Guillermo Arriaga
L'escadron Guillotine

Phébus, 2004
Traduit de l'espagnol (Mexique)
[ARR]
Alors que la Révolution fait rage dans le Mexique du début du XXème siècle et que les deux camps s'écharpent à tout va, Feliciano Velasco a l'idée de remettre en service une guillotine itinérante qui lui assurerait richesses et notoriété. Mais son commerce qu'il pensait lucratif lui vaut un enrôlement forcé dans l'armée de Pancho Villa. Nommé capitaine, il forme avec ses deux anciens assistants "l'escadron Guillotine", arme terrible de Villa sensée représenter l'intransigeance du chef de guerre.
Nous voilà plongés dans ce monde de brutes aux côtés du "licenciado" Velasco, petit bourgeois arriviste qui ne cherchait qu'à s'enrichir et qui se retrouve malgré lui au cœur du conflit.
C'est une vison très noire et sanguinaire de cette épopée mexicaine, tellement cynique qu'on ne peut s'empêcher de sourire devant les outrances des massacres et la dureté des guerriers qui n'a d'égale que leur bravoure et leur inconscience. Bien sûr, l'auteur joue de ce malaise en introduisant le personnage de Velasco totalement perdu dans cet environnement et en alternant mésaventures cocasses et férocité des combats. Arriaga cherche à nous faire perdre nos repères et il y arrive à merveille.

Bruno

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EDITIONS PHEBUS

Alessandro Baricco
Novecento : un pianiste

Gallimard, 1994
Traduit de l'italien
[BAR]
Novecento, de son vrai nom Danny Boodmann T.D. Lemon Novecento est né sur un des transatlantiques qui sillonnaient l'océan au début du siècle dernier, apportant son lot de migrants sur ce continent qui faisait alors rêver tout le monde : l'Amérique. Personne ne connaît ses parents, ce que l'on sait, c'est qu'il fut trouvé dans une boite en carton posée sur le piano de la salle de bal des premières classes du Virginian, et qu'alors il ne devait pas avoir plus de dix jours. Peut-être ses parents pensèrent-ils que, pris de pitié, quelques bourgeois le prendraient et l'adopteraient... peine perdue, c'est un des marins du Virginian qui le prendra sous son aile. Par contre, il deviendra pianiste, le plus grand des pianistes, inventant et réinventant sans cesse les possibilités de son instrument. Mais ce n'est pas devant des foules en délire qu'on avait l'occasion de le voir et de l'écouter, non, car jamais il ne mit pied à terre. Né sur un bateau, il n'en descendit jamais. Le monde, c'est au travers des autres qu'il le découvrait, au travers de tous ces passagers qui se succédèrent de traversées en traversées.
Ce n'est pas un roman, pas vraiment une pièce de théâtre, c'est entre les deux, ou peut-être ailleurs. Il y a du bonheur, de la jubilation, énormément d'humanité dans ce texte. Cela fait partie de ces livres que l'on a immédiatement envie de partager, de donner à lire, et de relire, pour soi, pour les autres. Au travers de Novecento, Baricco exprime sa passion pour les mots, pour la musique, avec ce point d'orgue qu'est le duel entre Jelly Roll Morton (qui se prétendait l'inventeur du jazz) et Novecento, moment d'anthologie parfaitement exprimé et maîtrisé par l'écriture de Baricco. On entend les notes défiler, on frissonne, on retient son souffle… et on a presque envie d'applaudir.

Fabrice

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Critiques ordinaires
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Charles Bukowski
Souvenirs d'un pas grand-chose

