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Romans
Etrangers
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Margaret Atwood
La petite poule rouge vide son cur
: nouvelles
Le Serpent à plumes, 1999
(Motifs)
Traduit de l'anglais
(Canada)
[ATW]
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C'est
en écoutant la conteuse Muriel Bloch lire un extrait de ce recueil
que j'ai eu envie d'en savoir plus. Tâche difficile car il ne s'agit
pas à proprement parler de nouvelles de fiction mais plutôt
de " fabliaux ", d'observations, de diverses théories,
de recettes, sur un ton impertinent et malicieux. Des textes parfois déroutants
tant les narrateurs sont nombreux. L'auteur brasse des sujets aussi vastes
que le corps féminin, la fabrication d'un homme, la guerre ; elle
revisite aussi les contes de fées comme Barbe Bleue, fait l'éloge
des sottes et nous parle de sa vie antérieure de chauve-souris :
" Dans ma vie antérieure, j'étais une chauve-souris.
Si les vies antérieures vous amusent ou vous laissent sceptique,
vous n'êtes pas quelqu'un de sérieux. Réfléchissez
: un grand nombre de gens y croient, et n'est-il pas sensé de penser
qu'une réalité existe s'il y a un large consensus sur son
existence ? Qui êtes-vous pour être en désaccord ?..
Si le marché boursier existe, pourquoi pas celui des vies antérieures
? "
Fabienne
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Paul
Auster
Le livre des illusions
Actes Sud, 2002
(Lettres anglo-américaines)
Traduit de l'anglais
(Etats-Unis)
[AUS]
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David
Zimmer, un universitaire de la Côte Est, est totalement anéanti
par la mort de sa femme et de ses enfants. Pour ne pas plonger dans la dépression,
il se lance dans une enquête sur une vedette du cinéma muet,
Hector Mann, disparu brusquement un beau jour de 1929.
Après la sortie d'un essai retraçant l'uvre de l'artiste,
une inconnue contacte David et lui révèle qu'Hector Mann est
toujours vivant caché dans un ranch du Nouveau Mexique. Il aurait
reconstitué un studio de cinéma en plein désert et
continuerait de produire clandestinement des films inédits avec l'aide
de quelques fidèles.
Une fois de plus, Paul Auster nous livre le curieux cheminement de récits
complexes constituant un jeu de miroirs où se côtoient énigme
policière, roman d'amour et hymne au cinéma.
Manuel
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Russel
Banks
De beaux lendemains
Actes Sud, 1993
(Lettres anglo-américaines)
Traduit de l'anglais
(Etats-Unis)
[BAN]
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Oui,
il y a cette tragédie qui bouscule cette ville du Nord des Etats-Unis,
mais la véritable histoire est celle des protagonistes qui se racontent
par fragments et dont la parole pèse un poids considérable.
Grâce à la construction du récit, les non-dits de chacun
se font écho pour former un kaléidoscope démultipliant
les facettes du drame, avec finesse et intelligence. Univers dérangé
où la quête de la vérité devient l'acharnement
d'un seul homme, étranger à ce lieu, aux motivations troubles.
De beaux lendemains est aussi un superbe film de Atom Egoyan, qui se permet
une interprétation du livre tout à fait passionnante.
Valérie L
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Javier
Cercas
Les soldats de Salamine
Actes Sud, 2002
(Lettres hispaniques)
Traduit de l'espagnol
[CER]
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A l'heure
où l'Espagne exhume ses morts de la guerre civile, la sortie de ce
roman marque profondément les esprits. Lors de la débâcle
de l'armée républicaine un écrivain fondateur de la
Phalange (organisation franquiste), doit la vie à un soldat ennemi
qui le sauve en refusant de le dénoncer alors qu'il s'est enfui.
Intrigué par cette anecdote, un journaliste décide de se pencher
sur ce qui s'est réellement passé et notamment sur ce qui
a poussé un soldat républicain à sauver la mise à
un des piliers idéologiques du franquisme.
Au cours de cette véritable enquête, où se replonger
dans ces épisodes douloureux est souvent difficile pour les protagonistes
survivants, le journaliste s'éloigne peu à peu de sa fonction
pour se transformer en essayiste s'interrogeant sur la nature de cette guerre
et sur les sentiments et motivations de ceux qui se sont engagés.
A côté du " preux chevalier poète ", fier
de son idéal phalangiste, objet de son étude, certains anonymes
lui semblent bientôt bien plus dignes d'intérêt. C'est
en partant à la rencontre de ceux-ci qu'il veut comprendre ces évènements
vieux de soixante ans.
Bruno
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Gilbert
Keith Chesterton
Le nommé Jeudi : un cauchemar
Gallimard, 2002
(L'imaginaire)
Traduit de l'anglais
[CHE]
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"
Tout poète est un anarchiste. "
Partagerez-vous jusqu'au bout de ce roman cette affirmation faite par Grégory
le poète anarchiste ? Croirez-vous aussi qu'il y a des philosophes
dans la police ? Syme, poète de la loi et de l'ordre et Grégory
tiendront-ils chacun la parole donnée de ne pas dévoiler le
secret de l'autre ? Même s'il s'agit de la nomination de " Jeudi
" qui devrait couronner l'investiture de Grégory à ce
poste lors du Comité central des anarchistes européens et
qui est en définitive arrachée par Syme le nouveau venu ?
Fort en rebondissements, en traques incessantes, en camouflages vestimentaires,
en retournements de situations, nos dangereux anarchistes, dans un feu d'artifice
digne de la lutte finale, vous feront sans doute rire où sourire,
en tout cas, ne vous laisseront pas indifférent. Quant à Gilbert
Keith Chesterton, l'auteur, je lui tire mon chapeau.
