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Littérature française

Simone de Beauvoir Une mort très douce : récit
Robert Bober Berg et Beck
Emmanuel Carrère L'adversaire
Philippe Claudel Meuse l'oubli
Claude Clément Balade en tête (Poésie)
Alexandre Dumas Les trois mousquetaires
Monique Durand Eaux
Jean Echenoz Je m'en vais
Christine Féret-Fleury Dans le miroir
Alice Ferney Grâce et Dénuement
Paul Fournel Un rocker de trop
Anne Gavalda Je voudrais que quelqu'un m'attende quelque part
Guillaume Géraud Coup de sabre
Gisèle Halimi Fritna
Gérard Herzhaft Catfish blues
Eric Holder La belle jardinière
Eric Holder Mademoiselle Chambon
Jean-Claude Izzo Les marins perdus
Philippe Jaenada Le chameau sauvage
Sébastien Japrisot La passion des femmes
Ysabelle Lacamp Le baiser du dragon / La fille du ciel
Alain Nadaud Archéologie du zéro
Irène Némirovsky Le bal
Georges Perec La vie mode d'emploi : romans
Pascal Quignard Terrasse à Rome
Agnès Renaut Qu'as-tu fait de ta sœur ?
Mathieu Terence Fiasco
Frédérick Tristan Les égarés
Jules Verne Maître Zacharius et autres récits
Tanguy Viel Cinéma
Jean-François Vilar Les exagérés

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Simone de Beauvoir

Une mort très douce : récit

Gallimard (Blanche), 1964
[BEA]

A la suite d’une chute, la mère de Simone de Beauvoir se retrouve à l’hôpital pour une opération du col du fémur. Les médecins décèlent un cancer très avancé. La convalescence se transforme en agonie. Quelques semaines hors du temps pendant lesquelles Simone et sa sœur se relaient au chevet de leur mère. L’importance des derniers moments, quand chaque parole même banale prend sens, quand chaque geste a valeur de symbole. Simone sait que la mort de sa mère est inéluctable, elle la souhaite pour que cessent les souffrances, mais cependant la redoute, prise de vertige devant cette " violence indue ".
Et puis l’enterrement : " Nous assistions à la répétition générale de notre propre enterrement.  Le malheur, c’est que cette aventure commune à tous, chacun la vit seul. ", les regrets : " Quand quelqu’un de cher disparaît, nous payons de mille regrets poignants la faute de survivre. Sa mort nous découvre sa singularité unique ; il devient vaste comme le monde que son absence anéantit pour lui, que sa présence fait exister tout entier ; il nous semble qu’il aurait dû tenir plus de place dans notre vie : à la limite toute la place. " et le travail de deuil : " Nous voulions distribuer des souvenirs à ses intimes. Devant le sac de paille, rempli de pelotes de laine et d’un tricot inachevé, devant son buvard, ses ciseaux, son dé, l’émotion nous a submergées. C’est connu le pouvoir des objets : la vie s’y pétrifie, plus présente qu’en aucun de ses instants. " Un récit fulgurant.

Marie-Christine

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Robert Bober

Berg et Beck

P.O.L., 1999
[BOB]

Berg est éducateur dans une maison d’enfants de déportés en région parisienne. Dix ans plus tôt, en 1942, son copain Beck était arrêté avec ses parents...
Comment apprendre à vivre avec cette absence ? Berg entreprend alors une correspondance avec son ami défunt afin de garder intacte sa mémoire. Il mêlera tout au long du récit leurs souvenirs communs d’enfance avec ses propres difficultés à exercer un métier où les enfants ont tous une mémoire douloureuse avec laquelle il doit en permanence composer.
Ce récit sobre est un remarquable travail d’écriture pour évoquer la " maladie d’Auschwitz ", même si on sent parfois que les mots sont difficiles à trouver pour traduire des émotions fortes mais toujours contenues.
Par l’auteur de Quoi de neuf sur la guerre ? qui nous faisait déjà partager avec beaucoup d’émotions la vie d’un atelier de confection après guerre à Paris.

Marie

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Emmanuel Carrère

L’adversaire

P.O.L., 2000
[CAR]

Auteur de plusieurs romans très réussis, déclinaisons du quotidien qui dérape, Emmanuel Carrère réussit avec ce livre un pari extrêmement scabreux.
En effet, quel auteur aurait osé traiter d’un fait divers aussi dramatique que celui connu maintenant sous le nom d’Affaire Romand ?
A la une des journaux, début 93 : après avoir tué sa femme et ses deux enfants, Jean-Claude Romand se rend chez ses parents pour les tuer. Rentré chez lui, il met le feu à sa maison et avale des cachets. Il se réveille à l’hôpital. Le motif de cette tuerie invraisemblable est très vite révélé par l’enquête : Jean-Claude Romand a pendant 18 ans escroqué ses proches pour faire vivre sa famille qui le croyait brillant médecin de l’OMS. Début 93, son mensonge était sur le point d’être découvert.
Emmanuel Carrère a cherché à comprendre l’inconcevable. Il est entré en relation avec Jean-Claude Romand, a suivi son procès. Tout au long du livre, il retrace le parcours de cet homme. Médecin, il ne l’était pas, mais il n’était rien à la place et passait ses journées de travail à marcher, solitaire, dans les forêts jurassiennes. La réussite du livre tient, à mon avis, dans le fait que l’auteur ne cherche ni à enfoncer Jean-Claude Romand ni à le plaindre. Il essaie juste de comprendre en quoi cette histoire le touche.