Traduit de l'anglais (Etats-Unis)
Grasset, 1985
[BUK]
Pendant vingt-cinq ans, Bukowski écrit des nouvelles, de la poésie et il travaille à la poste. Le lendemain de sa démission, il commence la rédaction de son premier roman, Le postier (1971), très largement autobiographique, comme tous ceux qu'il écrira ensuite. Bien que publié dix ans après, Souvenirs d'un pas grand-chose relate une période antérieure : l'enfance et l'adolescence de Bukowski dans un quartier populaire de Los Angeles, ou plus exactement celles d'Henry Chinaski, son double romanesque. Et ce livre est sans conteste une très bonne entrée en lecture dans l'univers de Buk. C'est très facile à lire, c'est drôle, d'une désarmante sincérité, et pourtant c'est une jeunesse plutôt lamentable.
Dès la primaire, le petit Henry (Hank pour les intimes) se fait régulièrement frapper à coups de ceinture par son père, un véritable despote qui lui interdit de jouer avec les gosses du quartier. Henry aura donc une enfance solitaire, avec pour seuls compagnons, d'autres exclus comme lui. Très tôt, en compagnie de l'un d'eux surnommé "Le Chauve", il découvre l'alcool et ses effets. C'est une révélation : "J'allais de tonnelet en tonnelet. C'était vraiment magique. Pourquoi est-ce qu'on ne m'en avait pas encore parlé ? Comme si avec ça, la vie n'était pas géniale ? Comme si avec ça, l'homme ne devenait pas parfait ! Plus rien ne pouvait l'atteindre."
Quelques années plus tard, Hank fait la deuxième grande découverte qui va marquer toute sa vie : les livres. Il devient un lecteur assidu à la bibliothèque de son quartier : "Tous ces livres qui m'arrivaient dessus ! Un livre conduisait à un autre. Arriva Dos Passos. Pas très bon, non, vraiment, mais assez bon quand même. (...) Et puis ce fut Hemingway. Quels frissons ! En voilà un qui savait pondre ses lignes. Quel plaisir ! Les mots n'étaient plus ternes, les mots étaient des choses qui pouvaient vous faire chantonner l'esprit. Il suffisait de les lire et de se laisser aller à leur magie pour pouvoir vivre sans douleur et garder l'espoir, quoi qu'il arrive."
Garder l'espoir, justement, Hank va en avoir besoin. Vers quinze ans, l'acné s'abat sur tout son corps avec une telle violence qu'il doit arrêter sa scolarité. Pendant plusieurs mois, il va à l'hôpital se faire percer ses pustules et vit une longue période de réclusion. Il écrit alors sa première nouvelle et fait la troisième découverte essentielle de son existence : il aime écrire.
A dix-sept ans, il reprend les cours et boit régulièrement. Il finit par quitter la maison de ses parents et vivre de petits boulots desquels il se fait vite renvoyer.
Le récit touche à sa fin mais l'essentiel de l'univers de Buk est là : l'alcool, la solitude, les livres, l'écriture, Los Angeles, le rejet du travail, l'apparente grossièreté qui masque une grande sensibilité. Seules manquent les femmes, bien présentes pourtant dans ses autres textes.

Marie-Christine

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genresmineurs

Jonathan Coe
Le Cercle fermé

Gallimard, 2006
Traduit de l'anglais
[COE]
Vous vous souvenez certainement de la famille Trotter, dont l'histoire nous est racontée dans Bienvenue au club. Ils vivent à Birmingham dans les années 70. Lois Trotter, muette et traumatisée par la mort de son fiancé dans un attentat, Benjamin, lycéen au King's College et Paul, son jeune frère, ainsi que de nombreux personnages qui désormais incarnent les 70's en Angleterre. Jonathan Coe les a laissés ce jour de 1979 où Thatcher remporte les élections et où Benjamin espère dans l'amour qu'il porte à Cicely.
Le Cercle fermé ne reprend pas l'histoire là où elle s'est arrêtée, mais autour des années 2000. Car Jonathan Coe après avoir brossé les années 70 dans Bienvenue au club, les années 80 dans le Testament à l'anglaise, s'attaque à notre époque avec les personnages que nous avons laissés en 1979.
Paul, tenté dans sa jeunesse par le National Front, est aujourd'hui un jeune député travailliste fasciné par Tony Blair.
Doug Anderton, un brillant éditorialiste mais dont les chroniques engagées déplaisent à sa hiérarchie ne peut respecter plus longtemps ses idéaux de jeunesse.
Car au travers de tous ces personnages qui ont traversé les années, Jonathan Coe se pose une question simple : qu'ont-ils fait de leur jeunesse ? Cette époque si lointaine et si étrangère à celle que nous connaissons où rien n'est plus semblable pas même ce qui devrait l'être : le Parti Travailliste autrefois pacifiste endosse le manteau des va-t'en-guerre, les usines Rover ferment sonnant le glas d'un passé industriel bel et bien révolu.
Dans cette époque si étrangère à la leur, ces personnages semblent égarés. Benjamin plus que tout autre est resté sur ses idéaux de jeunesse, dont l'absolu et l'exigence lui interdisent de les réaliser et donc de vivre. Doug Anderton est contraint d'abandonner sa chronique politique jugée ringarde pour les pages littéraires qui ne le passionnent guère. Philip Chase, également journaliste mais resté à Birmingham, tente de comprendre l'extrême droite britannique et tombe dans un tel abîme qu'il se noie dans des considérations si éloignées de son monde qu'il préfère revenir à sa chronique locale tellement plus rassurante. Paul Trotter, dont le parcours laisse perplexe par son immaturité, et son absence totale de motivations et de réflexions semblent moins désemparé par son époque. C'est que de tous ces personnages, il est le seul à ne pas se souvenir de sa jeunesse.
Jonnathan Coe dresse un portrait cruel de notre époque tout en restant très attaché à ses personnages et à leur histoire. Avec le talent qu'on lui connaît, il construit un récit riche et foisonnant, où l'histoire et les personnages ne semblent apparaître que par évidence sans aucun esprit didactique au service de la thèse du livre. Et on se trouve tout surpris d'avoir aperçu au détour de quelques pages l'abîme d'absurde et de non sens de notre temps.