Muriel
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Mark
Childress
La tête dans le carton à
chapeaux
Pocket, 1997
Traduit de l'anglais
(Etats-Unis)
[CHI]
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Lucille,
une jeune mère de famille que la vie provinciale ennuie, décide
de vivre son rêve et de tenter sa chance à Hollywood en tant
qu'actrice mais pour cela, elle doit d'abord se débarrasser de son
bon à rien de mari et de son encombrante progéniture (six
enfants turbulents). Elle tue alors le premier, Chester (rien que ça
!!!) et abandonne ses enfants à leur grand-mère... S'ensuivent
alors les péripéties les plus extravagantes et les plus rocambolesques
qui soient car Lucille compte bien, pour une fois, tout mettre en uvre
pour réussir sa carrière d'actrice alors qu'elle est en cavale
et recherchée pour meurtre...
Parallèlement aux frasques de l'incroyable Lucille, on suit la vie
non moins mouvementée de son neveu de douze ans Peejoe, qui, d'une
existence paisible auprès de sa grand-mère se retrouve confronté
à des émeutes raciales dans la ville d'Industry et en proie
à d'innombrables difficultés avec son oncle Dove, croque-mort
de son état.
Tout l'art de Mark Childress tient à ce mélange d'humour et
de sérieux, au point que les scènes les plus morbides (le
meurtre de Chester, par exemple) prennent un tour cocasse ou que des évènements
tragiques (les émeutes sanglantes opposant Blancs et Noirs) sont
traités avec légèreté et désinvolture
grâce notamment à des personnages drôles ou totalement
déjantés.
Isabelle B-C
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Jesus Diaz
La peau et le masque
Métailié, 1997
Traduit de l'espagnol
(Cuba)
[DIA]
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La
peau et le masque est le titre du film que cherche à réaliser
l'Ours, surnommé ainsi pour avoir jadis reçu l'Ours d'or au
Festival de Berlin. Seulement à Cuba rien n'est simple, les pénuries
alimentaires et d'énergie ralentissent le tournage. Surtout il faut
composer avec l'espion du C.D.R (Comité de Défense de la Révolution)
qu'il s'agit de repérer parmi l'équipe. En effet ce que craint
le plus l'Ours, qui signe ici son dernier film, c'est la censure. Cependant
même s'il ne souhaite pas aborder de sujets politiques, il ne peut
les éviter car " voilà trente cinq ans que la politique,
comme la mer, entoure, lèche, et pénètre Cuba de toute
part. "
A travers le récit de chacun des cinq acteurs, Jesus Diaz évoque
avec tendresse et humour son pays, ses odeurs, l'atmosphère havanaise
et son langage particulier. Il aborde aussi un thème qui lui est
cher, celui de l'exil, se questionnant sur la nécessité de
quitter un pays dont on ne peut guérir.
Julie
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Geoff
Dyer
Jazz
impro
Joëlle Losfeld, 1995
Traduit de l'anglais
[DYE]
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A travers
sept portraits, Geoff Dyer a écrit ou plutôt composé
un véritable livre jazz, transformant les mots en autant de notes,
les phrases en thèmes, les paragraphes en improvisations, un écrivain
de jazz en sorte. Comme tous les musiciens qu'il évoque (Charlie
Mingus, Duke Ellington, Thélonious Monk, Bud Powell, Chet Baker,
Lester Young, Art Pepper), il emprunte ici et là pour mieux exprimer
son propos. Il ne s'agit pas de raconter la vie de chacun, mais plutôt
d'en jouer certains épisodes en les réinventant, chacun avec
sa propre tonalité, son propre son. C'est le processus même
de création qui nous est donné à lire, voir, et surtout
à entendre et à ressentir.
Fabrice
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Buchi Emecheta
Les enfants sont une bénédiction
Gaïa, 1994
Traduit de l'anglais
(Nigéria)
[EME]
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Les
enfants sont une bénédiction et c'est un véritable
drame pour Ngu Ego de ne pas réussir à en " donner "
un à son mari. Pour cette raison, elle est répudiée,
et, pour ne pas déshonorer son père, chef de tribu nigérian,
elle accepte de quitter son village et de partir à Lagos, pour épouser
Nnaife, un homme qu'elle ne connaît pas et qui ne lui plait pas
mais avec lequel elle aura pourtant beaucoup d'enfants.
Nous sommes en 1934 et nous allons suivre le parcours du combattant de cette
femme admirable qui va se démener pour donner à ses enfants
une vie décente et leur permettre d'aller à l'école.
Buchi Emecheta, l'auteur de ce magnifique roman, elle-même nigériane,
vit à Londres. Elle élève seule ses cinq enfants et
mène de front un travail, des études universitaires et une
carrière d'écrivain.
Marie-Christine
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Neil
Gaiman
Coraline
Albin Michel, 2002.
(Wiz)
Traduit de l'anglais
(Etats-Unis)
[GAI]
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Enfant,
il est des portes que chacun, chacune rêve d'ouvrir pour y découvrir
les mystères qu'elles renferment. Parfois, certaines ne devraient
pas être ouvertes car ce qu'elles cachent n'a rien de merveilleux.
C'est ce qui arrive à Coraline lorsqu'elle ouvre la vieille porte
du fond de la cuisine et qu'au bout d'un couloir plongé dans la pénombre
elle rencontre ses autres parents. Certes, ils se montrent plus attentionnés
que les siens, mais aussi plus inquiétants par trop d'insistance.
Il faut avouer que leur apparence a de quoi jeter l'effroi : d'une pâleur
cadavérique, les mains extraordinairement longues, et surtout des
yeux
sur lesquels sont cousus des boutons. Mais après tout,
il ne s'agit que de leur apparence, et ce n'est pas ce genre de détails
qui va faire naître l'inquiétude chez Coraline. Disons plutôt
qu'elle se sent comme un insecte qu'une araignée tenterait d'attirer
dans sa toile en lui jurant qu'elle l'aime. Seulement, il ne lui suffira
pas de repasser dans le vrai monde, car peu après cette rencontre,
ses parents disparaissent, probablement son autre mère y est-elle
pour quelque chose
A l'instar d'Alice, Coraline passe de l'autre côté (du miroir)
pour tomber en plein cauchemar : une maison au milieu du néant, peuplée
de rats et de chiens chauves-souris, un monde malade dans lequel elle ne
trouvera son salut que dans la quête des âmes perdues, pour
ne pas perdre la sienne.
