Romans Français
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Vassilis Alexakis
Les mots étrangers
Stock, 2002
(Cette évidence)
[ALE]
Une curieuse impression vous saisit lors des premières pages : vous lisez le journal de
l'écrivain Nicolaïdès non dépourvu d'humour, qui mène une vie sans histoire, tout en vous posant avec lui des questions linguistiques. Sans grande satisfaction, vous continuez, avec le pressentiment que cela a du sens mais qu'il vous échappe.
Nicolaïdès vous parle de ses romans écrits en français bien qu'il soit grec d'origine, de sa difficulté à réapprendre le grec qu'il avait oublié, de sa traduction en grec d'un roman écrit en français et, sans prévenir, de son père qui est mort quelques mois plus tôt. Tel le fil d'Ariane, nous suivons le cheminement de la pensée de Nicolaïdès. Bientôt, une évidence s'impose à lui : il doit apprendre une troisième langue. L'idée venue du plus profond de lui-même se précise : une langue africaine peu connue. En éclaircissant les raisons qui le motivent à cet apprentissage, Nicolaïdès se réapproprie peu à peu l'histoire de ses origines.
" Les peuples privés de langue sont des peuples sans défense " écrit-il ; en choisissant une troisième voix, Nicolaïdès lève les mystères de son enfance en même temps qu'il en préserve les secrets.
Et c'est un tour de force que de savoir nous communiquer pudiquement l'intime. Cependant, les questionnements existentiels, identitaires sur lesquels repose la biographie de Nicolaïdès, double distancié de Vassilis Alexakis, sont nos moteurs à tous et font de ce livre une fable amère puis douce.
" Les langues vous rendent l'intérêt que vous leur portez. Elles ne vous racontent des histoires que pour vous encourager à dire les vôtres. "

Marie-Jo

Anouar Benmalek
Les amants désunis
Livre de Poche, 2000
[BEN]
Une vieille dame nommée Anna erre dans Alger. Elle cherche la tombe de ses enfants, Mehdi et Mériem, égorgés voilà quarante ans, parce que le FLN soupçonnait leur père d'avoir trahi. Après la tragédie, elle est retournée vivre en Suisse, son pays, en essayant d'oublier. Aujourd'hui elle veut renouer avec ce passé, et revoir Nassreddine, l'homme qu'elle a aimé, le père des deux enfants. Jallal, le petit marchand sans famille, accepte de lui servir de guide. Mais ils tombent aux mains des combattants d'Allah. Nassreddine parviendra-t-il à la rejoindre avant que son destin ne soit tranché par la lame d'un couteau ? La même violence bestiale va-t-elle resurgir quarante ans après ? C'est la question d'Anna et celle de tout ce roman, salué comme une révélation de la jeune littérature algérienne, et couronné par le prix Rachid Mimouni 1999.
" Une fresque blessée dont la beauté défie tous les instincts de mort. " Jean-Noël Pancrazi, Le Monde.
Anouar Benmalek a écrit là un roman remarquable et bouleversant... Il nous donne à voir la vie quotidienne de ses compatriotes pris dans l'engrenage de la vengeance, des règlements de comptes, du désespoir et qui réussissent malgré tout à survivre à l'horreur.

Valérie G

Robert Bober
Quoi de neuf sur la guerre ?
Gallimard, 1993
(Folio)
[BOB]
Dans le Paris d'après-guerre, un atelier juif de confection pour dames. L'ambiance, plutôt conviviale dans l'atelier de M. Albert et de Mme Léa, le patron et sa femme, incite aux confessions et aux discussions. Maurice et Charles, les mécaniciens, Léon, le presseur, Paulette, Jacqueline et Mme Andrée, les finisseuses, mais aussi Betty et Raphaël, les enfants des patrons et Joseph, l'apprenti, nous livrent leurs réflexions sur le métier, la vie et le bonheur. La guerre et l'antisémitisme ne sont pas vraiment abordés mais entrent parfois dans les conversations.
Robert Bober dresse un portrait juste et touchant d'une époque où les hommes ont connu les horreurs et le traumatisme de la guerre. Il montre également dans la seconde partie du roman que la douleur et les souffrances causées par la guerre ont marqué profondément plusieurs générations.
Un premier roman, récemment adapté au cinéma, qui a obtenu le prix du Livre Inter en 1994.

