monde bigarré où les protagonistes sont autant d'archétypes d'un monde finissant, dont la culture et les valeurs vont sombrer dans la catastrophe de la Grande Guerre.
Ce texte dense et long (près de 800 pages tout de même), à la fois rétrospectif et prophétique, est, entre autres, une vaste méditation sur le temps. Il en épouse les multiples figures : de la discontinuité des séquences de la vie quotidienne au temps métaphysique des philosophies de l'histoire ; du mouvement cyclique des saisons et de la durée spatialisée de l'existence au sanatorium au mouvement linéaire de l'histoire ; du temps utopique de la musique et de la fête au flux impalpable, versatile des sentiments, et à l'alchimie des rythmes biologiques…
Autant le dire d'emblée : il s'agit d'un roman exigeant. Mais s'il ne se lit pas d'un œil distrait, on y entre sans effort, le lecteur s'intègre progressivement, à son insu, à l'étrange communauté du Berghof, et la quitte avec regret. En outre, après La Montagne magique, comme après d'autres œuvres ambitieuses, on a une autre vision de la littérature.

Bruno

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Laura Restrepo

Douce compagnie

Rivages (Bibliothèque étrangère), 1998
Traduit de l’espagnol (Colombie)
[RES]

Croyez-vous aux anges ? Pourtant la narratrice en a rencontré un, et bien que très sceptique au départ, aidée en cela par sa profession de journaliste, dans un magazine people de Bogotá, elle en tombera follement amoureuse.
Douce compagnie est un roman vraiment sud-américain, faisant intervenir ce réalisme magique si propre aux écrivains de ce continent. C’est un livre moqueur et grave à la fois, qui dépeint avec brio la vie des pauvres habitants d’un pauvre quartier d’une ville dont on ne parle habituellement que pour ses célèbres narco-trafics.
Jamais on ne se pose la question de la vraisemblance des faits, on est emporté par la fiction. Croire n’a pas d’importance, ce qui compte c’est cette épopée étonnante et complètement hors norme d’une parfaite rationaliste amoureuse d’un personnage égaré, messie ou simple d’esprit, peu importe. De révélation en passion charnelle, de doute en tentative de guérison de l’ange, se poursuit et s’achève une histoire d’amour comme on en lit peu, dans une Colombie qu’on n’aurait pas imaginée.
La Colombie est le pays au monde qui fabrique le plus de miracles au mètre carré. Les vierges descendent du ciel, les Christs versent des larmes, des médecins invisibles opèrent leurs fidèles de l’appendicite et des voyants prédisent les numéros gagnants à la loterie. C’est la norme, nous avons une ligne directe avec l’au-delà… " 

Dominique

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Sapphire

Push

Seuil (Points), 1997
Traduit de l’anglais (États-Unis)
[SAP]

Precious Jones, 16 ans, a déjà un enfant, Mongo, une fillette trisomique. C’est son père le père. Il la viole régulièrement, ça dure depuis des années. Precious est noire, pauvre, grosse, sans amis. Elle sait à peine lire et, quand le livre commence, elle est virée de l’école parce qu’elle est à nouveau enceinte.
Vous pensez que je me complais dans les mélos de mauvais goût… En réalité Push est un livre magnifique, tout le contraire de ce que son rapide résumé pourrait laisser craindre (c’est à dire le pire).
L’écriture donne tout son souffle à l’histoire, elle évolue en même temps que Precious Jones. Au départ, brute et chaotique, elle devient belle, poétique, tout comme Precious qui va enfin trouver les moyens de se battre, de se libérer de son enfermement.
A la fin de ce long rap, on a l’impression d’avoir reçu une immense claque… qu’on n’est pas prêt d’oublier.

Marie-Christine

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Rafik Schami

Histoire de Milad qui partit pour manger à sa faim pendant vingt et un jours

Actes Sud (Cactus), 1998
Traduit de l’allemand
[SCH]

Roman, récit ou conte des Mille et une nuits, sans doute un peu des trois à la fois, l’histoire de Milad refusée en 1968 par les éditeurs syriens, est enfin publiée trente ans après.
C’est l’épopée épique, drôle et parfois très crue d’un moins que rien, homme mystérieux qui disparaît de temps en temps dans une grotte pour y retrouver sa fée, qui lui promet un trésor s’il parvient à manger à sa faim pendant vingt et un jours.
Le héros comme l’écrivain ont été bercés par les contes de Shéhérazade et les chapitres s’emboîtent les uns dans les autres, le lecteur étant tout à fait autorisé à s’y perdre.

Fabienne

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Bernhard Schlink

Le liseur

Gallimard, 1997
Traduit de l’allemand
[SCH]

Aurais-je dû chercher plus loin, chercher le papier, chercher la cause de la fureur d'Hanna, la cause de mon désarroi ? " Lis-moi quelque chose, garçon ! " Elle se serra contre moi, et je saisis Le propre à rien d'Eichendorff et repris ma lecture là où je l'avais laissée la dernière fois. "
Michaël Berg a quinze ans lorsqu'il rencontre Hanna. Avec elle, il découvre l'amour, celui du cœur et celui des sens. Peu à peu, la passion avec cette femme déroutante, imprévue, va donner lieu à un rituel inattendu : " lecture à haute voix, se doucher, faire l'amour, rester étendus ensemble. "
Plaisir va dorénavant rimer avec lecture. Mais l’amour va aussi très vite se transformer en rapports de force, incompréhensions, non-dits.
Un jour Hanna disparaît sans laisser de traces, et bien des années plus tard quand Michaël la retrouvera, par hasard, ce sera devant un tribunal, où peu à peu il devinera, seul, ce que plus que tout, Hanna veut cacher. Et les lectures reprendront, enregistrées sur cassettes cette fois-ci, comme un lien reconstruit avec Hanna, avec la vie elle-même.
Bien au-delà de l’histoire qui nous est présentée, bien loin des considérations sur l’amour, c’est sur le bien et le mal que l’on finit par s’interroger avec ce roman. On en sort avec moins de certitudes qu’en y entrant, si ce n’est que lire peut être à la fois érotique, consolant, terrible, salvateur, désespérant, vain, sensuel, réparateur, inquiétant, et parfois… impossible.

