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Ursula
Le Guin
Terremer
Robert Laffont (Ailleurs et demain), 1972 (2001 pour la présente
édition)
Traduit de l'anglais (Etats-Unis)
[RSF LEG] |
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La
geste de Ged dit Epervier, qui de chevrier devient magicien, puis part
chercher les anneaux d'Erreth-Akbe dans les tombeaux d'Atuan où
il devra vaincre les Innommables, avant de voguer vers les confins du
monde connu pour restaurer la magie qui peu à peu disparaît
de Terremer dont elle était un des moteurs et dont elle préservait
l'équilibre.
Cela faisait bien quinze ans que je n'avais lu de fantasy, et près
de vingt que je voulais lire le classique d'Ursula Le Guin, publié
dans la même collection à la fin des années 70, et
qui n'était plus réédité depuis. C'est un
bonheur. Le livre est en fait constitué de trois romans qui ont
dû paraître séparément à l'origine. Le
quatrième s'appelle Tehanu et est publié à
part, mais je ne l'ai pas lu (ça viendra).
Les histoires sont bien construites (même si la troisième
flotte un peu, l'errance de Ged et de son apprenti au gré du vent
épousant un peu la fatigue et la vieillesse du personnage principal),
et ménagent des surprises (Ged n'apparaît qu'au milieu du
deuxième livre dont toute la première partie n'a rien à
voir avec le livre précédent, si ce n'est qu'elle contribue
à construire un univers cohérent et fascinant). Le style
n'est pas emphatique comme il peut parfois l'être dans les romans
de fantasy. C'est même un style assez factuel, voire réaliste,
et la magie est envisagée comme une technique, un savoir, quelque
chose de très pragmatique, sans démons ni autres créatures
ou forces, obscures ou non.
On peut établir un parallèle entre les magiciens de Terremer
dont l'art est basé sur les mots (ils savent le vrai nom des choses,
et c'est grâce à ce nom que les choses leur obéissent
- "spell" en anglais signifie "épeler" mais
aussi "enchanter") et l'écrivain, qui peut en quelques
mots provoquer la tempête ou ramener le calme sur la mer.
Emmanuel
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Thierry
Lenain
HB
Sarbacane, 2003
[LEN] |
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HB
pour human bomb : la bombe humaine.
En 1993, Erick Schmitt, cagoulé et bardé d'explosifs, prend
en otage une classe de maternelle à Neuilly-sur-Seine, un acte
tragique dont il sera lui-même la victime puisqu'il sera quelques
jours plus tard, tué dans son sommeil par les policiers.
Charles Pasqua, alors ministre de l'intérieur, dira : "Le
monstre est mort".
Au moment de l'annonce de cette mort, j'étais dans une épicerie
de mon quartier, l'épicier dont je ne connaissais que la constante
affabilité, se défigura, criant plus fort que la radio :
"Bien fait, il faut les tuer, oui, la peine de mort pour ces gens-là".
Des années plus tard, la rencontre avec le livre de Thierry Lenain
fut pour moi comme une reconnaissance, ce fait divers surmédiatisé
où tout et tous désignaient le salaud, l'immonde, m'avait
laissé un sentiment confus et dégoûté.
Sans occulter la souffrance des enfants retenus en otage, l'angoisse des
parents, leur peur, il nous parle aussi de la douleur du preneur d'otages,
qui, quelques heures avant sa mort, écrivait : "Prisonnier
de mes rêves les plus fous, je suis mal assis sur une chaise de
bambin... Alors, revenons à cette mort dont je sens à peine,
mais sûrement, la faux s'affûter sur ma nuque. Mort je le
suis, il fallait l'être, je m'y suis préparé..."
Thierry Lenain, sans faire appel à la pitié, la compassion
ou la haine, nous rappelle qu'on ne peut avoir une lecture unique de ce
que certains désignent comme la réalité, qu'il est
rapide et facile de s'enfermer dans une vision monolithique et consensuelle.
Dans ce mélange entre conte et fait divers, il apparaît clairement
que les degrés de lecture sont divers, ainsi se révèle
une autre histoire dans l'histoire, d'autres choses font sens qui nous
avaient échappé ou que l'on n'aurait osé penser.
C'est un texte exigeant, précis et très sensible qui donne
à réfléchir.
De HB, human bomb, Thierry Lenain nous emmène jusqu'à
HB, human being : être humain.
Pour tout public, à partir de 9 ans.
Isabelle
G.
