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Graeme Aitken
50 façons de dire fabuleux
10/18 (Domaine étranger), 2001
Traduit de l'anglais
[AIT]

Derrière ce titre énigmatique et poétique, se cache l'histoire de Billy Boy, douze ans, qui vit dans une ferme en Nouvelle-Zélande dans les années 70. Les travaux fermiers ne sont vraiment pas son fort au grand désespoir de son père qui voudrait bien voir en son fiston un digne héritier de la lignée des farmers ainsi qu'un futur joueur de rugby. Mais Billy Boy préfère laisser les travaux de force à sa cousine Lou, véritable garçon manqué, et se réfugier dans son monde imaginaire où il incarnerait Judy Robinson, héroïne de sa série télévisée préférée…
Il connaît bientôt les affres de l'adolescence, d'autant plus douloureusement qu'il se découvre, à bien des égards, différent des autres garçons. Entre amours naissantes et amitiés qui se perdent, Billy Boy est mal dans sa peau et son seul réconfort, il le trouve lorsqu'il se déguise ou lorsqu'il s'échappe à Dragonland, un vague rocher à l'allure de dragon.
Un roman sur la difficulté de grandir dans un monde qui refuse la différence, frais et pudique, drôle et grave à la fois, qui saura toucher un public aussi bien adolescent qu'adulte.

Isabelle B-C

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Stéphane Audeguy
La théorie des nuages
Gallimard, 2005
[AUD]

Jamais je n'aurais imaginé, à la page 21 de ce roman, vous le proposer dans Lison Futé. A ce stade de ma lecture, j'étais même plutôt en colère contre le dénommé Stéphane Audeguy qui ose écrire : "S'agissant du travail, Virginie Latour fait partie de l'immense et infortunée majorité des personnes qu'aucune vocation n'a jamais visitée. La seule chose qui puisse se comparer chez elle à une passion est son goût pour la langue anglaise. Mais c'est tout. C'est par défaut qu'elle a échoué dans ce métier de bibliothécaire." Cette dernière phrase m'a fait du mal, et une fois de plus, je m'aperçois que la littérature développe une image désastreuse du métier de bibliothécaire… Enfin, j'ai quand même continué ma lecture et bien m'en a pris car La théorie des nuages est un excellent premier roman, très original et drôle, menant de front plusieurs histoires, celle d'un couturier japonais fou de nuages et de "sa" bibliothécaire, celle de différents passionnés qui, au XIXème siècle, se sont intéressés aux nuages et ont tenté de les classer, les décrire, ou même de les utiliser pour d'autres représentations bien plus intimes... Je ne vous en dis pas plus. Sachez seulement qu'une fois ce livre terminé, vous regarderez le ciel autrement... et peut-être également les bibliothécaires !

Marie-Christine

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Patrick Bard
La Frontière
Seuil, 2002
[RP BAR]

Des crimes horribles (vraiment) sont commis à Ciudad Juarèz, ville usine à la frontière du Mexique et des USA. Des jeunes ouvrières des maquiladoras (usines délocalisées qui, sous des faux noms, produisent pour les plus grandes marques mondiales pour 10% du prix de production dans un pays occidental) sont sauvagement assassinées. Toni Zambudio, reporter dans un journal madrilène, est dépêché sur place alors que le procès des suspects va s'ouvrir. Très vite, il soupçonne que cette affaire est autre chose qu'une banale histoire de serial killer (c'est triste à dire, mais en ce moment, dans le genre policier, le serial killer s'est banalisé)...
La Frontière est ce que les Etats-uniens nomment un page turner, une fois commencé, les pages se tournent vitesse grand V. Mais ici, comme l'auteur est français, en plus du suspense rondement mené, il y a un fond qui fait frémir, sur la mondialisation et ses dérives, qui participe à la montée progressive de la tension tout au long du livre, et ne le plombe pas comme un bête appareil documentaire plaqué sur une trame policière. Quant au dénouement, on peut croire que Patrick Bard va un peu trop loin, mais on doit néanmoins garder en mémoire trois choses :
Primo : les meurtres de Ciudad Juarèz ont bien eu lieu (le livre est tiré de faits réels).
Secundo : Patrick Bard, photo reporter, a longuement séjourné à Ciudad Juarèz.
Tertio : on n'a jamais retrouvé les coupables.