Dominique

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William Trevor

Le Voyage de Felicia

Phébus (D’aujourd’hui / étranger), 1996
Traduit de l’anglais (Irlande)
[TRE]

Felicia vomit sur le ferry qui l’emmène en Angleterre. Amoureuse de Johnny qui l’a mise enceinte, elle a quitté la veille son village irlandais en cachette avec un seul objectif : retrouver Johnny. Hélas, c’est bien connu, Johnny n’est pas un ange, il a menti à Felicia qui le croit ouvrier dans une usine de tondeuses à gazon alors qu’il s’est engagé dans l’armée anglaise. Très vite, Felicia se retrouve seule, sans argent, dans un pays étranger. Proie facile pour les mauvaises rencontres, elle est prise au piège par l’apparente gentillesse de Hilditch, personnage inquiétant et malsain. Le Voyage de Felicia est une descente aux enfers au ralenti qui n’épargne au lecteur aucune accalmie. Roman d’apprentissage, roman social, c’est aussi un roman à suspense, noir comme les villes industrielles frappées par la crise et le chômage

Marie-Christine

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Mika Waltari

Sinouhé l’Égyptien

Gallimard (Folio), 1977
Traduit du finnois
[WAL]

Moi, Sinouhé, fils de Senmout et de sa femme Kipa, j’ai écrit ce livre. Non pas pour louer les dieux du pays de Kemi, car je suis las des dieux. Non pas pour louer les pharaons, car je suis las de leurs actes. C’est pour moi seul que j’écris. […] Car tout ce qui a été écrit jusqu’ici l’a été soit pour les dieux, soit pour les hommes. […] Et ce qui a été écrit l’a été sur l’ordre des rois ou pour flatter les dieux et pour induire frauduleusement les hommes à croire ce qui n’est pas arrivé. Ou bien à penser que tout s’est passé différemment de la réalité. Que de la part de tel ou tel dans les événements est plus grande ou plus petite qu’en vérité. […] Tout recommence et il n’y a rien de nouveau sous le soleil, l’homme ne change pas, quand bien même ses habits changent et aussi les mots de sa langue. En effet, les hommes tourbillonnent autour du mensonge comme les mouches sur un gâteau de miel, et les paroles du conteur embaument comme l’encens, tandis qu’il est accroupi dans le fumier au coin de la rue ; mais les hommes fuient la vérité. "
C’est par ces mots que le plus célèbre écrivain finlandais, fait débuter les mille pages qui vous feront plonger au cœur des grandes civilisations du XIVe siècle avant J.C. Bien loin des " Egyptionnades " à répétition d’un Christian Jacq. L’histoire de Sinouhé, ce médecin égyptien, qui se questionne, qui cherche, qui ne se contente pas des vérités officielles et aspire à découvrir la  Vérité, saura à coup sûr vous tenir en haleine (de chacal !). Passionné de théologie, Mika Waltari met ici en scène avec brio ses thèmes de prédilections, une équation simple : foi, doutes, politique, … guerre.

Yann

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Edith Wharton

Le temps de l'innocence

Flammarion, paru en 1920
Traduit de l'anglais (États-Unis)
[WHA]

Newland Archer est fiancé à May Welland. Tous deux font partie de la bonne société new-yorkaise de la fin du dix-neuvième siècle. Un soir, alors qu'ils assistent à un opéra français dont " le texte allemand…, chanté par des artistes suédois, [a été] traduit en italien afin d'être plus facilement compris par un public de langue anglaise ", il retrouve une cousine qui, partie faire un mariage en Europe avec un noble polonais, en est revenue et -- malheur à elle -- envisage de divorcer. Scandale chez les heureux du monde. D'abord pour la protéger, Newland va se rapprocher d'elle et découvrir une personne qui se moque des conventions qui ont régi sa vie à lui. Bien sûr il va tomber amoureux d'elle. Évidemment leur amour est impossible… parce qu'il n'est pas convenable.
Avec ce qui pourrait être un roman rose, Edith Wharton nous offre une grande et belle tragédie du ridicule. Elle nous décrit les rites cruels de l'aristocratie new-yorkaise-- une aberration, puisque les États-Unis étaient censés être ce pays libre où la naissance ne détermine pas la place dans l'échelle sociale, et pourtant si ! -- d'autant mieux qu'elle en faisait partie. Toutes les manies, les tabous, les répulsions de ce petit monde snobinard et confit dans la graisse de sa bonne conscience -- qui est une machine à broyer les personnalités surtout quand elles ne sont pas bien affirmées comme celle du pauvre Newland Archer -- y sont représentées avec force détails et ça fait froid dans le dos.
Tiraillé entre deux femmes fortes -- l'une parce qu'elle refuse les conventions, l'autre parce qu'elle les accepte et l'assume -- il finira par être raisonnable – ce qu'on pardonne difficilement à un personnage de roman. La fin qui le voit vieux et résigné est poignante, douce amère, comme un coucher de soleil sur le jardin du Luxembourg un soir d'automne.

Emmanuel