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Edouard
Levé
Autoportrait
POL, 2005
[LEV] |
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Première
phrase du livre : "Adolescent, je croyais que La vie mode d'emploi
m'aiderait à vivre, et Suicide mode d'emploi à mourir."
Dernière phrase du livre : "Le plus beau jour de ma vie est
peut-être passé."
Entre les deux, des centaines de phrases à la première personne
dessinent petit à petit un véritable autoportrait d'Edouard
Levé. Qu'il s'agisse de souvenirs personnels, de réflexions
diverses, ou d'anecdotes, l'auteur, également photographe, s'en
tient à un compte rendu factuel, clinique même, totalement
dénué de pathos. Le résultat n'est pas du tout ennuyeux,
mais au contraire agit sur le lecteur comme un miroir et déclenche
toute une rêverie sur lui-même et les autres. Qu'est-ce qui
fait que l'on connaît vraiment quelqu'un ?
Avec cet Autoportrait, Edouard Levé invente une nouvelle
forme littéraire. C'est une réussite, un livre qui plaira
aux amateurs de Georges Perec et de listes en tous genres. Si c'est votre
cas, prenez également Inventaires
à bascule, pour mémoire de Sarah D'Haeyer
et Dominique Gilliot.
Marie-Christine
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Thomas
Mann
Mario et le magicien
Grasset, 2002 (pour la présente édition)
Traduit de l'allemand
[MAN] |
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La
nouvelle Mario et le magicien se déroule dans l'Italie des
années 30, à Torre di Venere, où le narrateur et
sa famille passent quelques semaines de vacances à la fin de l'été.
Dès le premier paragraphe, l'auteur nous prévient : "La
fin fut effroyable (il nous parut après coup qu'elle était
déterminée d'avance dans la nature des choses) et le malheur
voulut encore que les enfants y assistassent."
La préface du recueil nous éclaire sur les conditions de
la création de la nouvelle. Ainsi donne-t-elle également
des pistes d'interprétation.
Les questions autour de la liberté individuelle - au centre du
récit - sont accompagnées par des commentaires critiques
et ironiques dont l'auteur ne s'exclut pas.
On ferme ce livre avec un sentiment de soulagement. Le propos sur la manipulation
de l'esprit est toujours actuel et dérangeant. Alors que les médias
nous bombardent de slogans, d'idées toutes faites, prêtes
à la consommation, encore aujourd'hui, nous devons sans cesse nous
interroger sur notre libre arbitre.
Eva
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Leïla
Marouane
La jeune fille et la mère
Seuil, 2005
[MAR] |
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"C'est
l'histoire d'une jeune fille dans une famille modeste du sud-algérien.
Djamila a des comptes à régler et elle ne s'en prive pas.
Fille rebelle, elle se révolte contre sa famille et surtout contre
sa mère. Elle ne veut pas lui ressembler, à elle qui n'a
d'autre droit que de faire des enfants tous les ans, que d'être
battue, bafouée, violée, répudiée, honteuse
de mettre au monde des filles.
Toute jeune, Djamila ne rêve que d'étudier le français,
comme son amie qui passe ses vacances en France. Elle rêve d'amour,
de plaisir sexuel. Avec un langage cru, elle nous livre ses fantasmes,
les plaisirs défendus auxquels elle s'adonne seule, honteuse, traumatisée
par sa mère qui surveille sa virginité régulièrement
à la loupiotte. Mais les menaces de l'interdit attirent Djamila.
Surprise par son père dans un parc, nue, s'offrant à un
jeune ébéniste, Djamila bouleverse les projets paternels.
On l'a promise en mariage ; malgré le certificat de virginité,
ce mariage ne se fera pas. Sa vie devient un enfer. Sa mère ne
lui pardonnera jamais. Elle deviendra son bourreau et dans sa folie meurtrière,
victime du qu'en-dira-t-on, elle ne fera que punir cette fille qu'elle
nomme "craquelure de pisse".
De son coma profond, Djamila reviendra et gagnera son combat : le droit
d'étudier en France, de vivre en tant que femme, d'être une
personne à part entière. Un roman au langage provocant,
choquant, une implacable mise à nu.