Isabelle B

Christian Bobin
Ressusciter
Gallimard, 2001
(Folio)
[E BOB]
" J'écris pour me quitter, aussi pour inventer une maison pour les vivants, avec une chambre d'amis pour les morts. "
De courts textes autour de la mort du père, des fragments de vie, parfois juste une phrase, Christian Bobin nous livre des faits, des souvenirs poétiques, souvent mystiques. Une alternance d'ombre et de lumière, de pesanteur et de légèreté. Des tranches d'existence en pointillé, parfois poignantes, alternent avec la méditation de l'écrivain devant sa page blanche et derrière sa fenêtre donnant sur un majestueux tilleul dont le lecteur finira par connaître tous les habitants, au fil des saisons.
Un livre écrit pour y butiner, un livre pour donner envie d'écrire aussi.
Christian Bobin se livre sur des sujets aussi différents que son expérience en milieu psychiatrique ou ses conversations avec un nouveau-né, où chacun pourra puiser sa propre musique.

Fabienne

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Chrétien de Troyes
Yvain ou Le chevalier au lion
Livre de poche, 1988
[CHR]
La lecture de cette œuvre écrite vers 1175, en plein Moyen Age, fait référence au roman arthurien, c'est-à-dire dont l'action est censée se dérouler à l'époque du roi Arthur, le mythique âge d'or de la chevalerie en Bretagne, comme on disait alors pour désigner la Grande-Bretagne et l'Armorique, pays des fées et des enchanteurs.
A la suite d'un récit entendu à la cour du roi, Yvain décide d'affronter la fontaine magique de Brocéliande gardée par le terrible Chevalier Noir afin de montrer à tous sa bravoure.
Voici le point de départ des aventures du noble chevalier Yvain, en quête de fantastique et de merveilleux à la source même des légendes celtiques.

Manuel

Maryse Condé
Moi, Tituba, sorcière

Gallimard, 1988
(Folio)
[CON]
Fille de l'esclave Abena violée par un marin anglais à bord d'un vaisseau négrier, Tituba, née à la Barbade, est initiée aux pouvoirs surnaturels par Man Yaya, guérisseuse et faiseuse de sorts. Son mariage avec John Indien l'entraîne à Boston, puis au village de Salem au service du pasteur Parris. C'est dans l'atmosphère hystérique de cette petite communauté puritaine qu'a lieu le célèbre procès des sorcières de Salem en 1692. Tituba est arrêtée, oubliée dans sa prison jusqu'à l'amnistie générale qui survient deux ans plus tard. Là s'arrête l'histoire. Maryse Condé la réhabilite, l'arrache à cet oubli auquel elle avait été condamnée, et, pour finir, la ramène à son pays natal, la Barbade au temps des Nègres marrons et des premières révoltes d'esclaves.
Histoire émouvante du destin d'une esclave de la Barbade, ce roman est basé sur l'histoire vraie de Tituba.
On s'attache à cette sorcière qui va subir la cruauté de sa condition puis celle des juges qui la harcèleront pour sorcellerie.

Valérie G

Marguerite Duras
L'homme Atlantique
Minuit, 1982.
[DUR]
24 pages, 17 minutes de lecture.
On peut le lire et le relire à voix haute, plusieurs fois, calmement.
C'est un des plus beaux livres du monde. Je sais, il y a plein de plus beaux livres du monde, il en fait partie.
Dans ce livre, il y a la plage, la mer, une mouette contre le vent, l'Atlantique, un chien peut-être…
En fait, il n'y a rien. Un homme et une femme se quittent.
Elle pense que c'est définitif et qu'elle l'aurait aimé. Elle décide d'en faire un film, parce que " écrire serait trop dorénavant."
Alors, dans cette direction d'acteur, d'elle à lui, elle dit la force de la présence de celui qui n'est plus là.
" Vous êtes resté dans l'état d'être parti. Et j'ai fait un film de votre absence. "
Les mots sont beaux, de lyrisme contenu, de l'ardeur des sentiments.
En partant, l'homme a rendu le désir impossible, en partant, il n'est plus rien, il n'est plus " préféré. "
C'est l'oubli déjà et en même temps le souvenir si vif des plages de peau autour de ses yeux à lui, qu'elle pourrait encore embrasser sans fin.
" Tandis que je ne vous aime plus, je n'aime plus rien, rien que vous, encore. "
Marguerite Duras parle, et c'est peu commun, de l'exaltation si poignante que l'on a parfois, à ressentir l'existence de quelqu'un d'autre.
Je ne sais comment dire. Faudrait vous le lire.
Il y a une si pure musique des idées et des mots.
" On dit que le plein été s'annonce, c'est possible. Je ne sais pas. Que les roses sont là déjà, dans le fond du parc. Que parfois elles ne sont vues par personne durant le temps de leur vie et qu'elles se tiennent ainsi dans leur parfum, écartelées, pendant quelques jours et puis qu'elles s'effondrent. Jamais vues par cette femme seule qui oublie. Jamais vues par moi, elles
meurent. "