Emmanuel

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Henry Bauchau
Oedipe sur la route
Actes Sud, 1990
[BAU]

Peut-on réellement donner un sens à sa vie lorsque celle-ci semble échapper à votre contrôle ?
Œdipe, ancien roi de Thèbes, a vu inexorablement s'accomplir l'oracle lui prédisant qu'il tuerait son père et épouserait sa mère. Pour se punir de ce double crime, il s'est aveuglé. L'histoire commence alors qu'Œdipe se trouve à Thèbes. Il attend. Mais que peut-il espérer ? Il doit partir, il le sent. C'est pour reprendre sa vie en main et recouvrer une certaine liberté qu'il quitte la cité funeste et devient un homme pauvre, un suppliant, allant où ses pas le mènent. A ses côtés, Antigone, sa fille mais aussi sa sœur, décide de s'engager sur ce chemin presque initiatique qui les ouvre aux autres car désormais ils en dépendent. Plusieurs récits vont alors se mêler au leur. A chacun de leurs pas se pose une question fondamentale : ne pas savoir où mène la route que l'on emprunte, est-ce une raison suffisante pour s'arrêter ?
Henry Bauchau comble ici, sous forme romanesque, un vide mythologique. Il confère une grande part d'humanité à ses personnages qui ne sont plus soumis à la loi divine et sont alors plus proches du lecteur.

Sophie

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Tonino Benacquista
Malavita
Gallimard, 2004
[BEN]

"Cholong-sur-Avre, Normandie ! répondit Fred en y mettant le moins d'accent possible. Imaginez combien d'Américains ont entendu parler de la Normandie sans savoir dans quel putain d'endroit du monde la situer.
- A part le fait que nos gars ont débarqué en 44, c'est célèbre pour quoi, la Normandie ? demanda Warren.
- Le camembert, hasarda le père."
Ainsi emménage la famille Blake dans son nouveau village. Des Américains, de quoi susciter la curiosité du voisinage et amener un peu d'animation ! Mais voilà, les Blake n'ont pas du tout l'intention de faire parler d'eux. Non pas par discrétion, mais pour des raisons plus mystérieuses. Avec eux, vous allez vous embarquer dans les aventures les plus étonnantes et lorsque vous penserez détenir une piste, l'auteur fera preuve d'une très grande imagination pour donner à l'histoire une tournure inattendue ! Laissez-vous surprendre...

Sophie

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Jeanne Benameur
Les Demeurées
Denoël (Format utile) 2001
[BEN]

Une femme, La Varienne, vit avec sa petite fille à l'écart du village, toutes deux recluses, isolées du reste du monde. Entre elles, la relation est viscérale, sans mots, et cette symbiose les protège violemment des autres, de l'extérieur. Pourtant, à travers une rencontre, l'enfant va découvrir son propre nom, le nom que l'on donne aux choses, et cette nouvelle liberté la construira, tout en la séparant de sa mère.
Les Demeurées appréhende, très subtilement, dans l'épure et la justesse, le bouleversement et la renaissance qu'engendre l'usage des mots.

Valérie L.

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David Bezmozgis
Natasha et autres histoires
Bourgois, 2005
Traduit de l'anglais (Canada)
[BEZ]

Voici un recueil de sept nouvelles qui racontent des tranches de vie de la famille Berman, des Juifs de Lettonie partis vivre au Canada au début des années 80, comme de nombreuses familles juives soviétiques. Le narrateur est le jeune Berman qui est sans doute le double littéraire de l'auteur, David Bezmozgis. Ces nouvelles sont un vrai régal d'émotion et d'humour, mais un humour douloureux pour exprimer l'exil, ce profond sentiment d'abandon ressenti quand on est loin des siens et de son pays. Natasha, la nouvelle qui donne son titre au livre, est un petit bijou sur l'adolescence et le premier émoi amoureux.
Saluons les débuts de ce jeune auteur qui est un raconteur d'histoires exceptionnel.