Luc

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ESPRIT
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Fiodor Mikhaïlovitch Dostoïevski
Le Joueur

Aubier, 1993
(Première édition en 1866)
Traduit du russe
[DOS]
"Ah, Le joueur, je l'ai lu il y a longtemps !…
- C'est bien, non ?
- Je sais pas, je ne m'en souviens plus !
- Tu veux savoir de quoi ça parle ?
- On peut rien te cacher !
- D'un joueur. Ou plutôt d'un homme qui le devient par amour ! Un jeune homme, précepteur des enfants d'un Général russe en villégiature à Roulettenbourg, est éperdument amoureux d'une femme, qui, bien sûr, ne l'aime pas. Pour lui prouver que son amour est sincère, il joue son argent.
- Son argent à elle ?
- Oui.
- Bah, s'il perd tout son argent au jeu, je comprends qu'elle ne l'apprécie que moyennement !
- Le problème c'est qu'au début il gagne. Une fortune.
- Mais, comme disait Philippe Bouvard, "quand on joue, on ne gagne jamais" !
- C'est un peu la morale du bouquin ça.
- C'est plus la peine de le lire alors !
- Ha si ! Parce qu'après, la vieille grand-mère du Général rapplique de Russie, et alors là l'histoire s'emballe et tu ne peux plus t'arrêter de lire… Comme le jeune homme de jouer.
- Et ça finit bien ?
- Non."

Cyril

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Hans Fallada
Seul dans Berlin

Gallimard, 2002
(Première édition en 1965)
Traduit de l'allemand
[FAL]
Berlin, mai 1940. Les lois anti-juives déferlent, certains Allemands commencent à se poser des questions ; pour d'autres, le redressement économique du pays prouve qu'Hitler est l'homme de la situation. Dans un immeuble de la rue Jablonski cohabitent les Rosenthal, commerçants très appréciés jusqu'alors, la famille Persicke favorable aux nazis, un conseiller en justice et le couple Quangel. Otto Quangel travaille en tant que contremaître dans une usine de fabrique de meubles reconvertie dans la réalisation de cercueils, sa femme guette, pleine d'espérance, les nouvelles de leur fils unique parti se battre sans conviction. Lorsque le malheur les frappe, ils puisent dans leurs douleurs, le courage extraordinaire de résister. A l'image de ce couple dans la peine, une forme de résistance émerge, sans éclat, mais terriblement efficace.
Hans Fallada raconte simplement, il met une page de l'histoire du 20ème siècle à la portée de tous. Sans doute, est-ce aussi l'une des raisons pour laquelle Primo Levi le considérait comme "l'un des plus beaux livres sur la résistance allemande antinazie".

Marie-Jo

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George MacDonald Fraser
Flashman hussard de sa majesté, vol.1
Flashman le prisonnier de Bismarck, vol. 2

L'Archipel, 2004
Traduit de l'anglais
[FRA]
Flashman est veule, Flashman est vil, Flashman est un pleutre détestable qui n'a aucun scrupule. Impitoyable avec les faibles et servile avec les puissants, il assume toutes ses bassesses et s'en amuse, car elles sont le propre de sa réussite au sein de l'armée ou de la bonne société britannique du XIXème siècle.
Voguant sur des réalités historiques avérées Flashman est un héros culte outre-Manche bien qu'il n'existe à ce jour, en France, que deux des onze volumes retraçant l'histoire sans fard de son atypique ascension sociale.
George Mac Donald Fraser prétend qu'il a acquis les mémoires d'Harry Flashman dans une salle des ventes et qu'il n'a fait que les remettre en ordre, à vous de juger de la véracité de ses propos.
En Angleterre la série a été publiée à partir de 1970 et nous espérons que les éditions de l'Archipel continueront de publier la suite des aventures de cette attachante ordure opportuniste dont on apprend dès le premier tome qu'il deviendra un général octogénaire couvert d'honneurs.