Arlette
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Yann
Martel
L'histoire de Pi
Denoël (Denoël et D'ailleurs), 2003
Traduit de l'anglais (Canada)
[MAR] |
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Pi,
c'est le surnom que s'est choisi le fils du directeur du zoo de Pondichery
qui s'était vu affublé par ses parents d'un prénom
plutôt difficile à porter : Piscine Molitor Patel. La famille
de Pi décide de déménager au Canada avec armes et
bagages dont une bonne partie du zoo. Or, le cargo fait naufrage au large
des côtes indiennes. Pi, par un curieux hasard, se retrouve seul
survivant à bord d'un canot. Enfin, seul, pas tout à fait,
car il ne tarde pas à découvrir qu'à son bord se
trouvent également un zèbre, un orang-outang, une hyène
et
Richard Parker, un tigre du Bengale pesant ses deux cents kilos
de muscles !
Il faudra donc que notre jeune Indien pratique la cohabitation avec le
dangereux carnassier en même temps qu'il lui faudra apprendre la
survie en haute mer et son principal ingrédient : la patience.
L'histoire de Pi est donc un fabuleux roman d'aventures digne de
Daniel Defoe. Mais il y a plus car cette histoire prend souvent l'allure
d'une fable mystico-philosophique. En effet, le jeune héros est
fasciné par Dieu si bien qu'il adopte et pratique les trois grandes
religions : musulmane, chrétienne et bouddhiste.
Présentant le récit comme une histoire vécue et rapportée,
l'auteur s'amuse à nous faire naviguer entre rêve (l'épisode
onirique de l'île aux suricates en témoigne) et réalité
à tel point que l'on se demande souvent si cette histoire est réelle
ou non. Il faut dire qu'elle paraît fort plausible car Yann Martel
s'est autant documenté sur les religions, sur la zoologie et la
psychologie animale que sur la survie en mer
Adoptant tour à
tour un ton pragmatique, léger, humoristique ou grave, l'auteur
excelle dans tous les registres et c'est à regret que l'on quitte
les personnages de Pi et de Richard Parker.
Les critiques sont unanimes et ne tarissent pas d'éloges sur ce
roman dont le texte est en cours de traduction dans plus de quarante pays
et pour lequel Yann Martel a reçu le prestigieux Booker Prize en
2002. Rarement, à mes yeux, un best-seller aura aussi bien
mérité sa réputation. Mais c'est à vous de
juger à présent...
Isabelle
B-C
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Roger
Martin du Gard
Les Thibault
Gallimard (Folio), 1922 à 1938 (2003 pour la présente édition)
[MAR] |
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Les
Thibault, récemment
adapté pour la télévision, est une saga familiale
comme la littérature française les affectionne.
On y raconte le destin de deux frères, dans les années 1900,
que séparent dix années et un rapport au monde très
différent.
Antoine, l'aîné, est un jeune médecin ambitieux, confiant
dans son avenir et le monde tel qu'il va. Mais son regard évolue
au cours des années et des rencontres, et sans perdre sa confiance,
il gagne en humanité et en richesse. L'antipathique jeune médecin
devient au fil des pages un homme de cur.
A l'inverse, Jacques, brillant mais révolté, aspire à
un absolu que son père, austère bourgeois, lui interdit.
Sa révolte contre son père et, à travers lui, son
milieu, le mènera dans les cercles les plus divers, de l'avant-garde
littéraire aux socialistes genevois avant que de le perdre tout
à fait.
On suit donc ces deux personnages et leur entourage au cours des années
qui précèdent la guerre. Les parcours sentimentaux, intellectuels,
professionnels et spirituels des deux frères permettent à
l'auteur de dire l'aveuglement de ce qu'Aragon appellera " les passagers
de l'impériale ", ces bourgeois enivrés par la frénésie
d'une Belle Epoque à bord d'un omnibus dont le cheval s'est emballé.
Roger Martin du Gard, qui fit la guerre de 14, n'écrit pas sur
elle, mais l'épilogue du roman nous permet de voir combien elle
a affecté les hommes et le monde ; et comment ces hommes, diminués,
ont laissé les femmes, habituées à vivre sans eux,
prendre en main leur destin.
Le livre, paru entre 1922 et 1938, est le fruit d'une autre époque
troublée, et valut à son auteur le prix Nobel en 1938.
Luc
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Pépito
Matéo
Pépito Matéo raconte "Urgence"
Paradox (Conteur en scène), 2003
[MAT] |
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Pépito
Matéo est un conteur amoureux des mots et des histoires dont il
tire des contes merveilleux.
Ce livre est le texte de l'un de ces derniers spectacles où il
nous entraîne dans l'univers des urgences d'un grand hôpital
parisien. Le personnage principal c'est vous, vous arrivez aux urgences
avec un panaris dont vous aimeriez très vite vous débarrasser.