Marie-Christine

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Gilles Bornais
Ali casse les prix
Grasset, 2004
[BOR]

Il est heureux, Ali, quand il débarque en France pour travailler, il a laissé derrière lui le Maroc, le soleil, les histoires de sa jeunesse qui le faisaient tellement rêver. Mais lui, son rêve le plus grand, le plus beau, est d'acheter une épicerie à Paris, car il est doué, Ali, pour les chiffres et le commerce. Avec courage, sans compter ses heures, et avec l'aide de sa femme Fatima, il y parvient : il achète son épicerie et devient sept jours sur sept l'épicier arabe de son quartier à Clichy, le plus serviable et le plus travailleur.
Tout irait pour le mieux dans sa vie mais la campagne électorale démarre et les partis politiques se disputent la victoire. Immigré modèle, exemple parfait de l'intégration, Ali devient à son insu un enjeu politique ce qui fait de sa vie un enfer.
Blessé suite à une rixe dans son épicerie, Ali se retrouve aux urgences de l'hôpital. En attendant d'être opéré, il va enfin se confier. Cet homme, d'ordinaire si discret sur sa vie privée, se raconte à Nadia, jeune infirmière qui lui rappelle son pays. Comme le conteur de son village, il laisse sortir les mots si longtemps retenus pour apaiser tous les maux dont son corps et son cœur souffrent.

Arlette

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T. Coraghessan Boyle
La belle affaire
Phébus, 1991
Traduit de l'anglais (Etats-Unis)
[BOY]

Un livre que T.C Boyle dédie à ses amis épris d'horticulture...
Dans les années 70, à San Francisco, Félix reçoit la visite inattendue de Vogelsang, un ami fortuné et de Boyd un jeune diplômé en agronomie. L'ami en question lui annonce qu'il vient de faire l'acquisition de trois cent quatre-vingt-dix arpents de terre dans le comté de Mendecino "le cul de la terre", avec un chalet sur le terrain. Il lui propose de recruter deux acolytes et d'aller passer quelque mois dans ce trou perdu pour y faire pousser deux mille pieds de marijuana au milieu des pires "bouseux" que les Etats-Unis aient été capables de produire. Vogelsang fournira tous les fonds, Boyd passera tous les trois jours pour donner un coup de main et surveiller l'opération. A la fin de la saison, la production devrait rapporter au moins un demi million de dollars à chacun.
"Non, si c'était Vogelsang qui montait l'affaire, c'était du solide. Il était né pour semer des piécettes et récolter les gros billets, tout comme Segovia pour titiller une table d'harmonie...", "Parce que la marijuana, il allait te la faire pousser en grand, Volgelsang, comme des plants de tabac ni plus ni moins. Le grand jeu, quoi, le monumental bras d'honneur tiré à la société..."
Ce sera une vraie colonie de vacances. La belle affaire...
Inutile d'en dire beaucoup plus, si ce n'est que le style de Boyle, tout de sarcasmes et de loufoqueries, est imparable. Et que la chute pourtant tant attendue des protagonistes sera quand même bien surprenante.

Yann

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Arthur Bradford
Le chien de ma chienne
Denoël & d'ailleurs, 2003
[BRA]

Bizarroïde, décalé, marginal, insolite et inquiétant. Le chien de ma chienne c'est un peu tout ça voir même plus.
Un homme qui fait l'amour avec la chienne de sa meilleure amie, une limace géante trouvée dans la boîte à gant d'une voiture, des chiots mutants qui marchent sur leurs moignons… vous me suivez toujours ? Une femme aux poumons d'acier qui couche avec un chiot chantant de vieux standards américains et qui tombe enceinte, de la sculpture sur pomme avec une tronçonneuse et des rites vaudous. Voilà ce que l'on peut trouver dans le livre d'Arthur Bradford, et je ne vous parle pas du trafiquant de marijuana et des bruits qui proviennent de son placard, de la camionnette qui se balade avec un sommier en équilibre sur le toit, de bières, de joints et de champignons hallucinogènes.
Malgré la diversité surréaliste des personnages, animaux et humains qui s'y bousculent, Le chien de ma chienne se rapproche plus du roman qu'une simple collection de nouvelles reliées par une simple thématique animalière. C'est un roman, avec une logique propre, construit d'épisodes disparates.
Chez Arthur Bradford humains et animaux s'installent en une véritable famille où il n'y a qu'un pas entre la marginalité et les phénomènes de foires dans une Amérique fauchée.