Marie-Christine

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Philippe Claudel

Meuse l'oubli

Balland, 1999
[CLA]

A Fiel , petite bourgade du nord de la France, le narrateur trouve une chambre chez une veuve et s’installe des journées durant dans un bistro sur la place de l’église. On est bien sûr un peu étonné, à Fiel, de voir ce jeune homme inactif, les gens se posent des questions mais n’osent l’interroger, notamment sur ses fréquentes promenades au cimetière du village
En fait on apprendra au fil du récit, souvenirs entrecroisés, que notre personnage vivait auparavant le grand amour auprès de Paule sa compagne, et qu’un jour le sort en décida autrement, alors qu’il allait toujours plein d’espoir lui porter à l’hôpital des bouquets d’anthémis jaunes.
Un premier roman tout en pudeur pour évoquer de manière extrêmement simple la difficulté à " faire son deuil. " 

Marie

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Claude Clément

Balade en tête

Lo Païs (D’enfance), 1999
[P CLE]

La poésie transmission, la poésie chanson, la poésie croquis, la poésie souvenir, celle qui se balade, pleine de douceur et de plénitude. Cette poésie que l’on offre, tant qu’il en est encore temps, aux autres, à soi, au monde pour mieux l’habiller, à moins que ce ne soit l’inverse… Poésie des rencontres et des disparitions, poésie des sens et des sentiments… Mais aussi poésie contre…
Claude Clément nous promène, sans jamais nous forcer, avec une rare douceur. Ses poèmes tiennent chaud, sont emprunts d’une certaine nostalgie, non celle qui nous ferait dire qu’auparavant les temps étaient meilleurs, mais plutôt celle qui survient avec les souvenirs qui remontent à la conscience, nous rendant parfois tristes, parfois gais. Une petite perle !

Fabrice

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Alexandre Dumas

Les trois mousquetaires

Omnibus, paru en 1844
[DUM]

L’an dernier, dans la précédente sélection de Lison Futé un de mes collègues avait, parmi ses différentes notices à l’éclectisme brillant, fait le choix de citer et conseiller ardemment Vingt ans après en y vantant tous les mérites de ce grand écrivain devant l’éternel, son style brillant, son sens inné de la narration, du rebondissement, l’amusement, que dis-je la jouissance à nous raconter des histoires que jamais rien ne lasse. Et bien…je confirme, persiste (à la place de mon collègue qui ne m’en voudra pas bien entendu ) et signe ( à la mienne).

Mais il faut bien commencer par le commencement, et celui-ci en l’occurrence s’intitule Les Trois mousquetaires. Je ne reviendrai pas sur les qualités de l’œuvre puisqu’elles sont innombrables (au moins autant que les péripéties qui la jalonnent). Je préfère insister sur le plaisir procuré par cette lecture au caractère jubilatoire incomparable.

Fabrice

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Monique Durand

Eaux

Le Serpent à plumes, 1999
[DUR]

Des nouvelles brutes, minimalistes, dans des univers quotidiens pas très gais où l’eau est omniprésente. On entre dans la vie de personnages jeunes ou vieux que la vie aurait plutôt tendance à abandonner. La seule nouvelle qui ne se finit pas directement par la mort se passe dans une bibliothèque - histoire d’amour entre la bibliothécaire et une lectrice.
Ici les fleuves ne coulent pas tranquilles mais les torrents sont plutôt tumultueux, c’est la vie et ses remous ; rien que de l’eau, de l’eau de pluie, de l’eau de là-haut, chantait une autre.

Fabienne

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Jean Echenoz

Je m’en vais

Minuit, 1999
[ECH]

Je m’en vais, dit Ferrer à Suzanne. Histoire banale, me direz-vous, pas de quoi avoir le Goncourt. Et pourtant.
L’histoire d’abord. Ferrer quitte sa femme et son pavillon de banlieue. Six mois plus tard, direction le grand Nord, " très loin, très blanc, très froid ". Aventure polaire à hauts risques pour cet homme cardiaque. Sa motivation : un trésor d’œuvres d’art boréal l’attend sur une épave échouée là-bas. Retour à Paris, vol des objets venus du froid.
Echenoz est un anti-bavard : des phrases sèches, précises, pas d’émotion apparente. Il mène plusieurs récits en parallèle, passe du récit de voyage au roman policier avec le plus grand naturel et nous donne une vision en plongée des personnages et de leurs faits et gestes. En prime, les petites phrases qu’il nous adresse créent une certaine connivence.
Résumons : une véritable histoire, une écriture sobre, un roman astucieusement construit, ça mérite bien un Goncourt, non ?