En effet, si vous êtes aux urgences c'est que vous êtes pressé
mais le temps d'une nuit vous allez rencontrez d'autres souffrances, d'autres
attentes. De fil en aiguille, vous pénétrerez dans l'intimité
de tous ces gens assis à côté de vous dans la salle
d'attente et cette nuit sera pour vous une véritable métamorphose.
Pépito Matéo a une vision très moderne du conte,
ces histoires partent d'éléments bien concrets, ancrés
dans le quotidien, pour aller de plus en plus loin dans l'imaginaire et
le farfelu. Pour ce spectacle, il voulait concevoir une métaphore
du monde actuel, évoquer des personnages en souffrance et il a
choisi les urgences comme concentré de vie. Avec un humour décalé,
truffé de jeux de mots, il nous fait vivre des situations tantôt
drôles tantôt tragiques mais toujours émouvantes.
Laetitia
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Patricia
Melo
Acqua-Toffana
Actes Sud, 2003
Traduit du portugais (Brésil)
[MEL] |
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La
rançon du succès... Après L'Eloge du mensonge,
paru en 2000, et Enfer, paru en 2001, Actes Sud édite le
premier roman de Patricia Melo. Ecrit en 1994 et encore jamais traduit,
Acqua-Toffana met en place un univers romanesque très actuel,
très cru, centré sur la violence urbaine.
Deux parties, très distinctes, ont pour seul fil conducteur un
étrangleur qui sème la terreur dans le quartier de Lapa.
Une jeune femme se rend au commissariat de Rio pour dénoncer son
mari qu'elle croit être le dangereux psychopathe qui viole, assassine
des femmes et leur arrache le sein. Dans un long soliloque haché,
paranoïaque, la jeune femme déballe les vicissitudes de son
mariage, exhibant des fantasmes mortifères comme un dernier rempart
avant la désagrégation de son couple.
La deuxième partie explore le désir de meurtre. Un employé
de mairie sans histoire, deux enfants et marié depuis vingt-trois
ans rencontre sa voisine dans l'ascenseur. Dès lors, sa vie bascule,
il n'a d'autre obsession que d'assassiner cette femme obèse, pathétique
et ridicule.
Racontés avec humour, cynisme et cruauté, ces deux récits
donnent à voir des personnages au bord du précipice, dans
un monde de violence et de solitude. Pas de larmes, pas de pitié,
une touche de plus à la peinture du Brésil selon Patricia
Melo, des couples qui se disloquent sur fond de chaos universel... Mais
la vie continue !
Janick
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James
Morrow
En remorquant Jehovah
J'ai Lu, 1995
Traduit de l'anglais
[RSF MOR] |
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"Nous
tissons un filet dans l'océan même, Popeye. En laissant de
grands trous. Mais grand est le poisson." Pour être grand...
Dieu est mort et Son cadavre de 3 kilomètres de long, tombé
des cieux, dérive dans l'océan.
Dans le plus grand secret et à la barre d'un pétrolier reconverti
pour l'occasion en Saint remorqueur, le capitaine Anthony Van Horne et
sa fine équipe se voient chargés de récupérer
et tracter Sa dépouille jusqu'au pôle, où les anges,
dans un dernier sursaut de vie, ont aménagé une sépulture
à Sa taille.
Mais la disparition de Dieu et de Ses Saints ne passe pas inaperçue,
surtout lorsque ceux-ci viennent finir leurs jours sur Terre avec plumes
et bagages...
Face à une crise mystique frappant les hommes de toutes convictions,
sauront-ils ne pas perdre le nord ?
Sophie
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Achille
F. Ngoye
Sorcellerie à bout portant
Gallimard (Série noire), 1998
[RP NGO] |
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"TSHAM
TUE PAR CAMION MILITAIRE STOP ENTERREMENT SAMEDI STOP BELLE-SOEUR MAISHA
FULL-STOP"
Kizito, installé depuis quinze ans en Europe, rentre au Zaïre
pour prendre en charge les funérailles de son frère. Mais
la mort "idiote" de son baroudeur de frère, capitaine
d'un corps d'élite, lui semble de plus en plus suspecte à
mesure qu'il entreprend de comprendre les circonstances du décès.
D'autant que tout le monde s'évertue à lui mettre des bâtons
dans les roues.