Isabelle G

Bernard Friot
Folle
Thierry Magnier, 2002
[FRI]
" Je sais bien qu'elle est folle. " C'est toute la détresse de son être que crie Franck, dix ans, quand son père lui annonce que l'ambulance est venue chercher sa maman car elle est malade. Dès lors, chacun de leur côté, ils vont s'enfermer dans le silence car les mots leur font peur. Dans son mutisme, Franck cherchera à oublier la sensation de honte qu'il éprouve en pensant à sa mère enfermée et soignée dans un hôpital psychiatrique. Il reportera toute son énergie sur le basket et les réparations de son vélo. Face à lui, son père désemparé souffrira de l'indifférence de son fils, car il ne lui faut que du temps, à ce gosse, pour admettre et accepter cette longue maladie.
Leurs maladresses réciproques les blesseront, mais ils trouveront, malgré la peur de tout perdre, les sentiments profonds qui leur permettront d'attendre, d'aimer et d'aider cette malade si fragile qui leur manque tant.
Un beau regard sur la dépression nerveuse.

Arlette

 
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Laurent Gaudé
La mort du roi Tsongor
Actes sud, 2002
[GAU]
Au terme de guerres incessantes et meurtrières, le roi Tsongor est à la tête d'un empire immense, dominé par la glorieuse cité de Massaba. Il est au faîte de son pouvoir et s'apprête à marier sa fille, la belle Samilia. Mais la veille du mariage, un double coup du sort vient frapper Tsongor : son fidèle serviteur Katabolonga vient réclamer son dû qui n'est rien d'autre que la vie du roi (pour venger son peuple disparu) et un deuxième prétendant vient réclamer la main de Samilia, au nom d'une promesse ancienne. La guerre éclate alors et divise le clan Tsongor en une lutte fratricide. Seul Souba, le plus jeune des enfants, échappe au massacre mais est contraint à l'exil, investi d'une bien lourde mission : il doit construire sept tombeaux représentant les sept visages de son défunt père qui, jusque-là, ne pourra pas trouver le repos parmi les morts.
Avec ce livre qui se déploie comme un conte, j'ai vécu plusieurs époques, traversé un royaume entier, partagé la vie tumultueuse de guerriers farouches et de personnages royaux, j'ai pu rêver, frémir, m'apitoyer sur la folie meurtrière des hommes ou louer la loyauté de quelques-uns.
Mille émotions et dix mille images me sont venues à la lecture de ce roman initiatique, époustouflant par sa verve et par sa portée universelle. Alors, si l'aventure vous tente, plongez au cœur de cette tragédie magique et atemporelle…

Isabelle B.C

Christophe Honoré
Scarborough
L'Olivier, 2002
[HON]
Steven et Baptiste, frères et français, ont fui leur pays et débarquent dans un port anglais : Scarborough. Ils s'aiment et ont fait le serment de ne pas se mentir et de ne surtout jamais évoquer le passé (qu'on devine lourd et meurtrier).
Dès le début du roman, ils sauvent une jeune fille, Kim, du suicide, avant qu'elle ne recommence avec succès. Entre alors dans leur duo Sukie, la mère de Kim, qui tente d'oublier son chagrin en couchant avec les clochards de la ville.
Lorsque Baptiste repartira en France, Steven choisira de rester à Scarborough. Un fils unique, Anton, remplacera alors le frère absent.
Scarborough, suite indépendante de La Douceur, est l'histoire d'amours peu ordinaires (incestueux, charnels et finalement impossibles), mais aussi une histoire de famille et de liberté. Un roman noir, cru et parfois dérangeant.