Marie-Christine

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Christine Féret-Fleury

Dans le miroir

Gallimard (Frontières), 2000
[FER]

Livre souvenir, souvenirs épars mais d’une précision implacable. Deux personnages, Louise et Jeanne, liées par l’enfance, deux destins, et leurs souvenirs, uniquement ceux dont on se " souvient ", ceux qui vous suivent, et non pas ceux qui sont entre, trop vagues, pas importants ou peut-être trop gênants, ceux avec lesquels on se réinvente une vie. C’est ce qui donne cet aspect fragmenté au récit, et qui fait sa difficulté à l’appréhender.
Livre sensible, sensuel même, parfois extrêmement ambiguë tant l’écriture est dévouée au ressenti des choses.
Livre sur l’absence, celle des hommes. Lorsqu’ils apparaissent, c’est toujours de manière impersonnelle, ils n’ont pas de nom, qui un vagabond, qui un médecin, qui un couple qui fait l’amour, qui un mari que de toute façon on quittera… L’homme n’y existe pas, il n’est pas une idée, juste une image, autant dire rien !
Livre assez difficile, à l’écriture au combien belle, sensuelle, pleine de mystères et d’ambiguïtés. Deux lectures ne sont pas de trop…

Fabrice

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Alice Ferney

Grâce et Dénuement

Actes Sud,1997
[FER]

Si vous avez envie de pénétrer dans l’univers très codé du monde des gitans, c’est exactement le livre qu’il vous faut ouvrir de toute urgence. Vous y croiserez la vieille Angeline, la mère, veuve, qui tient de mains de maître sa nombreuse progéniture.
Autour d’elle, cinq fils dont quatre mariés, de nombreux enfants, et des belles-filles qui souhaitent davantage d’autonomie et moins de violences dans leurs foyers.
Au milieu de cet univers, Esther une gadjé, bibliothécaire de son état, qui tente un pari incroyable : s’introduire en plein cœur de cette saga pour lire tout simplement des histoires à ces enfants qui en sont trop souvent privés faute de scolarités assidues.
Je vous ai planté le décor de cette histoire, à vous de venir vérifier combien d’efforts et de ruses Esther déploiera pour aller au bout de son invraisemblable projet.

Marie

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Paul Fournel

Un rocker de trop

Balland (L'Instant romanesque), 1983
[FOU]

De la rock'n roll attitude, Fred " Fast Eddie " Jones a écumé tous les sentiers, sauf ceux de la gloire. Estimé, admiré même par les plus grands, il a toujours manqué le coche, desservi par un attachement fétichiste à la tradition. Car toute la musique qu'il aime, elle vient de là, elle vient du mood des sixties, l'âge d'or d'avant les sophistications électroniques, le déluge disco et le heavy rock. Has been depuis des lustres (comme on disait jadis des chevaux de retour, avant que l'expression elle-même tombât en désuétude), désormais chauve et bedonnant, dans un sursaut d'orgueil il a décidé d'en finir. En beauté de préférence. Quinze ans après les derniers échos (déjà passablement surannés) de Blue Suede Shoes, il donnera, le temps d'un ultime concert, le meilleur de lui-même. Mais le propre du loser, c'est de tout rater, même sa sortie.
Un texte léger et entraînant - mais parfois amer -, pour nostalgiques du bon vieux temps du rock'n roll (et de sa grande escroquerie), saupoudré de sentences cruelles, mais oh combien justes : " Le problème de Johnny est là, c'est lui qui a le plus de pêche mais il est suiviste. "

Bruno

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Anne Gavalda

Je voudrais que quelqu'un m'attende quelque part

Le Dilettante, 1999
[GAV]

Un titre bien trouvé pour ce recueil de nouvelles à la cohérence irréprochable : on y parle que d'amour amour amour… sur un ton badin, enjoué, moqueur. Les histoires sont d'une simplicité déconcertante. Description insolente d'un vécu tellement connu, qu'on en est agacé parfois. Pourtant malgré la légèreté dont s'entoure ce recueil, Anne Gavalda vise juste, elle nous ébranle, nous interpelle. Tranches de vies déclinées au masculin, au féminin, on pense à notre frère, notre amie, notre voisin. Moins superficiel qu'il n'y paraît, ce premier livre fait rimer amour avec solitude. Et l'épilogue, véritable coup de théâtre, où l'écrivaine pour la seule fois se met en scène, ne fait que le confirmer.

