Edmond Baudoin, Fred Vargas
Les quatre fleuves
Viviane Hamy, 2000
[BD BAU]

Comme les univers de Vargas et de Baudoin s’harmonisent bien ! Baudoin réussit même l’exploit de rendre toute l’ambiguïté du physique du commissaire Adamsberg, personnage récurrent, séducteur chiffonné.
On n’est pas ici dans le politiquement correct, le héros est un petit braqueur qui se trouve confronté à bien plus fort que lui. Mais on s’attache vite à ce jeune teigneux, à son père (enfin, l’est-il vraiment ?), à ses frères disparates, tous liés entre eux par une loyauté viscérale.
On regrette de s’arracher trop vite à cette famille hors-norme, et visiblement, Adamsberg aussi, qui continue à roder autour d’eux bien après que tout soit dit.

Muriel R.

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Clair de Bulle
Bulle d'air

Etienne Davodeau
Les mauvaises gens
Delcourt, 2005
[BD DAV]

Enquêter sur le passé militant de ses parents, pour un auteur, n'est pas chose aisée.
Lorsque Etienne Davodeau décide de plonger dans l'histoire militante de ses parents, il en ressort quelques temps et pages après avec, tenez-vous bien, une belle BD, comme on en lit si peu.
Grâce à son grand talent et à travers ses dessins et son texte, Davodeau nous immerge dans cette région des Mauges, au sud de la Loire, là où sont nés ses parents.
Dans ce coin de la France rurale, dominé par l'Eglise et le patronat, Marie-Jo et Maurice, les parents de l'auteur, apprennent à résister et mènent les luttes pour améliorer la vie des leurs. Un parcours militant qui les mènera des premières luttes syndicales dans les années 1950, à l'adhésion à la jeunesse ouvrière chrétienne, de l'apprentissage de la religion à l'église, aux premières grèves à l'usine de chaussure, du combat de tous les jours pour l'épanouissement à travers la troupe de théâtre, le club de foot, le centre de loisirs, la mobilisation pour la construction d'un lycée public dans les Mauges, à Mai 1968 et qui finit, en 1981, devant la télé, le soir de l'élection de François Mitterrand, nouveau Président de la République Française.
Ce soir-là ses parents se disent : "le plus dur est derrière nous ». Davodeau nous apprend aussi que sa première BD publiée l'a été sous forme de tracts illustrés du « comité pour un lycée public dans les Mauges rurales".
Les mauvaises gens, ce sont Marie-Jo et Maurice, ses parents, ainsi que tous les autres militants dans cette région catholique et ouvrière, qui ont mené le combat pour une vie meilleure.
Quand on tourne la dernière page et que l'on ferme cette bande dessinée, on est ravi de cette plongée dans cette époque racontée en noir et blanc mais qui nous emplit le coeur de couleur. De l'histoire militante de ses parents Davodeau fils a fait une belle fresque.
Les Mauvaises gens, une belle BD à lire. Un très bon moment de lecture qui nous réconcilie avec la lecture plaisir.

Mohamed

Il en fallait du culot pour mettre en mots et en images la jeunesse de ses parents. Etienne Davodeau a eu cette audace et il en résulte un hommage filial plutôt émouvant ; en toile de fond, l'histoire de ces militants de base, qui ont nourri l'espoir d'une autre vie.
Marie-Jo et Maurice sont nés dans le Maine-et-Loire, dans cette région appelée "les Mauges" par les gens du cru. En 1956, Marie-Jo est âgée de quatorze ans. Issue de milieu modeste, elle rentre à l'usine : neuf heures par jour à fabriquer des talons de chaussures. "Rapidement j'ai été capable de travailler plusieurs heures sans y penser du tout. J'étais absente à moi-même."  Maurice, lui, découvre la mécanique le jour de ses quatorze ans, également pour aider sa famille. Le mouvement de la Jeunesse Ouvrière Chrétienne d'abord, et le syndicat ensuite, offrent un espace de paroles à ces ouvriers sans considération. Le dessin précis, épuré est particulièrement expressif quand il s'agit de représenter un visage. A remarquer le portrait touchant de la mère, les yeux baissés, avouant à son fils : "Tu sais, on faisait de grosses journées. Le travail était abrutissant. On éprouvait un besoin très fort d'en parler entre nous."
Allez-y voir de plus près ou parlez-en à Bruno, bibliothécaire bédéphile passionné de la section adulte.

Marie-Jo

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bdparadisio

Marjane Satrapi
Broderies
L'Association, 2003
[BD SAT]

Après Poulet aux Prunes, histoire romantique et mélancolique, Satrapi revient à ce qui, en partie, avait fait le succès de Persepolis.
Marjane se retrouve au milieu d’une bande de bonnes femmes, familles ou amies, et nous fait partager les petits secrets de ces conversations pas toujours très sages.
Commérages, confessions, on apprend sûrement beaucoup sur les mœurs réelles qui ont cours dans les pays où la parole des femmes est réprimée, en l’occurrence en Iran.
De l’adultère à la chirurgie esthétique en passant par leur rapport au monde occidental et à la sexualité, on s’étonne de la liberté de ces conversations futiles.
On rit, on est choqué, effaré, amusé, en tout cas on passe un bon moment en leur compagnie et on en profite pour se débarrasser de l’image poussiéreuse qu’on se faisait de l’intimité de ces femmes voilées et opprimées.

Barbara

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