Isabelle B

Philippe Jaenada
Le Cosmonaute
Grasset, 2002
[JAE]
Le Cosmonaute pourrait aussi s'intituler A la recherche du bonheur conjugal ou répondre à la question de savoir comment ce bonheur peut se transformer en enfer si l'on n'y prend pas garde... Face à cette vaste question, mieux qu'un guide psycho-malin, Philippe Jaenada nous offre une version romancée (de sa propre histoire ? J'espère pour lui que non !) qui vous fera rire tout seul dans le métro, monter les larmes aux yeux, vous révolter contre les personnages et, à certaines occasions, vous poser des questions sur vous-même car quelques situations vous rappelleront forcément une époque de votre vie, en moins brutal (du moins, c'est à souhaiter !). Partagé en plusieurs parties évoquant les grands évènements de la vie (une rencontre, un accouchement difficile, la vie commune, la remise en question), ce roman vous fera plonger en toute intimité dans l'univers délirant et pourtant si humain du narrateur, de Pimprenelle et d'Oscar.
Enfin, voilà un condensé de vie dans lequel l'auteur ose un savant mélange de dérision et de tragique ; décapant, dérangeant et drôle !

Isabelle B-C

Yasmina Khadra
Les hirondelles de Kaboul
Julliard, 2002
[KHA]
Avec ce roman, son dixième, l'auteur quitte son Algérie natale pour imaginer une histoire d'amour impossible au pays des talibans.
Nous sommes à Kaboul, ville des femmes hirondelles sans visage, le tchadri bleu flottant au vent. Dans cette ville fantôme, surgissent quatre personnages complexes, en quête de liberté : il y a d'un côté Atiq Shawquat, un ancien combattant devenu geôlier, et son épouse Mussarat, droite et courageuse mais atteinte d'une maladie incurable. Puis, il y a Mohsen et la belle Zunaira, couple bourgeois, éduqué et libéral. C'est ce cadre que l'auteur a choisi pour relater une double histoire d'amour. Un amour qui se disloque, broyé par les frustrations du règne des talibans, et un autre qui naît dans un dénouement inattendu. Des personnages qui s'accrochent à l'amour comme pour échapper à la folie et donner un sens à leur existence !
Un livre terrible, sans complaisance qui montre une nouvelle fois que toute forme de totalitarisme détruit toute vie possible.

Janick

 
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Dominique Mainard
Leur histoire
Joëlle Losfeld, 2002
[MAI]
Sous ce titre apparemment banal, se cache une histoire originale, tendre et poétique. C'est celle d'Anna, une fillette de six ans qui est muette ou plutôt " qui refuse de parler " car son mutisme n'est pas d'origine pathologique. Quant à sa mère, Nadéjda, la narratrice, elle ne sait pas écrire. Une étrange malédiction poursuit cette famille depuis trois générations avec la croyance que les mots " sont des traîtres, des voleurs. " Après bien des hésitations et parce qu'Anna est tyrannisée par les autres enfants dans son école, Nadéjda décide de placer sa fille dans un établissement pour sourds-muets. Elles y feront la connaissance de Merlin, professeur charismatique et enchanteur qui tentera de sortir Anna de son mutisme et Nadéjda de sa solitude. Pari difficile car on se rend compte que Nadéjda, s'est enfermée dans une tour d'ivoire et que la liberté l'effraie...
Grâce à un ton toujours juste, Dominique Mainard a su éviter le piège du pathos et du sentiment facile en nous entraînant dans un récit où la magie et l'imaginaire sont rois. Nous sommes d'ailleurs nombreux à la médiathèque à être tombés sous le charme de cette histoire qui va droit au cœur.

Isabelle B-C

Hubert Mingarelli
La beauté des loutres
Seuil, 2002
[MIN]
Vito, un jeune garçon, et Horacio, homme aguerri, vont prendre la route pour aller vendre des moutons à tête bleue au-delà de la vallée. Un dialogue sobre s'établit entre le garçon et l'homme un peu rude. La neige qui tombe, le froid, la route gelée, les cols hostiles donnent de l'intensité à ce roman d'une grande simplicité. Quant aux loutres, elles apparaissent fugaces scandant les longs silences de la conversation. C'est à la fin que survient l'orage. L'homme explose sans retenue face à l'angoisse accumulée lors du voyage.
Hubert Mingarelli nous invite à le suivre hors des sentiers battus du roman. Alors, laissez- vous mener. Une rivière verte et silencieuse et d'autres titres de lui vous attendent à la médiathèque.