Yann

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Kirsty Gunn
Pluie

Seuil, 2005
Traduit de l'anglais
[GUN]
Deux enfants, Janey, douze ans, et Jim Little, son petit frère, cinq ans. Ils passent l'été dans une maison située au bord d'un lac. Les parents aussi sont là, mais dans cette famille, le père est entièrement occupé à prévenir les moindres désirs de sa femme, laquelle passe son temps à se prélasser, dormir ou se préparer pour les soirées qu'elle donne. Les enfants sont oubliés, livrés à eux-mêmes. Jim Little est petit, sa sœur éprouve pour lui des sentiments maternels. Elle veille sur lui, elle le protège, elle est sa mère. Tous les deux passent les journées dehors, au bord du lac, dans le lac. Il est leur refuge, mais il est dangereux…
Dès les premières pages, le lecteur ressent un malaise qui ne fera que croître au fur et à mesure de ce récit à l'écriture très maîtrisée. Un remarquable premier roman.

Marie-Christine

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"FLEUR D'ENCRE"

Jaroslav Hasek
Le brave soldat Chvéik

Gallimard, 2004
(Première édition en 1923)
Traduit du tchèque
[HAS]
Ce roman satirique nous conte les aventures d'un soldat tchèque dans l'armée austro-hongroise durant la Première Guerre mondiale. Naguère réformé pour idiotie, Chvéik est appelé à prendre part au conflit. Malgré son extrême bonne volonté et son patriotisme, de quiproquos en maladresses, ce soldat est une vraie catastrophe ambulante. Il se met, malgré lui, dans les pires situations dont il se sort toujours, insouciant du danger côtoyé.
On suit avec délectation les efforts acharnés de cet individu naïf et roublard pour prouver son patriotisme qui sont tellement ostentatoires qu'ils sont pris pour de l'insolence par les représentants de l'état.
A chaque fois que Chvéik affirme son adhésion au régime et son respect pour ses supérieurs, c'est pour être tout de suite contredit par ses "prouesses" rageuses.
Chvéik n'est pas un héros, même pas un anti-héros, c'est quasiment un bouffon qui incarne, par ses actions ratées et ses maladresses, une sorte de résistance passive au régime impérial. Le livre est très drôle mais il a également une portée politique (Hasek a, très jeune, fait part de ses idées anarchistes) puisque, derrière le burlesque des situations, c'est l'absurdité de la guerre qui est démontrée.

Bruno

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Mo Hayder
Tokyo

Presses de la Cité, 2005
Traduit de l'anglais
[HAY]
Grey, une jeune Anglaise au passé trouble, est obsédée par un film amateur tourné en Chine lors de l'invasion japonaise de 1937. Ce film contiendrait les seules et uniques preuves que des atrocités ont été commises par les Japonais à Nankin en 1937. Elle débarque à Tokyo, à la recherche d'un professeur chinois susceptible de détenir ce document. Sans ressources, la jeune femme accepte un emploi dans un club à hôtesses et ne tarde pas à approcher l'univers terrifiant des Yakusas…
D'un côté, on suit les errements et les rencontres de la fragile Grey dans les bas-fonds de Tokyo, de l'autre, on partage les doutes du jeune et orgueilleux Shi Chongming plongé dans l'horreur de Nankin.
Ce récit à deux voix met en valeur deux personnages complexes et inquiétants, qui ont bâti leurs existences sur quantité de fêlures et d'obsessions. La presse unanime a salué la publication de ce polar : "Il s'agit bien d'un thriller mené avec aplomb, d'un roman noir violent, fondé sur une documentation implacable laissant filtrer l'émotion. On savait Mo Hayder capable de raconter des histoires haletantes, mais aujourd'hui c'est un écrivain qui vient de s'affirmer."
A découvrir donc !

Janick

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Chuck Klosterman
Je, la mort et le rock'n'roll

