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Romans policiers

Tonino Benacquista Les morsures de l'aube

Harry Crews Des mules et des hommes : une enfance, un lieu

Santiago Gamboa Perdre est une question de méthode

Jean-Claude Izzo Total Kheops, Chourmo, Solea (Trilogie)

Horace Mc Coy Un linceul n'a pas de poche

Jean-Patrick Manchette La position du tireur couché

Mark Schorr    Faut pas fantasmer comme ça !

George Simenon Œuvre romanesque T.16

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Tonino Benacquista

Les morsures de l'aube

Rivages (Rivages/Noir), 1992
[RP BEN]

Ou les tribulations de deux noctambules prisonniers de la noce comme d'autres du salariat. Echoués sur les marges de la société, ils survivent dans ses interstices, exclusivement la nuit, moment où les repères sociaux qui font la normalité et le quotidien des gens sans problème s'évanouissent. Mis en demeure par un nabab un rien voyou de mettre le grappin sur une figure énigmatique et inquiétante du Paris by night, les deux paumés avancent en aveugles, au gré de leurs dérives nocturnes, dans une enquête baignée dans l'atmosphère irréelle des fêtes privées et des night clubs, et dont le dénouement laisse pantois. L'évocation très réussie du monde de la nuit et de l'univers des " divorcés du corps social " fait que ce roman noir - noir parce que ses héros fuient le jour et ses désillusions - flirte parfois avec le fantastique.

Bruno

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Harry Crews

Des mules et des hommes : une enfance, un lieu

Gallimard (Noire), 1978
Traduit de l'anglais (États-Unis)

[RP CRE]

Harry Crews a grandi dans un bled du fin fond de la Georgie, état misérable et outrageusement raciste du sud des Etats-Unis, en plein cœur de la Grande Dépression. A cette époque, à cet endroit, survivre est une gageure, surtout quand on a autant de chance que le petit Harry, qui a les articulations qui se bloquent ou qui tombe dans une gigantesque marmite d'eau bouillante. Mais il pousse tant bien que mal sur le sol aride de Bacon County, entre une mère courage et un père poivrot, sans jamais perdre le sens de l'humour.
Harry Crews est un vrai déjanté, ses romans sont pleins de freaks, d'haltérophiles culs-de-jatte (Body), de pieds humains (Le chanteur de Gospel), et autres monstres de foire. On comprend pourquoi ici : il l'a échappé belle, le petit Harry. Crews, c'est aussi un style, brut et attachant, qui refuse le pathos, et qui n'apprécierait certainement pas la traduction imbécile du titre de son livre -- le sous-titre est plus proche de l'original -- où il est peu question des mules, mais beaucoup des hommes et de la terre sur laquelle ils vivent.

Emmanuel

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Santiago Gamboa

Perdre est une question de méthode

Métailié (Bibliothèque hispano-américaine), 1999
Traduit de l’espagnol (Colombie)
[RP GAM]

Quand on pense contre l'opinion générale que " gagner n'est pas toujours ce qu'il y a de meilleur ", on est déjà mal parti dans la vie. De là à conclure que " perdre est une question de méthode ", il y a un fossé… que Victor Silanpa, journaliste de faits divers dans un grand quotidien colombien, franchit d'un pas alerte, consacrant l'essentiel de son temps à ruiner " méthodiquement sa vie personnelle à lutter contre les puissants ", sans autre profit que la méditation d'aphorismes amers sur l'amour et la société inspirés par Cioran qu'il pratique à l'occasion. Ce faisant, il recouvrira dignité et sérénité, ainsi qu'une lucidité certaine sur la marche du monde et les aléas de l'existence, mais au prix d'une introspection douloureuse. Entre temps, il aura croisé quelques individus dignes d'intérêt mais aussi pas mal de crapules ; encouragé un officier de police obèse à suivre le programme d'une association évangélique, la Dernière Cène, " qui fait maigrir en vous faisant lire des passages de la Bible " ; renoncé à élucider la question de l'absolu et à soigner par la chirurgie ses hémorroïdes ; éclusé des litres de rhum ; rejoint une communauté naturiste ; ruiné les illusions d'une prostituée naïve, et connu l'injustice de souffrir seul au milieu de l'indifférence des autres. Le tout en débrouillant l'énigme d'un cadavre empalé, qui révèle une sordide mais ordinaire affaire de corruption immobilière où grenouillent mafia locale, politiciens ambitieux et promoteurs peu scrupuleux. Un roman noir dans lequel l'humour et la drôlerie des situations le disputent à la mélancolie et au désenchantement.