Muriel

Hubert Monteilhet
De plume et d'épée (roman Louis XIII)
De Fallois, 1999
[MON]
Les aventures d'Arnaud d'Espalungue, jeune gentilhomme béarnais ambitieux et sans trop de scrupules, montant à Paris pour y rencontrer la fortune.
Il y parviendra bien sûr et côtoiera même bientôt le haut du panier de la cour de Louis XIII, nous entraînant avec lui au cœur des intrigues de l'époque (mais comment faire pour que le roi ait un héritier s'il n'honore jamais la reine ?), et de ses mœurs légères.
Dans ce roman écrit sous forme de mémoires, très largement inspiré de certaines œuvres de Dumas et où l'on croise d'Artagnan, Porthos, Aramis, Richelieu, ses méchants gardes et même l'homme au masque de fer (mais oui !), Monteilhet crée de toutes pièces un personnage très réaliste et humain.
Bien sûr, de mauvaises langues pourraient trouver à redire sur ses convictions (il se convertira volontiers au catholicisme au moment opportun), ou sur ses états d'âmes (il faut avouer qu'il embroche aisément ses congénères), voire sur son sens très large de la fidélité conjugale, mais, palsambleu !.. on ne fait pas d'omelette sans trucider quelques œufs…
Tous les ingrédients d'un bon roman de cape et d'épée sont là, avec le style en plus.
On pourra également retrouver Arnaud d'Espalungue, mais cette fois-ci sous le règne de Louis XIV (l'enfant du miracle) dans la suite Les cavaliers de Belle-Île.
" Les rois les mieux informés sont loin de tout savoir, ce qui est fort heureux pour leurs sujets, et parfois pour eux-mêmes. "

Yann

Véronique Olmi
Numéro six
Actes Sud, 2002
[OLM]
Numéro Six, c'est ainsi que ses parents la présentaient quelquefois. Pourtant la petite dernière, venue sur le tard, a un prénom : Fanny. Elle adore son père, le respectable Dr Delbast ; lui ne la voit pas, ne s'intéresse pas à elle sauf pour lui faire des remontrances ou la punir. Elle ne se sent pas aimée ou si peu.
A cinquante ans, Fanny est la seule des six enfants qui s'occupe de son père, devenu centenaire. Elle espère trouver enfin la complicité qu'elle a toujours attendue. Mais le vieil homme ne parle plus. Alors, elle s'adresse à lui dans ce livre, déclaration d'amour à sens unique : " Je t'aime même réactionnaire. Même antipathique. Je trouve une excuse à tout : le milieu, la génération, l'époque... Tout est bon pour que tu sois digne de mon amour. "
Un court roman où chaque phrase, chaque mot est juste.

Marie-Christine

 
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Franck Pavloff
Matin brun
Cheyne, 2002
[PAV]
L'Ordre nouveau (sic !) s'est installé avec son cortège d'intolérance, de normalisation, d'arbitraire et d'autoritarisme : dorénavant, tous les chiens doivent être bruns. Ceux qui ne correspondent pas à cette norme de " pureté " (re-sic !) sont éliminés et leurs maîtres punis. Cette nouvelle norme laisse passive la majorité de la population qui ne voit pas le danger. Pourtant, les mâtins bruns (de gros molosses) symbolisent une société où il n'y a pas de place pour les faibles et les différents. Et un matin, on se réveille avec une terrible " gueule de bois ", car la " bête immonde " montre son vrai visage et étend ses tentacules sur l'ensemble de la société.
Une petite nouvelle de dix pages pour nous rappeler que le célèbre poème écrit à Dachau et attribué au pasteur Martin Niemöller (" Quand ils sont venus chercher… ") est toujours d'actualité.
Cette œuvre, d'abord passée inaperçue, a connu un formidable succès d'estime au lendemain du premier tour des dernières élections présidentielles qui avait porté le Front national à un niveau jamais égalé. D'autant plus que Pavloff a fait don de ses droits d'auteur afin de rendre accessible le prix de sa nouvelle à tous.