Naïve, 2005
Traduit de l'anglais (Etats-Unis)
[KLO]
A la faveur d'une discussion avec "son impressionnante boss blonde" comme il aime la nommer, notre auteur, le ci-nommé Chuck Klosterman et critique rock au Spin magazine est envoyé en reportage à travers les USA pour enquêter sur le fait que bien souvent, ça n'est qu'une fois mort que nombre de musiciens sont passés à la postérité ! Et de voir défiler tout au long de cette quête les Kurt Cobain, icône d'au moins deux générations d'ados mais qui la veille de son suicide "au plomb" était en voix de ringardisation, ou encore Lynyrd Skynyrd, groupe dont une bonne partie des membres disparut lors d'un crash et qui à bien y regarder (ou plutôt écouter) avait tout de la musique du beauf texan, mais leur destin a donné une autre couleur à leur musique. Sans oublier le non moins fameux Jeff Buckley, noyé lamentablement dans le Mississippi alors qu'il enregistrait son deuxième album, et qui donc, mais vous l'aurez déduit par vous même, avec un seul album à son actif, est devenu "grâce" à sa mort un incontournable, un classique absolu.
Pour autant, ce livre est tout sauf une liste nécrologique de rockeurs morts au combat (contre quoi d'ailleurs ? l'oubli ?). Très vite Klosterman nous emmène ailleurs, et finalement, vous vous en serez douté, nous parle de lui... et du rock. Il en est totalement imprégné (et pas toujours du meilleur, voire sa passion immodérée pour le groupe Kiss), et ne cesse de décrire sa vie, ses amours, ses phobies qu'au travers de cette musique. Parfois, cela confine au délire lorsqu'il nous annonce que les attentats du 11 septembre étaient contenus dans l'album Kid A de Radiohead... sorti en octobre 2000. Mais on lui pardonne très vite car jamais il ne se prend au sérieux. C'est drôle, et ça donne envie de se repencher sur certains groupes. A lire en réécoutant un bon vieux Led Zep !

Fabrice

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Destination Rock
ROCK MY DAYS


Eduardo Mignogna
A l'ombre du loup

Rivages, 2005
(Première édition en 1975)
Traduit de l'espagnol (Argentine)
[MIG]

"A l'ombre du loup, on dirait un roman pour enfant !
- Et pourquoi pas un roman pour ados tant qu'on y est.
- Non, j'oserais pas !
- Bon, ça va pour cette fois. De toutes façons, le titre original est Cuatrocasas, ça n'a pas grand-chose à voir.
- Et ça raconte quoi ?
- C'est une vingtaine de petites histoires qui semblent être des nouvelles indépendantes, des contes de Cuatrocasas
- Ah, des contes, tu vois bien que ma remarque sur le " livre pour enfant " était justifiée !
- Si les contes étaient faits pour les enfants, ça se saurait. Enfin ici, petit à petit, de nouvelles en nouvelles, se dessine en creux l'histoire de Cuatrocasas, de ses pauvres, de ses propriétaires fous et cupides et de ses militaires sanguinaires. Avec des envolées lyriques, poétiques et fantastiques dignes de Garcia Marquez.
- C'est-à-dire ?
- Dans la première histoire, un pauvre veut capturer des oiseaux pour séduire une pute. Il fabrique de la colle avec de l'eau et de la farine, en enduit un arbre et attend que les oiseaux viennent s'y poser. Quand il revient à l'arbre, ce dernier est couvert de volatiles mais quand ils l'entendent, ils se mettent tous à battre des ailes et l'arbre s'envole !
- ?
- Moi quand j'ai lu ça, je me suis dit que j'avais un sacré bouquin dans les mains. La suite me l'a confirmé. C'est même de mieux en mieux. Il n'a qu'un défaut…
- Lequel ?
- On le lit trop vite !"

Emmanuel

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Payot-Rivages

Rosa Montero
La Fille du Cannibale

Métailié, 2006
Traduit de l'espagnol
[MON]
Partant d'une intrigue policière relatant la disparition de Ramon, mari de Lucia Romero (alter ego de l'auteur ?) kidnappé par une mystérieuse organisation terroriste "Force Ouvrière", Rosa Montero nous offre tout à la fois un époustouflant récit fictionnel des plus rocambolesques avec de savoureux traits d'humour, une palpitante narration de faits historiques avérés, et enfin de véritables réflexions philosophiques sur le genre humain….
Pourtant, La fille du Cannibale reste homogène et bien construit grâce à la force de l'écriture de l'auteur qui sait s'adapter à chaque genre ! On suit donc pas à pas l'enquête menée par Lucia et ses acolytes, le jeune et séduisant Adrian et Félix, ancien anarchiste révolutionnaire maintenant octogénaire à la retraite, pour déjouer les plans des ravisseurs et récupérer son mari sain et sauf, dans un monde de mensonges et de trahisons…
Dans ce thriller "initiatique et existentiel", il nous apparaît bien vite que les trois protagonistes représentent les trois âges clés de la vie. Il y a d'abord Lucia, la petite quarantaine, âge de la maturité, de lucidité mais aussi période dite de "crise" avec ses angoisses existentielles ; puis Adrian, vingt ans, qui symbolise l'innocence et la fougue de la jeunesse ; et enfin Félix, qui, avec ses quatre-vingt printemps, incarne la fragilité voire la décrépitude mais aussi la sagesse...