Un récit fantastique délicieusement inquiétant
Fabrice
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Natalia
Ginzburg
La ville
et la maison
Denoël, 1988
Traduit de l'italien
[GIN]
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A bientôt
cinquante ans, Giuseppe décide de rejoindre son frère en Amérique.
Il ne s'agit pas d'un simple voyage mais d'un départ définitif
lié au désir vague mais profond chez Giuseppe de changer de
vie et, pour une fois, de s'en tenir à ce qu'il a décidé
de faire. Mais partir signifie quitter Rome, s'éloigner de son cercle
d'amis, vendre son appartement. Giuseppe écrit à Lucrezia
(son ancienne maîtresse), qui écrit à Egisto, un ami
commun, lequel répond à Lucrezia dont le mari, Piero, reçoit
à son tour une lettre de Giuseppe
Petit à petit, nous faisons le lien entre les nombreux protagonistes
de cette histoire. L'échange de courrier élargit notre point
de vue sur les relations entre les uns et les autres, en même temps
que nous suivons leur quotidien, ponctué par les grands évènements
de la vie (mariage, adultère, naissance, mort).
Parce qu'elles favorisent l'introspection, les lettres donnent parfois l'occasion
d'exprimer à leurs destinataires, au détour d'une anecdote
ou d'une banalité, des sentiments sincères difficiles à
dévoiler autrement. Et c'est peut-être une des raisons pour
lesquelles il se dégage de ce roman épistolaire à plusieurs
voix un charme si particulier.
Marie-Christine
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Jens
Christian Grondalh
Bruits du Cur
Gallimard, 2002
(Du monde entier)
Traduit du danois.
[GRO]
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Longtemps
après avoir refermé ce livre, la singulière musique
des Bruits du Cur ne cessera de vous hanter
L'histoire, comme les poupées russes, en referme en fait plusieurs
car chaque personnage est relié aux autres par de nombreux liens
qui sont autant d'histoires avortées ou en devenir. Il faut se laisser
bercer par le style, s'immiscer dans la langue, entrer en confidence avec
le narrateur car ces scènes éparses ne forment pas une histoire
linéaire mais bien les multiples facettes des destins croisés
de deux hommes qui furent amis d'enfance mais que beaucoup de choses séparent
désormais.
Grondahl possède un talent particulier pour sonder les profondeurs
de l'âme humaine, pour mettre à jour les pensées les
plus secrètes de ses personnages et leurs sentiments tumultueux.
Sous sa plume, naît un roman très subtil, mélancolique
parfois, sensible et attachant.
Un livre à " impressions " mais on pourrait tout aussi
bien dire un roman " impressionniste " qui procède par
petites touches pour former un tableau d'une grande richesse.
Isabelle B-C
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Peter
Härtling
Felix Guttmann
Seuil, 1989
Traduit de l'allemand
[HAR]
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Dans
ce roman, Peter Härtling raconte une partie de la vie de Felix dans
l'Allemagne de la première moitié du vingtième siècle.
Comment vivre, trouver la félicité, dans cette époque
de la montée du nazisme ?
Härtling se glisse dans la vie de Felix. Il nous livre des moments
clé de son enfance et de son adolescence à Breslau, de sa
formation en tant qu'étudiant et de ses premiers pas d'avocat dans
le Berlin des années vingt et trente.
Nous découvrons le portrait intime d'un homme grâce à
une suite de scènes chronologiques marquant des étapes de
son devenir au fil des différentes rencontres.
Une enfance passée entre les parents juifs quasi absents, Elena la
gouvernante, et " l'oncle " Jonas qui encourage son esprit d'indépendance
face à une réalité politico-économique difficile,
l'amitié naissante avec Casimir, le camarade de classe, donnent l'arrière-plan
de la première partie du livre. L'échange avec Casimir est
nourri par les courants littéraires et musicaux.
Les années à Berlin, la deuxième partie du récit,
nous montrent ce jeune homme qui s'arrange de l'hostilité ambiante
en restant délibérément en retrait. Un refus de s'engager
politiquement, le maintien dans une position de spectateur...
Ayant en partie emprunté les mêmes chemins que son héros
mais avec un décalage dans le temps, Härtling essaie d'imaginer
un univers en épousant la perspective de Felix entrant parfois directement
dans le récit avec le " je " du témoin :
" Il y a quelques jours à peine que, suivant sa trace en mettant
mes pas dans ceux de Felix, je me suis retrouvé devant cette grande
porte rengorgée dans le faste baroque des Gründerjahre (l'ère
bismarkienne " des fondateurs "), me demandant comment s'étaient
passés son arrivée, ses débuts. Je croyais possible
que sa première journée d'étudiant eût fini par
un rêve où s'unissaient ce qu'il avait laissé derrière
lui et ce qu'il voulait être. Puis je poussai la lourde porte et fis
entrer Felix dans la maison. "
Dans deux autres romans, l'auteur emprunte d'ailleurs le même procédé
pour esquisser la vie de Hölderlin et de Schubert dans un mélange
de faits réels et de fiction.
Eva
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Hermann
Hesse
Narcisse et Goldmund
Livre de poche, 1991
Traduit de l'allemand
[HES]
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Tout
commence dans l'abbaye de Mariabronn dans l'Allemagne du Moyen Age. Narcisse,
un novice aux facultés et connaissances d'une portée éclatante,
se prend d'amitié pour Goldmund, un jeune élève fraîchement
confié aux moines par son père. Goldmund est torturé,
intelligent, troublé par sa nature qu'il n'arrive pas à maîtriser.
Son amitié pour Narcisse le poussera à quitter le couvent
et à découvrir les plaisirs que le monde peut lui offrir.
L'errance de Goldmund s'engage en quête d'Art et de femmes, ou plutôt
de la Femme à travers la sculpture, tandis qu'il rêve de réaliser
son Eve au visage bouleversant de beauté et de souffrance.
Hermann Hesse s'attache à transcrire l'opposition entre l'intellectuel
Narcisse et le sensible Goldmund qui expose le dilemme entre la connaissance
rationnelle et l'expérience artistique.