Bruno

Yasmina Reza
Adam Haberberg
Albin Michel, 2003
[REZ]
Assis sur un banc du Jardin des Plantes, Adam Haberberg contemple les autruches et pense à sa vie : écrivain raté, mari mal-aimé, il vient d'apprendre qu'il risque de perdre la vue d'un œil. Il a quarante-sept ans. Il est morose.
Tout à coup, Marie-Thérèse Lyoc apparaît devant lui. " Il se souvient d'elle, il la revoit dans le couloir du lycée Paul Langevin, dans un temps englouti, dans un couloir où il n'ira jamais plus, portant sa robe chasuble, portant jour après jour cette même robe à pans se souvient-il, Marie-Thérèse Lyoc, la fille sans visage qu'on traîne dans sa classe pendant plusieurs années, avec qui on finit par marcher dans une rue ou prendre un bus. Un soir elle se retrouve au café avec vous parce qu'Alice Canella qui l'a prise en esclavage dit, vous faites une place pour Marie-Thérèse, alors on fait une place pour Marie-Thérèse qui n'a aucune existence, qui n'est ni brune ni blonde, ni rien. "
Marie-Thérèse trouve ça génial de se retrouver là, après tant d'années, et pleine d'enthousiasme, elle l'invite à dîner chez elle, à Viry-Châtillon. Adam accepte. C'est tant pis pour lui mais tant mieux pour le lecteur qui assiste à une soirée ratée (et une soirée ratée, quand on n'y est pas, ça a quelque chose de jubilatoire ! ). Marie-Thérèse Lyoc et Adam Haberberg n'ont rien d'autre en commun que quelques souvenirs de lycée. Si Marie-Thérèse est ravie de lui préparer une bonne omelette pendant qu'elle se déverse en bavardages sur son travail (" Ce qui m'a permis de réussir dans mon métier, c'est d'être vraie, d'être authentique "), son filleul (" Depuis des années, il est passionné de dents. Pour son anniversaire on a dû lui trouver un crâne articulé. Mais il en voudrait un vrai avec des dents mal fichues "), ou sa batterie de robots ménagers (" Il y a des femmes qui sont folles de chaussures ou de produits de beauté moi je suis folle d'appareils électriques "), Adam se demande bien ce qu'il fiche là dans cette cuisine de Viry-Châtillon avec Marie-Thérèse Lyoc… Alors il pense à sa vie.
Un excellent roman, triste et drôle à la fois, parfaitement maîtrisé par Yasmina Reza, surtout connue pour ses pièces de théâtre.

Marie-Christine

Christian Signol
Une année de neige
Albin Michel, 2002
[SIG]
A dix ans, Sébastien est atteint d'une leucémie. Face à cette maladie, il veut partir dans le Lot, certain qu'il guérira à l'air pur, là où il a été si heureux petit. Partir, fuir sa triste banlieue aux murs gris, ses angoisses et ses peurs. Il convainc sa mère d'accepter. Petit bonhomme têtu et courageux cheminant main dans la main avec ses grands-parents, découvrant la force de ces campagnes qui, elles aussi, se battent pour ne pas mourir et préserver une certaine idée du bonheur. Découvrir l'ellébore, cette fleur très rare qui pousse sous la neige et guérit tous les maux, comme son grand-père lui a raconté à demi-mot ! Auguste, ce formidable grand-père rebouteux qui croit aux vertus des plantes, et Cyprienne, débordante d'amour pour ce petit-fils si fragile.
La vie est belle, et il l'aime, Sébastien. Avec lui, on admire cette campagne sereine et magnifique que Christian Signol nous offre durant cette année de neige.

Arlette

Yves Viollier
Les sœurs Robin
Laffont, 2002
(L'Ecole de Brive)
[VIO]
Deux vieilles demoiselles insupportables mais touchantes, un petit garçon en demande d'amour, espiègle et malicieux mais qui ne manque pas une occasion de rendre visite à ces deux grands-mères, un chat et un piano… Avec des souvenirs qui lézardent leur cœur, leur entente à pas feutrés est fragile. Le plan de rénovation du quartier et la vente de leur maison vont faire exploser cette quiétude, elles refusent et s'opposent avec ruse ! La douce Marie et sa sœur Aminthe vont s'unir enfin et trouver une solution à leurs déboires. S'il faut vendre leur maison, ça ne sera pas sans combattre ! Dans cette bataille, elles ouvriront leur cœur, apaiseront leurs rancunes. Déboussolées par les blessures qui les hantent, elles trouveront enfin le répit.
On aimerait les protéger, ces deux vieilles femmes si attendrissantes. Avec émotion, on les accompagne sur le long chemin de leur vie, mais ce sont elles qui nous donnent une belle leçon de courage.

Arlette

 
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