A Kinshasa, un désordre indescriptible règne et au cas où
Kizito aurait oublié les " usages " de son pays, il est
vite replongé dans l'ambiance en se faisant dépouiller par
les douaniers dès son arrivée. Le lecteur l'accompagne dans
sa (re)découverte du Zaïre chaotique des années 90.
Mais cette société destructurée garde des liens forts
avec ses traditions et à une simple affaire de pouvoir et d'argent
viennent se greffer des pratiques de sorcellerie...
Un rythme soutenu, une écriture qui mêle argot français
et expressions typiquement zaïroises, une description sans concession
du cynisme des dirigeants du pays (Achille F. Ngoye a dû fuir son
pays pour sauver sa peau), une immersion totale dans le mode de vie de
la population, tout cela nous donne un bon polar "à l'africaine"...
Bruno
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Chimanda
Ngozi Adichie
L'Hibiscus pourpre
Anne Carrière, 2004
Traduit de l'anglais (Nigeria)
[NGO] |
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Kambili,
du haut de ses quinze ans, nous entraîne dans l'histoire de sa famille
mais aussi dans celle du Nigeria actuel. Son père, Eugène,
est un riche notable respecté et admiré par la communauté
pour son engagement politique car il est à la tête du seul
journal indépendant du pays. C'est aussi un fondamentaliste catholique
intransigeant qui ne conçoit aucun écart de conduite de
la part de ses enfants. Il se révèle véritable tortionnaire
envers sa famille (certaines scènes sont d'autant plus terribles
que décrites sans fioritures ni sentimentalisme, renforçant
l'impression de violence ordinaire). Un coup d'Etat l'oblige à
envoyer Kambili et son frère Jaja chez leur tante. Ils découvrent
qu'il existe une vie en dehors de la prière, des devoirs scolaires
et du "temps familial", activités qui leur sont imposées
chez eux. Ils s'ouvrent au monde et tandis que, pour Jaja, cela se traduit
par une conscience politique et une volonté de fuir son pays, Kambili,
elle, connaît les prémices de l'amour en se rapprochant du
père Amadi, prêtre favori de ses cousins. En s'attachant
à la personnalité de Kambili, l'auteur nous donne à
voir une peinture très fine de ses sentiments, partagés
entre son amour filial (et notamment la volonté de ne jamais décevoir
son père) et son désir d'émancipation.
Saluons ce premier roman qui, s'il ne laisse entrevoir que quelques aspects
historiques et politiques du Nigeria, aborde toutefois une question d'actualité
: l'intolérance religieuse. Où l'on se rend compte que l'intégrisme
n'est pas l'apanage d'une seule religion. Où l'on découvre
aussi l'ambivalence d'un homme, prônant le Bien au nom de son Eglise
et semant le Mal autour de lui.
Bouleversant, courageux et honnête.
Isabelle
B-C
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Maggie
O'Farrell
Quand tu es parti
Belfond, 2000
Traduit de l'anglais (Irlande)
[OFA] |
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Peut-on
écrire un roman d'amour en parlant précisément de
la perte de cet amour? La réponse est oui si l'on en croit le livre
terriblement émouvant et juste de Maggie O' Farrell Quand tu
es parti.
Dans ce premier roman, l'auteur irlandaise évoque la vie sentimentale
et la complexité des liens familiaux autour de la personnalité
d'Alice Raikes, une jeune femme au caractère bien trempé
qui n'aspire qu'au bonheur
Par de subtils retours en arrière,
l'auteur met tour à tour en lumière l'enfance et la vie
d'adulte d'Alice, sa mère, sa grand mère ou ses surs.
Les hommes aussi sont présents mais essentiellement dans leurs
relations avec les femmes. Maggie O'Farrell réussit à merveille
cet exercice périlleux d'allers-retours, mêlant passé
et présent, jouant sur plusieurs registres, passant de la première
personne au récit avec la même intensité
Mais
la prouesse ne s'arrête pas à cet exercice de style. La vraie
force de ce roman est son incroyable capacité à nous faire
ressentir les émotions des personnages. On partage leur bonheur
et on plonge dans l'abîme insondable de la douleur de la perte de
l'être aimé, sans jamais se complaire dans un mélodrame
larmoyant.