Manuel
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Imre
Kertész
Etre sans destin
Actes Sud, 1997
Traduit du hongrois
[KER]
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Le
jeune homme d'Etre sans destin a quinze ans quand le bus le déposant
tous les jours à l'usine est arrêté par la police hongroise.
Les Juifs sont sommés de descendre pour un contrôle de routine.
Commence alors un terrible voyage vers Auschwitz et la découverte
des camps de concentration. On leur fait croire, à lui et à
des milliers de Juifs, qu'ils vont là-bas pour le travail obligatoire.
Ils sont rapidement confrontés à la privation, l'humiliation
et l'horreur des camps.
A travers ce livre quasi autobiographique, Imre Kertész, déporté
lui aussi à l'âge de quinze ans, aborde des thèmes tels
que la résignation, l'acceptation de l'intolérable par les
détenus, ceci " en avançant pas à pas [car] si
toute la connaissance nous tombait immédiatement dessus, sur place,
il est possible qu'alors ni notre cur, ni notre tête ne pourrait
le supporter. " Il évoque aussi la totale incompréhension
entre les survivants de la Shoah et leurs contemporains.
Etre sans destin est un livre à la fois bouleversant et provocateur
qui a le grand mérite de souligner la complexité des réactions
humaines.
Edité il y a trente ans en Bulgarie, ce roman a enfin trouvé
un écho avec l'obtention du prix Nobel par son auteur en 2002.
Julie
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Helen
Kim
La longue saison des pluies
Ecole des loisirs, 2001.
(Médium)
Traduit de l'anglais
(Etats-Unis)
[KIM]
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La
jeune Junhee vit à Séoul avec ses trois surs, ses parents
et sa grand-mère. La saison des pluies vient de commencer en cette
année 1969. L'une des victimes du Changma est Pyungsoo. A la suite
d'un glissement de terrain, sa maison est ensevelie. Toute la famille meurt,
excepté le garçon de onze ans. Il est recueilli par les Lee
en attendant de lui trouver un nouveau foyer. Mais son arrivée imprévue
va bouleverser la vie familiale. Tandis que Junhee et sa mère sont
ravies, la fille aînée et le père le rejettent. Les
tensions et les non-dits s'installent, de plus en plus lourds. L'éventualité
de l'adoption de Pyungsoo fera éclater les problèmes familiaux
au grand jour. A travers les yeux de Junhee, on voit un couple qui se déchire,
l'autorité pesante de la grand-mère paternelle et une mère
qui ne se reconnaît plus en tant que femme.
Roman fort aux personnages attachants, La longue saison des pluies vous
emmènera dans la Corée de l'époque. Une multitude de
petits détails de la vie quotidienne assure un total dépaysement.
Vous découvrirez une organisation familiale, les maisons traditionnelles,
vous irez aux bains chez Dongwon et préparerez la soupe de soja.
Céline
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David
Klass
Tu ne me connais pas
Seuil, 2002
Traduit de l'anglais
[KLA]
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Tu
ne me connais pas est cette zone trouble et agitée où l'enfance
et l'adolescence se fondent pour amortir la réalité, se réinventer
à la hauteur des évènements. D'où un décalage
de situations, un humour salvateur dans ce vécu assez éprouvant.
C'est tonifiant, délirant et révolté, cela réveille
nos propres distorsions imaginaires, garde-fous contre l'ennui et l'abrutissement.
Valérie L
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Hanif
Kureishi
Le don de Gabriel
Bourgois, 2002
Traduit de l'anglais
[KUR]
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Gabriel
a quinze ans. Jusqu'à présent, il rentrait de l'école
avec Rex, son père. Celui-ci, musicien sur le déclin, disposait
de beaucoup de temps libre. Aller chercher son fils à la sortie des
classes était " sa seule structure en dehors de ses visites
quotidiennes au pub." Les trajets de retour prenaient un certain temps
: ils s'arrêtaient dans des cafés et des magasins de disques,
rencontraient des amis de Rex
De son côté, la mère
de Gabriel " aurait aimé que Rex se réveille un jour
changé en une autre sorte de personne, le genre qui gagnerait de
l'argent, n'aurait rien contre le ménage, l'embrasserait parfois
et serait moins mélancolique qu'elle. De toute évidence, c'était
beaucoup demander." Mais tout ça, c'était juste avant
qu'elle se décide enfin à éjecter son mari du pavillon
et se fasse la remarque suivante : " Cet homme, c'est de dos que je
le préfère."
Pour Gabriel, ce changement de situation est difficile à vivre :
lié à son père par une réelle complicité,
il sait combien celui-ci va lui manquer. Et ce n'est pas le nouvel ami de
sa mère, un gros crétin, qui pourra combler cette absence
Pour Rex, la séparation est encore plus pénible : sans structure,
il se laisse complètement aller et se retrouve criblé de dettes,
avec pour seuls projets ceux qu'il élabore dans sa tête lorsqu'il
a bu plus que de raison (c'est-à-dire tout le temps).
Grâce à un cadeau qu'il va recevoir de Lester Jones, la rock
star que Rex accompagnait dans sa jeunesse, Gabriel va pouvoir aider son
père, en même temps qu'il va découvrir son propre talent
de dessinateur
Ce roman d'apprentissage est un chef d'uvre de tendresse et d'humour.
Marie-Christine
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Dany
Laferrière
Comment faire l'amour à un
Nègre sans se fatiguer
VLB, 1989
Traduit de l'anglais
(Canada)
[LAF]
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Dany
Laferrière, d'origine haïtienne, présente une belle description
d'une vie de bohème à la mode afro-canadienne des années
quatre-vingts. Deux jeunes Noirs oisifs partagent un appartement dans un
quartier pauvre de Montréal. L'un d'entre eux, le narrateur, projette
d'écrire un roman et, pour s'occuper, connaît diverses aventures
féminines. L'autre, Bouba, passe son temps à dormir, philosopher
ou lire le Coran au son des rythmes de jazz. A travers l'aventure de ces
deux hommes, nous découvrons plusieurs portraits peu conventionnels
de femmes blanches de milieux aisés toutes aussi fantaisistes les
unes que les autres. Danny Laferrière se livre à d'intéressantes
réflexions sarcastiques sur la hiérarchie Homme / Femme /
" Nègre " qui tentent de réduire certains préjugés
ou clichés raciaux.