Marie-Jo

Tous les textes de ce recueil ont le quotidien pour cadre : qu’il s’agisse d’un représentant en charcuterie stressé, d’une vendeuse en confection passionnée de lecture, d’un amoureux rivé à son portable ou d’un adolescent toujours prêt à faire la fête… ce sont toujours des personnages entièrement centrés sur eux-mêmes. L’auteur, pour nous les décrire en situation se rit souvent de leurs petits travers et prend le lecteur à partie en l’apostrophant ce qui surprend de prime abord, mais on se laisse vite convaincre par le rythme tonique et ce style acide et drôle tout à la fois. Un jeune écrivain à découvrir et à suivre…

Marie

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Guillaume Guéraud

Coup de sabre

Éditions du Rouergue, 2000
[GUE]

 

Imaginez le tableau : sur une plage balayée par le vent, un vieil homme, les jambes plantées dans le sable, un sabre à la main, découpe les vagues qui déferlent au-dessus de sa tête… Il ne dit rien, et pour cause, on lui a coupé la langue pendant la guerre d’Indochine. Depuis, Chiun-Faï (c’est son nom) s’est installé en France, il a eu une fille qui elle-même a eu deux enfants mais ce n’est pas ce qui l’a amené ici. Il recherche l’homme qui lui a enlevé la parole, il s’en souvient bien, il lui a tranché le bras droit d’un coup de sabre pendant la guerre. Seulement, il ne l’a pas trouvé. Sa petite fille Joey accompagnée de Tom son meilleur ami vont alors lui servir de guide pour assouvir sa vengeance, plus de quarante ans après…

Guillaume Guéraud s’attaque coup sur coup dans ce livre aux deux guerres coloniales que livra la France aux lendemains de la seconde Guerre Mondiale : la guerre d’Indochine à travers le personnage de Chiun-Faï, et la guerre d’Algérie à travers l’oncle de Tom. Mais ce qui a intéressé l’écrivain ce ne sont pas tant les problèmes politiques et/ou philosophiques, moraux… soulevés par ces conflits mais plutôt les conséquences et le cheminement d’individus confrontés à des événements qu’ils n’ont pas contrôlés et dont les cicatrices n’ont pas disparu. L’un, Chiun-Faï, parce qu’on lui a promis que justice serait faite, n’a eu de cesse de courir après elle, sombrant dans une folie contrôlée que son " mutisme " n’a fait qu’accentuer. L’autre, l’oncle de Tom, habité par des visions cauchemardesques dont lui seul connaît la vraie nature, rongé par la culpabilité de ceux qui ont moralement perdu. Quant à Chloé et Tom, ils sont à la fois accoucheurs, rédempteurs, garants du souvenir, ce souvenir de choses qu’ils n’ont pas vécues, de choses traumatisantes, violentes, peuplées de cadavres… Que peut-on faire d’un héritage pareil lorsqu’il n’y a pas eu, comme en Allemagne après l’horreur nazie, de travail de mémoire ?

Fabrice

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Gisèle Halimi

Fritna

Plon, 1999
[305.4 HAL]

Ma mère, ne m’aimait pas. Ne m’avait jamais aimée, me disais-je certains jours. Elle, dont je guettais le sourire, dont je frôlais les mains, le visage, pour qu’elle me touche, m’embrasse, enfin, elle, ma mère, ne m’aimait pas "
Voici la terrible conclusion à laquelle aboutit très vite l’auteur, née dans la société tunisienne des années quarante.
Avec sa sœur cadette elles eurent le malheur de naître filles entre un frère plus âgé et un autre plus jeune qui recueillirent, eux, toute l’affection maternelle. Mais pourquoi ce sexisme ?
A présent que sa mère est décédée, Gisèle Halimi, avocate, féministe et toujours très engagée politiquement, s’autorise enfin à se livrer.
Au travers de ses souvenirs d’enfance puis de jeune fille mal aimée, elle cherche à comprendre la dureté permanente de Fritna à son égard, et tente d’analyser ce manque d’amour obsédant dont elle a souffert le reste de sa vie.

Marie

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Gérard Herzhaft

Catfish blues

Seuil (Fictions et compagnie), 1997
[HER]

Jeune Noir né sur une exploitation de coton dans le Mississipi des années 20, Théodore Roosevelt n'a qu'une seule passion : le blues. C'est d'ailleurs le titre de sa première improvisation qui lui vaudra le surnom de Catfish. La musique raisonne durant tout le livre, son principal charme. Mais il en a d'autres, tel que l'espoir qui se dégage de bout en bout et ce malgré, la ségrégation sociale, le racisme et l'humiliation en toile de fonds. Le désir du jeune héros de connaître une autre vie au service de sa passion est porté par un enthousiasme et un acharnement communicatifs.
Un récit initiatique qui réunira les jeunes et les moins jeunes, chacun ne boudant pas son plaisir. Et pour ceux qui en redemandent, la suite vient de paraître sous le titre A Chicago, un harmonica sanglote le blues.