Isabelle B-C

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Michael Morpurgo
Soldat Peaceful

Gallimard Jeunesse, 2004
Traduit de l'anglais
[MOR]
"Cette nuit, plus que jamais dans ma vie, je veux me sentir vivant."
Roman courageux et poignant écrit de demi-heure en demi-heure, du soir au dernier matin d'un soldat anglais condamné à mort pour désobéissance en 1916.
Hommage rendu à tous ces hommes injustement condamnés pour lâcheté ou désertion, jamais réhabilités par les gouvernements britanniques et français.
Le héros -Tommo- nous livre d'un côté ses souvenirs d'une campagne anglaise idyllique, ses parties de pêche et de braconnage, les liens très forts qui l'unissent à ses frères (Charlie l'aîné et modèle, Big Joe le plus jeune, déficient mental). Et de l'autre côté, l'horreur des tranchées sur le front belge, le no man's land de peur, de boue et de vermine.
Qui de sa tante surnommée "Grand-Mère Loup" ou du sergent Hanley lui fera subir les pires brimades ?
Se lit d'une traite jusqu'au coup de théâtre final.

Fabienne

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Haruki Murakami
Kafka sur le rivage

Belfond, 2006
Traduit du japonais
[MUR]
Avec Kafka sur le rivage, c'est un nouveau monde, toujours un peu plus fantastique, hypnotique aussi, que nous livre Haruki Murakami...
Kafka Tamura, quinze ans, fuit. Une fugue pour échapper à une malédiction et retrouver sa mère. Une terrible prophétie oedipienne orchestrée par son père. Fuir le parricide, éviter l'inceste, telle est la quête du jeune homme.
Sur l'autre rive, un vieil homme, Nakata, unique victime d'un mystérieux coma qui a frappé un groupe d'enfants après la guerre et lui a fait perdre ses possibilités intellectuelles. Un simple d'esprit qui parle aux chats... Et qui se met en chemin poussé par une force obscure.
Lancés dans une vaste odyssée, nos deux héros vont croiser en chemin des hommes et des chats, une mère maquerelle fantomatique, et une prostituée férue de Hegel, des soldats perdus et un inquiétant colonel, des poissons et des sangsues tombant du ciel, et bien d'autres choses encore. Avant de voir leur destin converger inexorablement et de découvrir leur propre vérité.
Braconnier de l'invisible, Haruki Murakami cherche à renouer avec la grande tradition japonaise, et réconcilier littérature et métaphysique. "Tout est dans la quête, dit-il. En écrivant des histoires, je cherche ma propre histoire, mon âme profonde sous la surface".

Janick

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Joyce Carol Oates
Zarbie les yeux verts

Gallimard, 2006
Traduit de l'anglais (Etats-Unis)
[OAT]
Bienvenue dans le monde de Francesca Pierson, alias Franky, alias Zarbie les yeux verts, un monde où, sous la surface lisse et policée des choses, les pires drames se nouent...
Si Todd, Samantha et Francesca vouent une admiration sans borne à leur père, une ancienne star du football devenue un célèbre présentateur sportif charismatique, le côté critique et rebelle de Francesca qui se manifeste sous la personnalité de Zarbie n'est pas dupe des non-dits et des tensions qu'elle ressent entre ses parents. Sa mère, qui est censée jouer le rôle de la parfaite épouse aux côtés du "formidable" Ried Pierson, ne tarde pas à étouffer dans ce monde de pacotille qui ne lui correspond pas et veut reconquérir son indépendance et peut-être plus encore… Au risque de perdre l'amour de ses filles, elle part donc s'installer dans un bungalow à Skagit Harbor où elle peut s'épanouir grâce à ses activités artistiques et un nouveau souffle de liberté...
Mais lorsqu'on est adolescent, il est bien difficile de ne pas en vouloir à sa mère qui a choisi de vivre "dans son propre univers" au détriment de sa famille. La souffrance psychologique est encore accentuée par la manipulation mentale exercée par son père jusqu'à devenir insoutenable et l'atmosphère déjà oppressante du roman va évoluer vers un thriller psychologique et macabre où Zarbie tentera de faire triompher la vérité, si dure soit-elle.
Après Nulle et Grande Gueule, ce deuxième roman de Oates destiné aux adolescents saura aussi conquérir un public adulte grâce à la justesse de ton, une écriture dense et le talent de l'auteur à nous faire partager les émotions de ses personnages et surtout leur vie intérieure.