Le style saccadé, les chapitres courts permettent au lecteur de ne
pas s'égarer dans ce roman qui relate un monde pessimiste et hanté
par la discrimination raciale.
Audrey
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Bjorn
Larsson
Long John Silver
Livre de Poche, 2001
Traduit du suédois
[LAR]
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1742,
Madagascar. Long John Silver, au crépuscule de sa vie, avant de s'embarquer
pour son dernier grand voyage, entreprend de rédiger pour l'édification
des masses : La relation véridique et mouvementée de sa vie
et de ses aventures d'homme libre, de gentilhomme de fortune et d'ennemi
de l'humanité (c'est le sous-titre du livre, à la mode du
dix-huitième siècle). On y apprendra comment l'homme a perdu
sa jambe, pourquoi il est surnommé Barbecue, comment il devint un
homme sans attaches, comment, clandestin à Londres, il rencontra
Daniel Defoe, auteur de Robinson Crusoë, qui écrira sous le
pseudonyme du capitaine Johnson, L'histoire générale des plus
fameux Pirates (sic). Au début, ces mémoires sont écrits
pour servir de matériel à Defoe, mais au cours de leur rédaction,
le vieux forban à la retraite reçoit par bateau un exemplaire
d'un livre d'un de ses anciens compagnons d'aventure, un certain
Jim
Hawkins. Il entreprend de lui répondre.
Bjorn Larsson est malin. Plutôt que de confronter une version Silver
à la version Hawkins de l'Ile au trésor, et ce faisant produire
un texte qui risquait d'être bien pâle face au mythe qu'est
devenu le livre de Stevenson, il occulte ce passage. Selon Silver, l'aventure
est assez bien contée par Hawkins, mais ce dernier n'a pas saisi
la personnalité de l'unijambiste.
Il y a un vrai bonheur chez Larsson à écrire un texte comme
on les écrivait au siècle des Lumières, avec force
de détails, avec les formules et les expressions certifiées
d'époque. Pour son plus grand plaisir, le lecteur partage durant
cinq cents pages la vie des proscrits de la mer, de ces hommes véritablement
libres (et la liberté, c'est pas facile tous les jours !) à
une époque où ils n'étaient pas légion (ils
ne le sont d'ailleurs toujours pas). Le vieux Silver mélancolique
et fier, mais aussi drôle et rusé, nous parle du loup indomptable,
et indompté, qu'il a été. C'est un conteur né.
C'est ce qui a fait sa force.
On sent déjà le vent du large et les embruns qui nous fouettent
le visage. Appareillons pour les mers du sud, pour la chasse et la ripaille,
pour le feu et la foudre du canon ! Accompagnons Flint, Silver et tous les
autres pour un dernier baroud d'honneur !..
Emmanuel
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Elvira
Lindo
La vie innocente de Ramon Fortuna
Hachette, 1999
(Littératures)
Traduit de l'espagnol
[LIN]
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Surtout
connue en Espagne et en France pour ses livres pour la jeunesse (la série
des Manolito notamment), Elvira Lindo signe avec ce titre son premier roman
pour adultes, et c'est une excellente surprise.
Ramon Fortuna, quinze ans, est un adolescent un peu introverti, mal dans
sa peau. Elevé dans un univers exclusivement féminin (sa mère,
sa grande sur et ses deux voisines) et débordant d'une étouffante
tendresse, il se retrouve placé dans un centre pour jeunes délinquants.
Pourtant, il n'a rien fait de mal : il a juste ouvert un peu brusquement
une boite de sardines. Ce geste anodin a déclenché une série
de catastrophes dont le résultat est accablant : deux morts et deux
blessés !
Au centre, Ramon, pour la première fois de sa vie, sort de son univers
ultra protecteur. Cette expérience va lui être bénéfique
car, une fois son innocence établie, elle va lui permettre de devenir
enfin lui-même et surtout, elle va lever un secret familial très
lourd.
Ce roman d'apprentissage est bâti autour d'une histoire très
originale avec un vrai suspense. Elvira Lindo a su admirablement dresser
le portrait d'un adolescent en déroute.
Marie-Christine
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Paulo
Lins
La Cité de Dieu
Gallimard, 2003
(Du monde entier)
Traduit du portugais
(Brésil)
[LIN]
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On
sait peu de choses sur la Cité de Dieu, sinon qu'elle a été
construite à la périphérie de Rio de Janeiro, là
où la ville côtoie la nature sauvage, pour reloger des habitants
de diverses favelas mis à la rue par des inondations. A travers trois
portraits (qui sont prétexte à en faire mille autres), l'auteur
décrit la vie de ses habitants.
Il y a les " pigeons " (ceux qui gagnent leur vie en travaillant)
et ceux qui vivent en marge de la société. Les premiers sont
anonymes, souvent dans la misère ils n'aspirent qu'à une vie
tranquille et là s'arrête leur description. Les personnages
mis en scène par Paulo Lins s'inscrivent dans la seconde catégorie
: petits et grands truands, prostitué(e)s, dealers, drogués...
souvent très jeunes. Et pour cause, la vie dans cette cité
est faite de violence et de drogue. La violence qui est le seul moyen pour
ces jeunes de se faire du fric et s'assurer un avenir. La drogue qu'on deale
pour gagner de l'argent mais surtout la drogue qu'on consomme pour oublier
cette existence misérable, pour se donner du courage avant les "
coups ". Ces deux ingrédients omniprésents révèlent
bien le parti pris de l'auteur de nous montrer le désespoir des jeunes
des favelas.
Le livre n'est ni une étude sociologique des favelas ni une analyse
du crime organisé, il n'est que successions et entrelacements (entrelacements
car les vies se croisent pour le meilleur et pour le pire au gré
des amitiés, des trahisons et des haines) de courtes histoires (courtes
pour nous rappeler qu'on meurt jeune dans les favelas).
Ces destins croisés constituent un formidable livre au rythme époustouflant.