Marie-Jo

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Eric Holder

La belle jardinière

Le Dilettante, 1994
[HOL]

Sept récits, sept observations attentives de ses contemporains.
Le premier récit plante le décor : on est à la campagne " au milieu de nulle part. " Les saisons et les travaux des champs rythment la vie, mais aussi le passage du facteur, l'ambiance du café, les balades à vélo, les amis. Puis c'est l'évocation poétique de la météo, du PMU, de l'édification d'une murette et des joies mystérieuses de la cueillette des champignons par l'initié.
Eric Holder est l'observateur discret des joies de la campagne. Dans une prose poétique il fait une étude sociologique et philosophique. On le sent expérimenté sur les plantes, les choses, les gens. Chaque détail est touchant, chaque geste en dit long. On sent son regard tendre, amusé, complice, distant et enthousiaste. La succession tranquille des jours est pour lui un spectacle permanent. Comme il le dit à la fin de son premier récit, le bonheur est finalement à portée de la main.

Florence

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Eric Holder

Mademoiselle Chambon

Flammarion, 1996
[HOL]

Mademoiselle Chambon est une jeune institutrice célibataire. Elle vient de s'installer à Montmirail, une bourgade de province. Antonio, maçon d'origine portugaise, mène une vie tranquille en compagnie de sa femme et de son fils Kevin jusqu'à ce jour de début février où il va chercher Kevin à l'école et rencontre mademoiselle Chambon.
Un beau roman social où deux êtres de milieux très différents s'attirent mais aussi une histoire d'amour impossible tout en pudeur et tendresse qui en fait un conte moral attachant. Captant magnifiquement les silences et les non-dits, Eric Holder a le don de n'avoir besoin que de quelques phrases pour décrire avec justesse une atmosphère. Il nous fait percevoir les sentiments, l'évolution des personnages en prêtant attention aux gestes, aux réactions de chacun et c'est là la véritable force de ce livre qui a rendu célèbre cet écrivain.

Florence

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Jean-Claude Izzo

Les marins perdus

Flammarion (Gulliver), 1997
[IZZ]

Peut-être ce titre vous évoque-t-il une épopée marine sur des mers lointaines ? Eh bien, pas du tout ! … Les marins sont d'autant plus perdus lorsqu'ils sont sur la terre ferme.
Des marins dans un cargo coincé à quai devant le port de Marseille et voilà le décor de prédilection pour Jean-Claude Izzo qui nous conte de surcroît une histoire poignante et quasi réelle (l'auteur nous dit s'être inspiré de faits réels pour l'intrigue). Une histoire d'amitié entre marins qui apprennent à se connaître à force de se côtoyer ; des histoires d'amour avec des femmes qui appartiennent au passé ou à un futur incertain ; des histoires d'hommes, enfin, qui luttent contre le destin - souvent en vain - pour avoir droit à un avenir meilleur.
Outre l'excellente trilogie policière conseillée ici (Chourmo, Total Kheops et Solea), je vous recommande également son dernier roman Le soleil des mourants. Parce que si l'ami Izzo nous a définitivement quittés, ses livres, entre espoir et drame, un peu à la manière des films de Robert Guédiguian, auront toujours cette prose violente et poétique comme peut l'être la lumière de la Méditerranée.

Isabelle

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Philippe Jaenada

Le chameau sauvage

Julliard, 1997
[JAE]

Halvard Sanz est un gentil garçon un peu naïf. Signe particulier : doué pour les catastrophes en série. Cependant il se rassure toujours en tirant de grandes conclusions sur ses propres expériences de la vie. Ainsi nous donne-t-il quelques " conseils pour paraître à l'aise dans un ascenseur " ou encore des dictons de son cru comme " toujours fuir à la première alerte. "
Avec une verve intarissable, Philippe Jaenada nous narre les aventures loufoques et émouvantes de ce jeune Halvard Sanz qui est surtout un être très sensible en quête d'amour dans un Paris hostile. Mais le chameau sauvage dans tout ça ? Quand vous en connaîtrez le principe, comme Halvard, vous verrez la vie différemment.

Florence

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Sébastien Japrisot

La passion des femmes

Denoël, 1986
[JAP]

Voilà un titre plein de promesses, derrière lequel se cache l’un des meilleurs romans de Japrisot, qui reste, faut-il le rappeler, un des auteurs français contemporains les plus lus à l’étranger -- et dont pratiquement tous les livres ont été portés à l’écran (L’Été meurtrier, Le Passager de la pluie, Compartiment tueurs, Adieu l’ami…).
Roman atypique puisqu’il s’agit pour le lecteur de reconstituer un puzzle.
Une dizaine de femmes, très différentes, parlent du même homme, un évadé de prison avec lequel elles ont partagé un moment de vie, dans sa fuite. Certaines mentent, d’autres pas, mais toutes décrivent le même personnage avec une vision complètement opposée, nous dévoilant un antihéros aux personnalités fort contradictoires.
Avec une intrigue à multiples rebondissements, une écriture intelligente et drôle, ce livre pourra être un parfait compagnon pour vos vacances.