Isabelle B-C

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Livres - à - gogo

Carmen Posadas
Petites infamies

Seuil, 2000
Traduit de l'espagnol
[POS]
Six personnages ont un cadavre sur les bras dans une villa de la jet-set madrilène et la police conclut à un accident domestique... Ah si l'inspecteur avait les mêmes dons que la voyante-sorcière Mme Longstaffe qui avait prédit à Nestor (le mort) qu'il n'avait rien à craindre jusqu'au moment où quatre T se ligueront contre lui. Trop peu d'entre eux vont le pleurer, d'autres le remercient d'avoir eu l'immense gentillesse de mourir juste avant qu'ils ne le tuent. Destins croisés entre Espagne et Amérique latine, secrets de famille, folie meurtrière, collectionneurs d'art et dictateurs tissent une toile subtile et difficile à démêler. Roman exquis, comme le goût des truffes en chocolat congelées à tout jamais avec leur créateur Nestor Chaffino, fin traiteur mort dans une chambre froide Westinghouse 1980.

Fabienne

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Joseph Roth
La marche de Radetzky

Seuil, 1982
Traduit de l'allemand (Autriche)
[ROT]
Selon Joseph Roth, "la mission humble et noble qui incombe [à l'écrivain] consiste à glaner les destins privés que l'Histoire, aveugle et insouciante, à ce qu'il semble, laisse tomber sur son passage". Ainsi le déclin de l'empire austro-hongrois lie l'empereur François-Joseph et les fils de la famille Von Trotta. Pour ces hommes, servir l'empereur est un devoir et une obligation depuis que le grand-père, sous-lieutenant, est devenu le sauveur de l'empereur à la bataille de Solférino. Dès lors, cette famille de paysans accède à la noblesse sans y avoir été préparée. Elle accède aux privilèges en perdant la maîtrise de sa destinée. Un garçon se doit de ressembler à ce héros dont un portrait édifiant trône dans la maison familiale. Cette référence inoubliable influence aveuglément les Von Trotta.
Le père devient préfet, et son fils, Charles-Joseph, bien qu'il soit un cavalier émérite, sous-lieutenant dans une bonne affectation. Emotif et sentimental, Charles-Joseph s'accommode mal de la vie militaire, une vie de désœuvrement ayant pour seuls plaisirs le jeu et l'alcool.
D'un bout à l'autre du roman, la passion brûle intérieurement sans pouvoir s'exprimer : omniprésente, la relation entre Charles-Joseph et son père est faite de peu et ses amours sont voluptueuses mais éphémères.
Alors pourquoi lire ce roman qui date de 1932 ? D'abord, ce n'est pas, vous l'aurez compris, un roman historique. Ce serait plutôt un questionnement autour de la tragédie et, comment elle s'insère dans nos vies. Et puis, les portraits sont magnifiques, fouillés et tout en esquisses.

Marie-Jo

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Le matricule des anges

Arundhati Roy
Le Dieu des Petits Riens

Gallimard, 1997
Traduit de l'anglais (Inde)
[ROY]
Les raisons ne manquent pas pour vous recommander la lecture du Dieu des Petits Riens : son auteur, Arundhati Roy est, en plus d'une romancière indienne talentueuse, couronnée de nombreux Prix littéraires (Booker Prize en 1997, médaille du Chevalier des Arts et des Lettres en 2001, et Grand Prix de l'Académie Universelle des Cultures en 2001), une figure majeure de l'altermondialisme, qui s'est illustrée dans la défense des minorités et des populations les plus défavorisées. Le Dieu des Petits Riens traduit cet engagement en dévoilant les inégalités de caste et de sexe qui continuent de miner la société indienne. Mais surtout, c'est un roman magnifique, tant du point de vue de l'histoire et de la composition (qui agence ses pièces comme un puzzle et met le lecteur en haleine), que de l'écriture, superbement maîtrisée, aux métaphores toujours saisissantes, et de la caractérisation des personnages, attachants et hauts en couleurs. Le récit suit l'itinéraire de Rahel et Estha, deux jumeaux de huit ans, autour desquels se compose la famille Kochama : la grand-mère Mammachi, ex-violoniste devenue PDG d'une entreprise de confitures, l'oncle Chacko, coureur de jupons qui s'adonne au marxisme à ses heures perdues, la grand-tante Baby Kochama, chrétienne puritaine et aigrie, et la tendre Ammu, mère des jumeaux, qui retourne au village d'Ayemenem après son divorce. Happé par un texte drôle et émouvant qui emprunte le regard enfantin des deux protagonistes, le lecteur effeuille l'histoire familiale, pour découvrir peu à peu le drame qui se cache en son cœur.