Bruno
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Carson
McCullers
La ballade du café triste
Stock, 2001
(Bibliothèque Cosmopolite)
Traduit de l'anglais
(Etats-Unis)
[MAC]
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Ville
du Sud des Etats-Unis, chaleur, poussière, épicerie-bazar
où débarque un bossu, pivot opaque et révélateur
du récit. Nulle psychologie, des faits, des détails dépeignent
des alliances surprenantes qui bouleversent la destinée des protagonistes.
Sauvagerie et tendresse inexpliquées nous saisissent tout au long
de cette nouvelle au style délicat et dont le cours est totalement
inattendu.
Valérie L
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Eduardo
Mendoza
Sans nouvelles de Gurb
Seuil, 1994
(Point virgule)
Traduit de l'espagnol
[MEN]
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"
[...] 7h00 Conformément aux ordres donnés (par moi), Gurb
se prépare à prendre contact avec les formes de vie (réelles
et potentielles) de la région. [...] je choisis pour Gurb l'apparence
de l'être humain dénommé Madona. "
Deux entités extraterrestres arrivent sur Terre pour étudier
la " faune " humaine. Gurb part en éclaireur et cesse de
donner de ses nouvelles au narrateur. Celui-ci part à sa recherche
dans un monde dont, manifestement, il ne connaît pas les us et coutumes.
La naïveté et l'incompréhension de l'univers dans lequel
il évolue n'ont pas de limite.
Dès la première page, le dessein d'Eduardo Mendoza apparaît
clairement : nous livrer un petit livre burlesque où les quiproquos
et les situations tordantes s'enchaînent pour donner un rythme tel
qu'on ne pose pas le livre avant de l'avoir terminé.
Eduardo Mendoza se raille de ses contemporains et chacun en prend pour son
grade.
Bruno
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Barbara
Pym
Crampton Hodnet
Fayard, 1986
Traduit de l'anglais
[PYM]
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Une
nouvelle année universitaire commence à Oxford, avec ses thés
du dimanche, ses kermesses paroissiales, ses après-midi d'étude
à la Bodléienne. Pour Miss Morrow dame de compagnie d'une
vieille demoiselle autoritaire l'année s'annonce semblable aux précédentes.
C'est compter sans l'arrivée du nouveau vicaire (très séduisant)
ni sans l'idylle qui va naître entre un professeur quinquagénaire
et une de ses élèves
Autant de sujets qui alimenteront
les discussions des thés du dimanche.
Barbara Pym brosse avec finesse, luxe de détails et un humour tout
britannique le portrait d'une partie des habitants d'Oxford des années
trente. Sachant qu'elle-même a été éduquée
à Oxford et qu'elle était une célibataire convaincue,
on comprend mieux la justesse du ton, la précision des situations
et surtout la dérision avec laquelle elle s'exprime.
Valérie E
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Maria
Mercè Roca
Un temps pour perdre
Métailié, 2001
(Suites)
Traduit du catalan
(Espagne)
[ROC]
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Laura,
bientôt dix-huit ans, a arrêté ses études et travaille
dans une usine catalane qui fabrique des jeans. Elle est repasseuse. Sur
son temps libre, Laura se repose, essaie d'apprendre le français,
dessine, voit ses copines ou bien retrouve son petit ami à l'arrière
de sa fourgonnette. Une vie sans histoires, pas franchement détestable,
mais bien éloignée de celle qu'on peut rêver à
son âge.
" Chez elle, ils pensent qu'avoir du travail est un don de Dieu. [
]
Laura entend sa mère et songe que, si se lever à cinq heures
et demie tous les matins, à dix-sept ans, est une faveur de Dieu,
elle ne veut surtout pas savoir ce qui se passera le jour où Dieu
décidera de lui être contraire. "
Lorsque Laura gagne à une tombola un séjour de quatre jours
à Paris, une parenthèse s'ouvre dans sa vie monotone. A Paris,
elle tombe amoureuse : six heures de paradis dans les bras d'un jeune homme
aussi séduisant qu'insouciant, c'est peu mais c'est beaucoup, et
surtout ça change tout. Hélas, la parenthèse se referme
quand Laura rentre chez elle. Elle a pris conscience que le bonheur existe
" Son monde s'est rétréci, comme si le plus redoutable
des anges, celui qui dit la vérité, faisait toute la lumière
sur ses journées et les rendait, d'un seul coup, désespérément
semblables, ennuyeuses et sans espoir. [
] Dix-huit ans contre six
heures
Et ce sont les heures qui gagnent. "
Laura décide de repartir à Paris, retrouver celui qui hante
ses pensées. Ce second voyage sera pour elle un temps pour perdre,
mais surtout un moment qui la fera grandir et comprendre qu'elle peut agir
sur sa vie, cesser de la subir, que dix-huit ans c'est aussi l'âge
de tous les possibles.
Vraiment, voici un très joli roman, sobre et juste, sur ce moment
si fugace du passage entre l'adolescence et l'âge adulte.
Marie-Christine
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José
Luis Sampedro
Le sourire étrusque
Métailié, 1985
(Bibliothèque hispanique)
Traduit de l'espagnol
[SAM]
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Après
une vie de dur labeur et de combat, Salvatore Ronconne, vieux paysan calabrais,
se trouve obligé de vivre en ville, à Milan, où il
doit se faire soigner, rongé par une maladie qu'il surnommera la
" Rusca. " Chez son fils et sa bru, dans cette ville de béton,
il rejettera tout en bloc. Lui, l'homme des montagnes, ne trouvera plus
ni goût ni parfum parmi ces Milanais dont il méprise jusqu'à
l'accent. Mais ce vieil homme a un petit-fils, Bruno, qu'il va découvrir
et au contact duquel il va s'ouvrir à l'amour. Cet éternel
révolutionnaire, si rude et rustre, habitué à chevaucher
les femmes de la même façon que les chevaux, se découvrira
une sensibilité féminine.
Etourdi, presque gêné de faire des gestes tendres, il offrira
son dernier automne à l'amour, celui de Brunettino, son petit ange
adoré, et Hortensia, la dernière femme de sa vie. Jour après
jour, il va remettre en question son passé, ses mauvaises habitudes
de fumeur, ses idées toutes faites sur la virilité. Il apprivoisera
sa " Rusca " et lui demandera qu'elle lui laisse quelques mois
encore pour voir grandir ce petit-fils qui lui ressemble tant et lui transmettre
son amour de la vie.