Yann

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Ysabelle Lacamp

Le baiser du dragon
Lattès, 1987

La fille du ciel
Albin Michel, 1988

[LAC]

La très belle et très médiatique Ysabelle nous raconte ici l'épopée de la très belle Shu-Meï, fille du seigneur Tsao, au cœur de la Chine du Xe siècle. Intrigues politiques, cavalcades échevelées, passions impossibles, orgies délirantes, violences sauvages ou perversions " raffinées ", sont au programme, pour nous conter les mœurs complexes d'une des plus vieilles civilisations que la terre ait portées.
Si dans Le Baiser du dragon, Ysabelle Lacamp se laisse aller à un érotisme aussi effréné que jubilatoire (et semble d'ailleurs s'en amuser beaucoup), elle devient plus chaste dans la deuxième partie, La Fille du ciel au cours de laquelle son héroïne accédera aux plus hautes sphères de la société chinoise, et complotera contre cet empereur, traître envers son peuple, qu’elle déteste plus que sa propre existence.
Il y a du Mulan dans cette Shu-Meï, fille du ciel, qui refuse de se soumettre aux coutumes sexistes de son temps et de son pays, par ailleurs en pleine décadence…
A lire pour s’évader.

Yann

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Alain Nadaud

Archéologie du zéro

Denoël (L'Infini), 1984
[NAD]

On sait que l'invention du zéro fut une révolution dans l'ordre des mathématiques. On connaît sans doute moins les turpitudes de sa découverte. Un archéologue exhume d'une nécropole souterraine les archives de la secte antique des Adorateurs du Zéro, ayant (sur)vécu clandestinement des siècles durant à Alexandrie. De l'intuition du nombre vide, qui soustrait l'être à lui-même et en qui tout s'annule, au culte du " Grand Corrodeur " et à son érection en " principe explicatif de toute chose ", le parcours philosophique et l'existence mouvementée de cette communauté ésotérique, démontrant par les mathématiques la destruction nécessaire de la société, pratiquant la débauche comme ascèse, et pour qui la conscience du néant équivalait au néant de la conscience, sont scrupuleusement reconstitués par un auteur-chercheur partagé entre l'empathie, l'horreur et la fascination. Tout à la fois chronique érudite, journal de recherche et " roman d'aventures métaphysiques ", l'histoire se clôt sur le récit de l'extermination de ceux qui, parce qu'ils affirmaient le néant de toute chose furent eux-mêmes anéantis, puis effacés de la mémoire des peuples. Drame historique ou fantaisie d'écrivain ?

Bruno

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Irène Némirovsky

Le Bal

Grasset (Les Cahiers rouges), paru en 1930
[NEM]

Antoinette est la fille d'un couple devenu riche après un coup en bourse judicieux. Lorsque l'on est une jeune adolescente perturbée par un sang nouveau qui vous travaille le corps et l’esprit... en but à une mère qui veut enfin vivre la grande vie sans s'encombrer d'une gamine de 14 ans dans les pattes… les relations sont tendues voir cruelles - souvent - .
Madame et Monsieur Kampf décident d'organiser un bal afin de s'ouvrir les portes du " Grand Monde. " On invite à tour de bras : nobles, parvenus, roturiers … et même la cousine !
Un regard vif, décapant sur les relations mère-filles et sur la société " mondaine ". Un ping-pong acide, c'est court, rapide et drôle. A lire sans préméditation.

Muriel

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Georges Perec

La Vie mode d’emploi : romans

P.O.L., 1979
[PER]

Cinq tentatives d’invitation à la lecture de La Vie mode d’emploi :

  1. S’il vous est déjà arrivé, en vous promenant dans Paris, le soir par exemple, quand les fenêtres éclairées d’un immeuble dévoilent des bribes de la décoration des appartements ou même parfois les silhouettes de leurs occupants, de laisser aller votre esprit à imaginer l’ambiance de la soirée entre amis au 2e étage, ou quel film regardent les locataires du 1er, ou encore si les propriétaires du 4e sont aussi prétentieux que les luminaires qu’ils ont choisis pour éclairer leur salon… bref, si ce genre de divagations vous vient en tête, n’hésitez pas un instant, La Vie mode d’emploi est le livre qu’il vous faut, 600 pages pour assouvir vos fantasmes de promeneur curieux.
  2. Georges Perec a imaginé un immeuble bourgeois du XVIIe arrondissement de Paris dont la façade aurait été enlevée. Selon une construction subtile empruntée au déplacement du cavalier au jeu d’échecs, il a construit un roman dans lequel il raconte la vie de ses habitants actuels ainsi que celle de leurs prédécesseurs. Et comme Perec ne croyait pas beaucoup à l’inspiration toute puissante mais plutôt aux contraintes littéraires, le fervent oulipien qu’il était s’est imposé un cahier des charges impressionnant pour alimenter la centaine d’histoires contenues dans La Vie mode d’emploi. Le résultat est un livre d’une liberté et d’une charge poétique telles que sa lecture est un véritable cadeau… mais un cadeau qu’il faudra tout de même se résoudre à rapporter à la médiathèque !
  3. Vous partez en vacances. Vous ne pouvez emporter qu’un seul livre dans vos bagages, mais vous avez envie de lire plein d’histoires, une centaine, pourquoi pas ? La Vie mode d’emploi n’est pas un roman mais un romans. L’index des histoires situé à la fin vous donnera un aperçu de tout ce qui vous attend dans un seul livre.
  4. Vous choisissez parfois vos lectures en fonction du titre ? Oui ? Alors, faites le test suivant. Allez à la dernière page de Lison Futé, à la liste des titres que nous vous proposons. Lisez-les tous et choisissez celui qui vous semble le plus prometteur, le plus vaste, le plus ambitieux. J’en étais sûre, vous retenez La Vie mode d’emploi.