Ghéoine

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Armand Cabasson
Les Proies de l'officier
Nil, 2002
[RP CAB]

1812. Alors que la Grande Armée progresse vers Moscou face à des troupes russes qui ne cessent de se dérober, des crimes atroces laissent des victimes lacérées sur sa route. Le prince Eugène de Beauharnais, beau-fils de l'Empereur, charge le capitaine Quentin Margont de trouver le coupable à tout prix.

Psychiatre et membre du "Souvenir Napoléonien" Armand Cabasson connaît sur le bout des doigts ses deux sujets : la campagne de Russie et les psychopathes. Le roman se partage entre le fait divers et les faits historiques, l'un prenant le relais de l'autre et réciproquement. On ne s'ennuie pas une seconde, l'auteur ne manque pas de souffle et les scènes de batailles sont hallucinantes (au sens propre du terme - on s'y croirait). Dumassien.

Emmanuel

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Albert Camus
L'étranger
Gallimard, 1942 (Frémeaux & Associés, 2002 pour la présente édition)
Lu en intégralité par l'auteur en avril 1954
[CAM]

Que vous l'ayez lu ou pas, cette écoute vous fera entendre une autre lecture : celle de l'écrivain face à son texte. Brièvement, afin de vous rafraîchir la mémoire, de quoi s'agit-il ? Meursault habite Alger, il apprend que sa mère vient de mourir à l'asile où elle logeait. De retour de l'enterrement, il noue une relation avec Marie qu'il connaissait déjà un peu et reprend son travail. Son voisin de palier, Raymond, plus ou moins souteneur, lui demande de rédiger une lettre. Content, il invite Meursault et Marie chez un ami qui possède un cabanon au bord de la mer. Deux arabes se trouvent là, qui ont des comptes à régler avec Raymond. Il s'ensuit une bagarre où Raymond est blessé ; il confie son arme à Meursault. Celui-ci revoit, par hasard, les arabes et tue l'un deux. La deuxième partie est consacrée à l'incarcération et au procès.
Albert Camus incarne Meursault de façon saisissante. C'est la "mécanique" même du récit qui nous est révélée : "la tragédie par le quotidien et l'absurde par la logique". Si besoin est, les mots d'Alberto Manguel sauront peut-être davantage vous convaincre d'emporter le coffret pour les vacances : "Lorsqu'en parcourant les autoroutes on écoute sur cassette un acteur lire un livre - la cérémonie de la lecture à haute voix prive assurément l'auditeur d'une partie de la liberté inhérente à la lecture (le choix du ton, l'importance accordée à tel détail, la possibilité de revenir à un passage favori) mais elle confère également au texte versatile une identité respectable, un caractère d'unité dans le temps et d'existence dans l'espace qu'il possède rarement entre les mains capricieuses d'un lecteur solitaire." (Extrait d'Une histoire de la lecture, Actes sud, 1998)

Marie-Jo

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Patrick Chamoiseau
Texaco
Gallimard, 1992
[CHA]

Tout commence quand un urbaniste débarque dans un quartier de Fort-de-France : Texaco. Sa mission : diriger les travaux d'approche pour détruire le quartier insalubre. On le conduit chez Marie-Sophie Laborieux, vieille femme qui est aussi l'âme du lieu. Elle lui raconte alors l'histoire de Texaco. Ainsi, c'est par la parole qu'elle mène l'ultime combat contre les bulldozers, lutte pour la mémoire, lutte pour la survie.
Son récit a mille sources : Marie-Sophie - sa chair, ses amours, ses larmes - les siens, ses ancêtres - des histoires de rien du tout, la grande Histoire aussi, depuis les plantations esclavagistes jusqu'au spectacle implacable du développement urbain. Mais l'Histoire ici est vivante : conquête de la ville, découverte des mille et un "djobs" des plus démunis, elle se dit dans les mots d'amour d'Esternome, esclave affranchi, pour l'infidèle Ninon qui meurt dans l'explosion de la Montagne Pelée puis pour Idoménée l'aveugle.
"Dans ce que je te dis là, il y a le presque-vrai, et le parfois-vrai, et le vrai à moitié. Dire une vie c'est ça, natter tout ça comme on tresse les courbes du bois-côtelettes pour lever une case. Et le vrai-vrai naît de cette tresse."
On est saisi par la langue magnifique, à nulle autre pareille, de Chamoiseau, qui mêle le français et le créole, les fables, la voix de Marie-Sophie, du Marqueur de paroles, les commentaires de l'urbaniste… Le récit est comme un ensorcellement, vous n'y résisterez pas.