Dans ce roman touchant, on aborde la mort par le biais de l'amour et dans
ce sourire étrusque on ne peut que trouver de l'humanité.
Arlette
Le titre de ce roman fait référence à un vestige
de l'art étrusque, le Sarcophage des époux que vous pourrez
admirer à la villa Giulia si vous partez à Rome cet été,
ou sinon
sur la couverture du livre ! Le roman s'ouvre et se referme
sur cette sculpture. Entre temps, point de considérations sur la
civilisation étrusque mais une histoire toute de pudeur et de tendresse
sur l'éveil d'un vieux paysan bourru à des sentiments qu'il
n'avait encore jamais laissés s'épanouir.
Salvatore, gravement malade mais toujours vigoureux, doit quitter son
village calabrais pour vivre à Milan, chez son fils, sa belle-fille
et leur bébé. Il n'accepte pas ce changement de gaieté
de cur et utilise toute son énergie à critiquer la
vie milanaise, insipide comme " toutes ces saletés industrielles
" qui remplissent les placards de la cuisine chez son fils.
Au contact de Bruno, son petit-fils, le vieil homme comprend qu'il a encore
un rôle à jouer : protéger le petit de la mauvaise
éducation de ses parents, lui apprendre à lutter, lui raconter
tout ce qu'il n'aura pas le temps de lui faire connaître : son village,
la vraie nourriture des hommes, le combat politique, les femmes, les vraies,
celles qui ont du tempérament
Pour cela, il utilise son langage
de militant, celui qu'il a toujours gardé de son passé de
partisan, au temps du maquis. Du haut de ses treize mois, Brunettino écoute
ce grand-père avec la plus grande attention. Salvatore se transforme
également au contact d'une femme, rencontrée au hasard d'une
de ses promenades avec Bruno. L'homme viril et plutôt macho qu'il
a toujours été découvre avec elle des sentiments
faits de complicité joyeuse, d'amour tendre
les mêmes
que ceux qu'il a perçus entre les époux étrusques
de la villa Giulia.
A travers ce portrait sensible, José Luis Sampedro nous donne la
preuve que la vieillesse peut être une période riche de découvertes,
de sensations nouvelles et, pourquoi pas, de promesses.
Marie-Christine
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Ken
Saro-Wiwa
Lemona
Dapper, 2002
(Littérature)
Traduit de l'anglais (Nigéria)
[SAR]
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Ken-Saro
Wiwa, l'auteur du roman est passé par les couloirs de la mort et
fut exécuté le 10 novembre 1995. Ce récit traduit une
rencontre entre l'héroïne et son auteur qui nous laisse un testament
littéraire en héritage. Lemona, une femme d'une cinquantaine
d'années est coupable de deux meurtres et sera pendue le lendemain.
Elle livre ses confidences secrètes et intimes à Ola, une
jeune étudiante en psychologie et fille de l'une des deux victimes.
Lemona a été élevée par sa mère dans
un village pauvre du Niger et n'a pas pu accéder à une éducation
scolaire pourtant tant désirée. Etant reconnue comme une reine
de beauté, elle attirera les hommes mais ne sera pas protégée
contre les dangers qui guettent une femme seule dans cette société
nigériane désireuse de gagner son indépendance face
à l'empire britannique. Sa vie la fera très vite devenir une
reine de l'angoisse, une angoisse qui saisira le lecteur jusqu'à
la dernière page.
Lemona dévoile aussi des réflexions graves sur la place de
l'individu dans une société machiste devenant capitaliste
et sur l'éducation sentimentale, tout en cherchant à comprendre
sa propre perte.
Audrey
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Thomas
Savage
Le pouvoir du chien
Belfond, 2002
Traduit de l'anglais
(Etats-Unis)
[SAV]
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Nous
sommes en 1924 et le récit commence à la manière d'un
western typique et rude : des chevaux et du bétail, un univers exclusivement
masculin confronté à un environnement à la beauté
sauvage mais hostile.
Entre les vastes plaines et les Rocheuses du Montana, Thomas Savage dresse
le portrait de deux frères, Phil et George, que tout oppose mais
qui gèrent ensemble depuis des années l'un des ranchs les
plus prospères de la région. Cet équilibre précaire
va être rompu par l'arrivée au ranch de Rose, épouse
de fraîche date de George et veuve d'un médecin de campagne
qui s'est suicidé, notamment à cause des incessantes humiliations
de Phil. La mésentente entre les frères atteindra son paroxysme
avec la venue de Peter, le fils de Rose, un garçon délicat
et sensible, " une chochotte " selon Phil.
Peu à peu se dévoile toute la finesse de l'auteur qui dépasse
les lois du genre (celles du western classique) pour se consacrer à
la description psychologique des personnages, exercice où il excelle
véritablement. Comme le souligne Annie Proulx dans la postface qu'on
ne manquera pas de lire (elle apporte un précieux éclairage
sur le roman grâce notamment à des éléments biographiques
sur l'auteur), Thomas Savage possède " un sens inné de
la dramaturgie littéraire." En effet, il y a ici un véritable
suspense psychologique et les tensions vont crescendo ; on les sent monter
de manière tacite et très subtile entre les différents
protagonistes.
George, le cadet, est un être simple, " bonne pâte ",
à l'esprit un peu obtus mais généreux, " bienveillant
", dira Rose. Phil, quant à lui, est arrogant, cultivé,
misogyne, " il dégouline de haine et de mépris "
et se sert de son intelligence pour humilier les plus faibles, ce qui semble
être son passe-temps favori, mais son âme est trouble
Rose échoue totalement à se faire une place au sein de cette
fratrie, et peu à peu elle se laisse aller. Curieusement, George
semble aveugle et sourd à son désarroi et reste impuissant
à l'aider. Seul Peter, dont l'intelligence est aussi fine que celle
de Phil, mettra tout en uvre pour secourir sa mère.