Marie-Christine

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Pascal Quignard

Terrasse à Rome

Gallimard (Blanche), 2000
[QUI]

Comme le titre ne l'indique pas, Terrasse à Rome nous raconte la vie d'un homme graveur, Meamus, au XVIIe siècle. Le récit fourmille de détails historiques et en ce sens, pourra satisfaire les amateurs du genre. Mais il reste l'écriture de Pascal Quignard en clair-obscur, à la fois lumineuse et ténébreuse, en symbiose parfaite avec le travail de ce graveur, dont on ne sait presque rien, si ce n'est un amour charnel qui lui vaut d'être défiguré à l'eau-forte. Cette infirmité lui ôte celle qu'il désire sans éteindre le feu qui le dévore.
Beauté de l'art et beauté des corps se mêlent dans la destinée de Meamus. Dans cette métaphore autour du mystère de la création, Pascal Quignard a une façon bien singulière de nous parler de la sensualité entre les êtres.

Marie-Jo

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Agnès Renaut

Qu’as-tu fait de ta sœur ?

Grasset, 2000
[REN]

Qu’as-tu fait de ta sœur ? se lit comme un thriller. C’est une journée particulière que nous raconte Zon, une fillette ; journée où survient un événement inavouable, mais pourtant inévitable, tente de nous prouver Zon. Les fantasmes de la fillette et la réalité se mêlent, créant ainsi une atmosphère oppressante dans des lieux sans lumière.
Drame psychologique et familial en huis clos, qui nous entraîne dans une spirale obsessionnelle, d’où émerge sans arrêt l’interrogation : quel crédit la société accorde t-elle à la parole d'un enfant sans la légitimité des adultes ? Pris au piège, nous sommes mis en position de juge dans ce roman dérangeant, le premier de cette écrivaine, à ne pas mettre entre toutes les mains.

Marie-Jo

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Mathieu Terence

Fiasco

Phébus (D'aujourd'hui), 1997
[TER]

Ce n'est pas tout d'échouer. Encore faut-il l'avoir voulu. Seul mérite et peut prétendre triompher en ce domaine celui qui a œuvré consciencieusement à sa perte, avec la persévérance et l'opiniâtreté d'un élève appliqué, et mis son ambition à ne pas en avoir, pour transformer l'échec en destin, le goût de la défaite en vocation. S'exercer au " métier de perdre " n'est en effet pas une mince affaire. Cela suppose autant d'obstination, de persévérance, de courage et - pourquoi pas - de talent que la poursuite de la réussite sociale. Avec à l'esprit la conscience du but qui ne le quitte jamais, le héros de Fiasco va ainsi s'acharner à " prendre le contre-pied de ce que tout un chacun valorise " : consterner son prochain, cultiver les " inimitiés sélectives ", flétrir sa réputation, ruiner sa respectabilité, attirer la réprobation générale… En un mot, " être au-dessous de tout. " La performance impose toutefois vigilance et rigueur, car il faut se garder de l'écueil qui menace les esthètes du ratage, de l'hypocrisie qui consiste à se ménager une manière d'accomplissement dans la catastrophe : " un échec, pour être total, doit être gâté par une petite victoire. "
L'agacement suscité par la complaisance de l'auteur pour la régression nombriliste, bien dans l'air du temps et dans le ton des manuels de développement personnel, est largement compensé par le parti pris cynique et l'ironie jubilatoire du propos, servis par une écriture acérée, truffée de formules qui font mouche.

Bruno

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Frédérick Tristan

Les égarés

Balland, 1983
[TRI]

Vous partez cet été quelques jours au calme dans la grande maison retirée d'une vieille tante ? Alors n'oubliez surtout pas cette histoire romanesque et calez-vous dans un bon fauteuil près de la Comtoise. Vous vous retrouverez immédiatement projeté en Angleterre à la veille de la Seconde Guerre mondiale, dans cette atmosphère tourmentée quand seules quelques personnes se rendent compte que l'Europe se dirige vers l'effroyable.
Frédérick Tristan dépeint dans une langue admirable et raffinée cette époque difficile à travers le regard de deux âmes contradictoires. Cyril Pumpermaker vient d'achever son premier roman mais il n'ose pas le faire lire à un éditeur londonien. Il confie le manuscrit à Jonathan Absalon Varlet, son nouvel ami doté d'une rare intelligence et d'un formidable pouvoir de séduction. Cyril accepte même qu'il endosse toute son œuvre sous le pseudonyme de Gilbert Keith Chesterfield. A l'un les joies de l'écriture, à l'autre bientôt celles de la notoriété internationale. Mais qui est véritablement Jonathan Absalon Varlet ?
Outre la description des événements politiques à travers les aventures de ses personnages, Frédérick Tristan nanti d'une grande érudition s'interroge sur l'engagement d'un écrivain célèbre et plus généralement sur l'Homme lorsqu'il traverse tant d'horreurs.