Bruno

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Jean-Claude Izzo

Total Kheops, Chourmo, Solea

Gallimard (Série Noire), 1995, 1996, 1998
[RP IZZ]

J’avais emporté en vacances Total Khéops, premier volet de la trilogie de Jean-Claude Izzo. Un conseil d’amie : ne faites pas mon erreur, prenez tout de suite les trois. En fait, j’ai dû me procurer de toute urgence Chourmo et Solea, car une fois le premier terminé, je n’avais qu’une envie : retrouver Fabio Montale, ses amours et ses coups de sang, son cabanon des Calanques et les effluves de Lagavulin qui l’aident dans sa quête incessante de la vérité.
Montale, flic puis ex-flic des quartiers nord de Marseille… Dans chacun de ces livres, une véritable enquête avec suspense, meurtres et montée de l’adrénaline pour le lecteur. Le plus, c’est l’humanité de Fabio, son sens de l’amitié, ses réflexions sur la vie, sur sa ville qu’il aime plus fort que tout " toujours à mi-distance entre la tragédie et la lumière ". Du polar social, du polar engagé, anti-Front National.
Fabio a sans doute beaucoup à voir avec son créateur, Jean-Claude Izzo, mort cette année. Il nous laisse, outre ses recueils de poésie, deux autres romans, Les Marins perdus et un dernier livre Le Soleil des mourants.

Marie-Christine

Fabio Montale, ex-truand, ex-légionnaire, et ex-flic dans le Marseille d’aujourd’hui. Misère, violence, extrémisme religieux et politique, le tout assaisonné de mafia, de racisme et de désespoir sont le cadre de cette trilogie marseillaise des années 90.
Dans Total Kheops (titre emprunté aux rappeurs marseillais d’IAM), Montale flic des quartiers nord retrouve ses amis Ugo et Manu avec qui il a grandi dans le Panier, un quartier populaire du centre de Marseille. Après les assassinats de ses deux amis, Montale cherche les coupables et prend parti dans la guerre de succession que se livrent les parrains du milieu marseillais.
Dans Chourmo, une cousine, amour de jeunesse lui demande de retrouver sa fille et son ami disparus la veille de la rentrée scolaire. Une fois de plus Montale s’immisce dans la réalité sombre de Marseille. Seulement, il n’est plus flic et sa compagne du moment l’a quitté. Montale ne doit compter que sur lui-même et les quelques contacts qu’il a gardés dans la police et le milieu marseillais. Avec Chourmo, on monte d’un degré dans le sordide et la noirceur. Plus que jamais Montale se montre humain, vulnérable aux événements et à ses fantômes qui souvent ont visage féminin.
Enfin, dans Solea (titre emprunté à Miles Davis), Fabio Montale doit retrouver une ancienne amie et journaliste Babette sous peine de voir toutes les personnes qui lui sont chères éliminées par la mafia italienne et marseillaise. Certainement le plus noir des trois épisodes de la série.
Trois romans noirs, très noirs où les cadavres et les situations dramatiques s’accumulent.
J’ai pris un grand plaisir à lire cette trilogie à l’accent de Marseille, au goût de Lagavulin (un whisky écossais), de cuisine méridionale et sur fond de notes de jazz et de blues. Marseille, la ville, ses quartiers y tiennent le rôle principal. Une vision désenchantée et parfois déshumanisée de la capitale des Sud de la France.

Sébastien

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Horace Mc Coy

Un linceul n’a pas de poches

Gallimard (Folio policier), 1946
Traduit de l’anglais (États-Unis)
[RP MAC]

Si Myra s’était arrêtée ce fameux matin pour prendre son café, elle n’aurait pas rencontré Bishop. Si elle n’avait pas rencontré Bishop, elle ne l’aurait pas accompagné à La Gazette, et donc elle n’aurait pas été présente au moment précis où Nolan était en train de vider son bureau pour cause de démission. Sans elle comme témoin, Nolan se serait sans doute dégonflé et serait retourné voir son patron pour reprendre sa place de journaliste … et ce livre n’aurait pas existé. Seulement voilà, elle n’avait pas pris son café ce matin-là. Alors Nolan est parti de La Gazette pour créer Le Cosmopolite, revue hebdomadaire qui révèle " la vérité, toute la vérité et rien que la vérité ". Et la vérité, dans les années 40, à Colson, petite ville des États-Unis, les notables du coin font tout pour qu’elle n’éclate pas au grand jour, car ils sont tous compromis dans de très sales histoires. Histoires que Nolan se fera un plaisir d’écrire dans son journal, sans se soucier des risques qu’il prend.
Un réquisitoire effrayant contre l’hypocrisie et la compromission qui, hélas, dépasse le contexte de ce livre.