Isabelle
B-C
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Grigori
Petrov
Les voisins
Phébus, 2004
Traduit du russe
[PET] |
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Dix
voisins dans un grand immeuble de Moscou, dix histoires sur la Russie
d'hier et d'aujourd'hui. A chaque fois, le héros est confronté
aux difficultés de la Russie actuelle (pauvreté, alcoolisme,
chômage, corruption...) et doit tenter de survivre par tous les
moyens. A chaque fois aussi, le héros se réfugie dans une
histoire ou une légende ancienne de la grande Russie. Toute une
époque glorieuse est ici disséquée au travers de
contes ou d'anecdotes où l'on croise Catherine II, Gogol, Pouchkine
et bien d'autres illustres personnages de la grande Russie des tsars.
Car l'intérêt du livre est ici : démontrer que la
Russie d'aujourd'hui, bien que soi-disant embourbée dans on ne
sait quel chaos, reste toujours égale à elle-même.
Ses héros n'ont pas changé et ne changeront sans doute jamais.
La Russie se nourrit sans cesse de la grandeur de ses personnages mythiques
que les Russes n'hésitent pas à faire intervenir dans leurs
problèmes quotidiens.
A la fois livre historique, fantastique et anecdotique, il vous comblera
si toutefois vous n'avez pas peur d'affronter la Russie et de multiples
histoires enchevêtrées dans l'espace et dans le temps.
Cyril
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Chaïm
Potok
La harpe de Davita
Buchet Chastel, 1985
Traduit de l'anglais
[POT] |
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Fuyant
l'Europe tourmentée des années 20, une émigrante
juive polonaise s'établit à New York et y rencontre Michael
Chandal, journaliste et chrétien non croyant. De leur amour naîtra
Ilana Davita Chandal.
Ce livre est son histoire racontée par elle-même, telle est
l'illusion à laquelle Chaïm Potok arrive si admirablement
à nous faire croire. Bien qu'étant encore une enfant, Davita
suit le fil de ses souvenirs. Elle tente de retrouver les liens qui l'unissaient
à chacun de ses parents tout en se révélant un peu
du mystère de leur union. Victime de la xénophobie ambiante,
la famille doit déménager de nombreuses fois jusqu'à
ce qu'elle soit tolérée dans une communauté juive.
L'Atlantique traversé, Hitler et Mussolini exercent leurs pleins
pouvoirs, la guerre d'Espagne est sur le point d'éclater. Face
à la menace d'un monde en pleine mutation, Davita n'a de cesse
de comprendre ce qui l'entoure. Alors que ses parents militent activement
contre la montée du fascisme, elle cherche des réponses
et parfois trouve un adulte qui l'écoute, comme Jakob Daw. Grâce
à ses histoires allégoriques, elle se compose un jardin
secret. Plus tard, par désarroi, Davita, (au grand désespoir
de sa mère qui ne souhaite pas que sa fille fasse la même
expérience qu'elle), se réfugiera dans la religion juive
en l'étudiant à l'égal des garçons.
Tranche de vie foisonnante où la sonorité d'une harpe agit
comme un talisman tandis qu'une petite fille grandit sous nos yeux.
Marie-Jo
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Alexandre
Pouchkine
Eugène Onéguine
Gallimard (Folio Classique), 1848, (1996 pour la présente traduction)
Traduit du russe
[P POU] |
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Attention
! Ce livre est fabuleux, extraordinaire, délirant, drôle,
dramatique, foisonnant, étonnamment moderne, en même temps
classique, échevelé, emporté, nostalgique, optimiste,
russe. C'est le meilleur bouquin que j'ai lu depuis dix ans, au bas mot.
En même temps, j'ai pas eu trop de mal à le trouver, c'est
le roman fondateur de la littérature russe, le premier écrit
en vrai russe qui tâche, salué par tout le monde, de Tolstoï
à Nabokov, j'en passe et des meilleures. Il eut été
étonnant de tomber sur un truc inintéressant.
Alors oui, c'est un roman en vers. Dit comme ça, ça peut
faire peur, mais c'est en fait un atout. Pressé par l'économie
stylistique du vers, Pouchkine ne se répand pas, il va directement
à l'essentiel, multiplie les formules et les aphorismes bienvenus,
divague, digresse, revient au point en deux lignes, ça bouge, ça
remue, ça coule, c'est vivant. La traduction de J.-L. Backès
nous restitue un texte qui vibre, qui respire, qui chante, qui vit. C'est
beau, c'est bien et dès qu'on l'a fini on n'a qu'une envie, le
relire, parce qu'on se dit qu'emporté par son élan on a
bien dû laisser deux trois choses de coté. Rare !
Emmanuel
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