Florence

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Jules Verne

Maître Zacharius et autres récits

José Corti (Merveilleux), 1999
[VER]

Les six récits regroupés ici par J.P Picot sont une occasion, inestimable pour ma part, de redécouvrir un auteur peut-être encore sous-estimé, cantonné à un genre dont il serait un des fondateurs : la SF pour résumer caricaturalement, genre il est vrai peu reconnu dans ce pays de littérature ! Les textes qui nous sont donnés à lire sont tous des originaux, c’est à dire que ce sont les versions non retouchées par l’éditeur de l’écrivain, à savoir Hetzel ou bien encore par son propre fils Michel qui se crut un devoir de le faire après sa mort. Une seule exception, Edom dernier récit du recueil, dont la paternité vernienne a longtemps été mise en doute mais semble avérée aujourd’hui. Je ne m’attarderai pas sur chacun de ces textes, mais sur trois d’entre eux : Fritt-Flacc, sur le thème du dédoublement, univers sombre et morbide. Les Aventures de la famille Raton, conte sur la métempsycose au sous-entendu plus ou moins graveleux. Edom, anticipation peu commune chez Jules Verne qui situait la plupart de ses textes dans un temps proche, nouvelle d’un pessimisme lourd dans laquelle l’homme est condamné à refaire sans cesse les mêmes choses d’une civilisation à l’autre jusqu’à l’ultime catastrophe.
La postface de J.P Picot replace chacun de ces récits dans le contexte affectif, relationnel, matériel de l’écrivain. Il fait également le parallèle avec les autres œuvres plus connues de l’auteur, évoque très précisément les passages censurés par son éditeur et/ou son fils. Il insiste aussi sur le caractère essentiel dans l’œuvre de Jules Verne des influences qu’exercèrent les textes d’Edgar Poe, mais également d’autres écrivains comme Victor Hugo, Alexandre Dumas… Enfin il décortique les tenants et les aboutissants (tel personnage évoque son éditeur, un autre sa belle-fille, telle situation est à mettre en relation avec…), ainsi que les jeux de mots et sous-entendus dont Jules Verne truffait ses textes. En résumé, ce recueil est une petite mine, aux informations pointues, indispensable pour qui s’intéresse un tant soit peu à cet écrivain hors normes.

Fabrice

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Tanguy Viel

Cinéma

Minuit, 1999
[VIE]

Dans Cinéma le personnage principal est hanté par un seul film : Sleuth titre original  du Limier  de Joseph Mankiewicz.
Ce film, une comédie policière en vase clos, l’obsède. Il l’a vu, le revoit une deuxième fois, puis une troisième, puis sans cesse et contraint ses rares amis à la même obligation.
Il devient en quelque sorte prisonnier de cette fiction et va chercher dans tout le roman à comprendre l’essence du scénario, le pourquoi de cette intrigue basée sur la comédie de la mort, et l’envers du décor social. Il tente ainsi d’expliquer sa fascination pour le film en rapport à sa propre vie
La force de ce texte, ou plutôt de ce brillant exercice de style, est de faire exploser les limites du cinéma et du roman au point qu’on ne sait plus si l’on est spectateur d’une fiction ou lecteur d’un film.

Marie

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Jean-François Vilar

Les Exagérés

Seuil, 1989
[VIL]

Le 3 septembre 1986, on vole la tête de cire de la princesse de Lamballe dans la salle de la révolution française du musée Grévin. Or, cent quatre-vingt-quatorze ans plus tôt, jour pour jour, heure pour heure, la tête de la suivante de Marie-Antoinette était promenée au bout d'une pique à travers Paris.
Victor B., photographe et dilettante cultivé, se lance sur la piste de la tête de cire, tout en étant entraîné dans un tournage de film commémorant la révolution (le bicentenaire approche) et en se mêlant à des proto-royalistes décadents.
Les romans de Jean-François Vilar sont noirs, vraiment tout noirs. Son photographe héros narrateur est un exégète du pavé parisien qui parcourt des lieux chargés d'Histoire -- avec un grand H -- qu'il recrée au gré de ses déambulations nocturnes avec un style désabusé qui sied au genre. On saura ainsi qui fut Madame Tussaud, où habitait Robespierre ou Danton, où l'on imprimait le Père Duchesne, le journal de ceux qu'on appelait les Exagérés ou encore qui faisait des moulages des têtes des décapités du jour pour les exposer dans ce qui était l'ancêtre du musée Grévin. A recommander, donc, à ceux qui passent l'été à Paris et veulent voir la ville d'un autre œil -- mais les autres peuvent l'emmener aussi, ce sera un petit bout de Paris dans la musette.

 Emmanuel