Un réquisitoire effrayant contre l’hypocrisie et la compromission qui, hélas, dépasse le contexte de ce livre.

Marie-Christine

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Jean-Patrick Manchette

La Position du tireur couché

Gallimard, 1978
[RP MAN]

Martin Terrier est un tueur à gages froid, sec et précis. Après un dernier contrat, il décide de raccrocher et, fortune faite, de retourner au pays retrouver l'amour de ses vingt ans. Mais rien ne se passe jamais comme on l'avait prévu.

Jean-Patrick Manchette use d'un style froid, sec et précis, délesté de toute graisse inutile. Des phrases courtes, un refus de la psychologie, un style fait de faits ( justement) -- grandement inspiré par les Américains, Hammett en tête -- au service d'un récit rapide qui vous tient en haleine de bout en bout. C'est presque une épure de roman noir, où ne subsiste que l'essentiel.

Manchette affiche une ironie bonhomme qui dissimule mal une certaine tendresse pour cet antihéros absolu au nom de ratier qu'est Martin Terrier.

Emmanuel

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Mark Schorr

Faut pas fantasmer comme ça !

Gallimard (Série noire), 1984
Traduit de l’anglais (États-Unis)
[RP SCH]

A force de prendre ses rêves pour la réalité, on finit par croire à la réalité de ses rêves. C'est un peu ce qui arrive à Simon Jaffe, New-yorkais de 42 ans, accablé par un emploi de chauffeur de taxi dont il tire juste de quoi survivre, une femme belle mais acariâtre qu'il soupçonne volage, et sa passion pour la pulp fiction, ces romans policiers à deux sous des années trente, dont l'univers comble avantageusement le vide de son existence. Lorsque sa mégère brade à son insu sa bibliothèque, il disjoncte. Perdu dans les bas-fonds de la ville, il s'abandonne aux divagations de son esprit perturbé, où se mêlent ruminations moroses et bribes d'aventures palpitantes que recrée sa mémoire fertile. Jusqu'au moment où il bascule complètement dans le monde onirique de ses héros de fiction. C'est ainsi qu'il devient Red Diamond, privé intègre et dur à cuire mais passablement anachronique, sorte de Chevalier de la Triste Figure de l'ère industrielle, à la recherche de sa Dulcinée - qu'il identifie en la personne d'une prostituée compatissante. Sans jamais renoncer à ses chimères, opposant à la résistance du réel la force et la logique de sa fantasmagorie, il affronte coup sur coup, au péril de sa vie, la racaille new-yorkaise, la mafia californienne et les yakusas. La suite, aux rebondissements multiples et imprévisibles, est à la (dé)mesure de l'imagination délirante de Red Diamond.

Un petit texte mais un très bon roman, à la fois noir et désopilant, écrit dans un style nerveux aux accents salaces, avec en arrière-fond une peinture des " classes dangereuses " nord-américaines.

Bruno

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Georges Simenon

Œuvre romanesque T.16

Presses de la Cité, paru entre 1928 et 34
[RP SIM]

Ici sont réunies les toutes premières enquêtes du commissaire Maigret. Il porte chapeau melon et col en celluloïd, se déplace à vélo, attend souvent des coups de fil dans les cafés en buvant des fines. Ses investigations le mènent toujours à mettre à jour des secrets sordides au sein de familles généralement bourgeoises et respectables.
C'est un peu l'obsession de Simenon, ce vernis de respectabilité qui s'effrite dès qu'on le gratte un peu pour laisser la place à des actes peu recommandables. Mais la devise du commissaire flou -- la statue qui le représente dans le petit port hollandais où il serait né dans l'imagination fertile du Balzac du 20e siècle n'a pas de visage -- est la même que celle de son créateur -- dont l'ex-libris est représenté au dos de chaque volume de la collection -- " comprendre et ne pas juger. "
Simenon écrivait ses Maigret en trois jours, c'est à peu près le temps qu'il faut pour les lire. C'est donc bien pratique d'en emmener plusieurs d'un seul coup.

Emmanuel