Mais la complexité des personnages ne s'arrête pas là,
et le dénouement de l'histoire, aussi inattendu que machiavélique,
vous fera prendre conscience, avec la force d'un coup de poing, de l'incommensurable
talent de Thomas Savage qui a mis en place toutes les pièces d'un
puzzle qui se révèle à la fin comme un tableau d'une
extraordinaire cohésion.
Isabelle B-C
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Martin
Suter
Small World
Bourgois, 1998
Traduit de l'allemand
[SUT]
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Small
World raconte l'histoire d'un type qui n'a jamais été très
heureux. Arrivé à soixante-cinq ans, il rencontre la femme
de sa vie, il va enfin connaître autre chose que la solitude et la
tristesse. Hélas, au même moment, il commence à souffrir
de troubles de la mémoire. Au fur et à mesure que la maladie
d'Alzheimer se propage dans son cerveau, il retrouve des bribes de son enfance,
des souvenirs enfouis très profondément, dont certains, s'il
venait à les révéler, seraient compromettants pour
une famille toute puissante de la région.
Ainsi, ce livre est à la fois l'étude d'un cas clinique, un
roman policier et une histoire d'amour. Le tout, mené de main de
maître par un auteur suisse allemand qui a d'ailleurs continué
son travail romanesque autour du thème de la mémoire avec
La face cachée de la lune et Un ami parfait.
Marie-Christine
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Léon
Tolstoï
Hadji Mourad
Librio, 1995
Traduit du russe
[TOL]
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"
Le village ravagé par l'incursion des Russes
Le puits avait
été souillé pour que les habitants ne puissent plus
prendre d'eau. La mosquée avait été salie également,
et le mullah et ses serviteurs la nettoyaient. Personne ne disait mot, n'extériorisait
son mépris pour les Russes. Le sentiment que tous les Tchétchènes
éprouvaient, du plus petit au plus grand était du reste plus
fort que le mépris. Ou plutôt, ce n'était pas du mépris,
c'était le refus de reconnaître à ces chiens de Russes
la qualité d'êtres humains
"
Nous sommes en 1852 et déjà la guerre fait rage en Tchétchènie.
Hadji Mourad, farouche montagnard, décide de passer dans le camp
russe pour sauver sa famille.
Léon Tolstoï rendit visite à son frère sur le
front russe en Tchétchènie en 1851. Il porta l'histoire d'Hadji
Mourad et celle de cette guerre en lui pendant quarante ans, multipliant
les enquêtes sur le terrain, rencontrant les témoins, comme
si, au-delà de la terrible et pitoyable aventure du montagnard, il
sentait que l'histoire se jouait là. Elle s'y écrit encore
aujourd'hui
Emmanuel
|
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F.X.
Toole
La Brûlure des cordes
Albin Michel, 2002
Traduit de l'anglais
(Etats-Unis)
[TOO]
|
"
La boxe, ça n'a rien de naturel, murmurait la voix. Comprends-moi
bien là-dessus, petit. Tout ce que tu fais en boxe, c'est le contraire
de ce que tu ferais dans la vie. Par exemple tu veux aller à gauche
? Eh bien tu bouges pas ton pied gauche, tu pousses avec les doigts du pied
droit. Comme ça. Et pour bouger à droite, l'inverse [
].
La voix de Frankie Dunn transperçait. Dans la même phrase elle
pouvait monter haut et cingler ou s'arrondir et prendre la douceur d'un
fruit qui rappelait Benny Goodman en train de jouer Body and Soul ou s'assombrir
comme le grognement d'un grizzly. [
] A chaque fois que Frankie Dunn
expliquait à un boxeur comment se mouvoir, et pourquoi, celui-ci
arrivait à voir le mouvement par les yeux de Frankie et il le sentait
passer dans sa propre chair, ses propres os, et alors il s'emplissait de
la magie de la compréhension et de la sensation de puissance. "
" F.X. Toole nous brise le cur. La brûlure des cordes est
un livre absolument fascinant, une vision complète et généreuse
d'un monde que la plupart d'entre nous ne pourra jamais approcher, à
plus forte raison pénétrer. Ses nouvelles sont drôles,
dérangeantes, imprévisibles et pleines de suspense, mais elles
sont surtout douloureusement vraies. " (Joyce Carol Oates)
" Probablement les meilleures nouvelles sur la boxe jamais écrites.
" (James Ellroy).
F.X. Toole (1930-2002), a commencé la boxe amateur puis est passé
professionnel à trente ans, il a été entraîneur
et soigneur à quarante, il s'est mis à écrire au même
âge. Il a été publié à soixante-dix ans,
il est mort l'an dernier, un mois après la parution de son livre
en France.
Voilà !
Emmanuel
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Valery
Zalotoukha
Le dernier
communiste
Actes Sud, 2000
(Lettres russes)
Traduit du russe
[ZAL]
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Sa
scolarité dans une pension suisse terminée, le fils unique
de nouveaux riches russes rentre au pays. Mais le retour du fils prodigue
ne se passe pas exactement comme ses parents l'auraient souhaité.
Bien loin de s'être accoutumé à évoluer dans
le " monde de l'argent ", Ilya Vladimirovitch revient avec une
haine farouche contre le capitalisme. Justement, son père incarne
totalement tout ce qu'il exècre : la fortune, le reniement des idées
soviétiques, la trahison... Son père ainsi que ses biens vont
devenir la cible principale de sa révolte. Le jeune idéaliste,
renié par son père, déçu par la passivité
de sa mère, se met en tête de restaurer le régime politique
passé dans ses aspects les plus caricaturaux. C'est un véritable
tableau de la société russe contemporaine que nous livre Zalotoukha
où réalisme rime avec cynisme, idéalisme avec naïveté,
où la richesse côtoie la pauvreté, où l'arbitraire
et l'autoritarisme hérités de l'ancien régime restent
omniprésents. On se laisse aller à éprouver de la tendresse
pour ce stalinien en herbe qui idéalise une époque dont il
n'a pas connu les travers, tendresse qui alterne avec des moments de colère
vis-à-vis du cynisme de certains personnages.
Bruno
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