Marion

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Gabrielle Ciam
Le train de 5h50
Arléa, 2004
[CIA]

Tout commence par un hasard, un événement tout ce qu'il y a de plus banal : un homme et une femme, qui ne se connaissent pas, s'assoient face à face dans le train. Au début, il ne se passe presque rien : quelques regards, des jambes qui se frôlent… Mais bientôt ce trouble des corps devient indispensable à l'un comme à l'autre. Peu à peu, les gestes se font plus précis et les attentes plus exigeantes. Ces rendez-vous du matin vont bouleverser leurs vies. L'auteur décrit avec précision la violence du désir et l'attachement inattendu de deux êtres. Voilà un roman qui vous séduira par son audace.

Valérie G.

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Albert Cohen
Belle du Seigneur
Gallimard (Folio), 1968 (1998 pour la présente édition)
[COH]

On renoncerait volontiers devant l'épaisseur de l'œuvre (1109 pages). Excepté l'incontestable avantage pratique d'emporter un seul livre en vacances, pourquoi se risquerait-on à se lancer dans un tel pavé ? C'est juste que Belle du Seigneur est l'un des plus grands romans d'amour du XXème siècle.
Solal, "beau à vomir", cherche à séduire Ariane d'Auble. Déguisé en vieux Juif, pauvre et laid, il s'introduit chez Ariane. Naturellement la belle rejette l'être repoussant. Première leçon : l'amour ne tient qu'à trente deux dents bien blanches, bien alignées et cent quatre-vingts centimètres de viande. Puisqu'elle a refusé l'amour pur et désintéressé, Solal promet à Ariane de la séduire en deux heures, par les moyens ridicules qui font tomber toutes les femmes "en grand imbécile amour"...
Nous aussi on se laisse piéger par la justesse de l'écriture, de ce regard acerbe sur l'amour - le manège de la séduction, les dessous de la passion, les stratagèmes pour la faire durer, et le lent travail de l'ennui, du quotidien, du temps qui mine le couple. Mais ce qui tient aussi le lecteur en haleine c'est le style d'Albert Cohen qui épouse si bien les personnages, les divagations d'Ariane dans son bain, l'arrivisme et la paresse du mari, les calculs de la belle-mère obsédée par les convenances et les relations… C'est drôle, juste, bien écrit.
Au fait... Belle du Seigneur, ce n'est pas seulement l'un des plus grands romans d'amour du XXème siècle : c'est l'un des plus grands romans tout court.

Marion

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Joseph Conrad
La ligne d'ombre
Autrement, 1915 (1996 pour la présente traduction)
Traduit de l'anglais
[CON]

A la fin du XIXème siècle, dans l'archipel malais, un jeune homme quitte par pur caprice son poste de second sur un navire où il était apprécié de tous. Il veut retourner au pays. Il s'installe donc au Foyer du Marin, dans l'attente d'un bateau en partance pour l'Angleterre qui le prendrait comme simple passager. Mais bientôt, grâce au Capitaine Giles avec lequel il s'est lié d'amitié, il trouve son premier poste de Capitaine sur un navire qu'il doit rapatrier de Bangkok vers l'Angleterre. Ce sera pour lui l'occasion de franchir la ligne d'ombre qui sépare la jeunesse de la maturité.
Conrad nous prévient dans sa note - il faut toujours lire les notes de Conrad, elle sont partie intégrante de son œuvre - La ligne d'ombre n'a rien d'ésotérique et n'entretient aucun rapport avec un quelconque élément surnaturel. Même si Burns, le second, a une allure spectrale, même si l'équipage décimé par la malaria est fantomatique, l'intérêt de l'auteur est ailleurs. Comme souvent dans ses romans maritimes, ce qui l'intéresse, c'est le combat d'un homme, ici pratiquement seul, contre les éléments. Ici, ils représentent au plus près les tensions contradictoires qui habitent le jeune capitaine.
Surtout il y a le style inimitable de Conrad, que les traductions disponibles jusqu'à présent peinaient à rendre. La nouvelle traduction proposée par les éditions Autrement rend mieux ces successions de phrases très courtes qui débouchent sur des phrases amples et longues. Et puis, il y a cet art de l'ellipse, du non-dit (la dernière phrase du chapitre quatre est, à ce titre, exemplaire), qui fait que si La ligne d'ombre est un roman court, on peut le relire et y trouver chaque fois quelque chose de nouveau.

Emmanuel

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Alex Cousseau
Le cri du phasme
Le Rouergue (Do Ado), 2005
[COU]

Elliott, jeune adolescent, vit avec son père et son frère aîné. Il s'éloigne de ses copains de foot. Il s'enferme dans un mutisme, comme son père qui communique peu. Fragile, comme ses phasmes suspendus aux herbes dans le bocal, qu'il nourrit attentivement. Dans sa tête, des idées noires. Son corps, qui se transforme trop vite, l'encombre, entre mal être et déni de soi. Il est à ce moment de l'adolescence où tout peut basculer. Heureusement il y a ses amis Leïla et Sacha, sa guitare, et surtout le sourire de Romane. Un soir, Elliott entraîne ses compagnons à une fête en pleine campagne. Ils rejoignent un groupe qu'il a observé pendant plusieurs soirées. C'est pendant cette fête, dans une violence subite, qu'Elliott verse de l'essence sur lui et prend feu...

Muriel M.

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Jacques Derrida & Elisabeth Roudinesco
De quoi demain...
Dialogue

Champs Flammarion, 2001
[303.4 DER]

A partir de mots de Victor Hugo : "Tout aujourd'hui, dans les choses, dans la société comme dans l'individu, est à l'état de crépuscule. De quelle nature est ce crépuscule et de quoi sera t-il suivi ?", Jacques Derrida, philosophe, et Elisabeth Roudinesco, historienne, répondent ou plutôt, se questionnent tout au long d'un échange serré, exigeant.
Là, aucune vision catastrophe du monde actuel mais des réflexions pour un "à-venir". Une pensée mouvante, subtile et raffinée, constamment sur ses gardes, inquiète parfois tant elle semble à l'écoute.
Les sujets sont divers : la philosophie et l'héritage, la famille a-t-elle un avenir ? Quelle est la place du désir et de l'imprévisible, qu'est-ce que la liberté ? La peine de mort et le pardon, l'archive et l'antisémitisme, la psychanalyse...
Il y a là, une pensée de la résistance à la norme, à ce qui est balisé, calibré, programmé, résistance au pour et au contre, une pensée qui doute, infiniment ouverte à la "venue imprévisible et incalculable de l'autre" et constamment investigatrice.

Isabelle G.

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Virginie Despentes
Teen spirit
Grasset, 2002
[DES]

Paris, de nos jours.
Bruno, la trentaine, dépressif et agoraphobe (il n'est pas sorti de chez lui depuis deux ans), passe ses journées à glander devant la télé en faisant croire à sa compagne qu'il écrit un roman. Ce pitoyable cocon explose le jour où il apprend qu'il a une fille de treize ans, Nancy, grosse et mal attifée.
Virgine Despentes nous brosse un portrait croisé cru, percutant, incisif de Bruno désabusé et lucide sur ses propres faiblesses, et de sa fille, rebelle et vulnérable. Peu à peu, son regard sur l'adolescente se fait plus protecteur, plus chaleureux. Bruno fait face. La rencontre de ces deux-là les fait grandir.

Muriel R.