Katia

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remue.net
Le club des rats de biblio.net

Carlos Ruiz Zafón
L'ombre du vent

Grasset, 2004
Traduit de l'espagnol
[RUI]
Dans la Barcelone de l'immédiat après-guerre, un jeune adolescent pense à sa mère disparue. Son père, sentant son fils devenir un homme, décide d'amener celui-ci à la découverte d'un lieu aussi secret que mystérieux. Une gigantesque bibliothèque au cœur de laquelle déambulent d'énigmatiques silhouettes, le "cimetière des livres oubliés".
Là, le petit Daniel Sempere devra choisir un livre, l'adopter pour qu'il ne soit plus oublié.
Celui qu'il va choisir a pour titre L'ombre du vent de Julián Carax. Mais en faisant ce choix l'enfant va mêler son destin à celui de cet auteur, plongeant au cœur de souvenirs et de fantômes que beaucoup aimeraient, justement, oublier, ceux des heures sombres de la guerre civile. Un homme surtout, peut-être même une créature, qui s'acharne depuis dix ans à brûler toute l'œuvre de Carax.
Prenant, effrayant parfois et empreint de mélancolie, ce livre pourrait se situer à la frontière du roman fantastique, du polar ou du roman historique et cependant il n'en est rien.
Une petite pépite.

Yann

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Le monde diplomatique

1 Salman Rushdie
Shalimar, le clown

Plon, 2005
Traduit de l'anglais
[RUS]

En 1991, à Los Angeles, Max Ophuls, ex-ambassadeur des Etats-Unis en Inde, est assassiné par son chauffeur, un cachemiri se faisant appeler "Shalimar le clown". Sa fille, India, qui a assisté au meurtre, tente de comprendre les motifs d'un tel geste.
Très rapidement Salman Rushdie transforme cette simple intrigue policière en une épopée traversant le XXème siècle et ses bouleversements historiques, en parcourant les continents.
A chaque nouveau chapitre, chacun portant le nom d'un des quatre principaux acteurs (India, Boonyi, Max, Shalimar le clown, Kashmira) des indices permettent de tisser les liens unissant les personnages et de mieux comprendre le geste de l'assassin.
La structure du récit, la finesse et la justesse de l'écriture, la multiplicité des thèmes abordés (guerre indo-pakistannaise, intégrisme, ambition, amours impossibles) transforment la lecture de ce roman en un moment de pur émerveillement.
Salman Rushdie nous initie aux univers qui lui sont chers (lire les Enfants de minuit), le milieu des saltimbanques et conteurs en Inde, ainsi que le Cachemire, sa région natale, véritable paradis devenu un enfer.

Julie

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LE TEMPS.CH
écrits...vains

Rafik Schami
Une poignée d'étoiles

Ecole des loisirs, 1988
Traduit de l'allemand
[SCH]
Le narrateur adolescent nous raconte son devenir dans sa ville natale, Damas, où il va vers sa vocation : le journalisme.
Pour exercer sa plume il commence par rédiger un journal ; trois ans durant on suit ses premiers pas vers l'indépendance... Son premier amour, son positionnement dans un pays sans opinion libre garantie, la naissance de son engagement en faveur de la liberté de la presse.
Il parle de l'utilité de savoir écouter, parler, lire et écrire... et aussi d'apprendre à juger par ses propres moyens.
Le livre fait partie d'une collection Süddeutsche Zeitung Junge Bibliothek qui favorisa la réédition en allemand de ce titre en 2005 paru pour la première fois en 1987 ; mais contentons-nous modestement de la très bonne traduction de 1988 offerte par Bernard Friot.

Eva

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MINORITES.ORG

Tom Sharpe
Wilt 1 ou Comment se sortir d'une poupée gonflable et de beaucoup d'autres ennuis encore

10/18, 2005
Traduit de l'anglais
[SHA]

D'emblée, le sous-titre donne le ton du livre : cocasse, loufoque, désopilant. Aussi, si vous ne voulez pas que vos voisins de métro vous regardent d'un air suspicieux en vous voyant en proie à des spasmes et des hoquets dus à une hilarité irrépressible, réservez la lecture de Wilt 1 à des endroits où vous pourrez être seuls.
Tom Sharpe nous entraîne dans une histoire absurde et totalement déjantée et pourtant, si nous suivons les méandres du raisonnement d'Henry Wilt, il faut bien reconnaître une logique à tout cela, même si cette logique est celle du "non sense" et en rendra fou plus d'un…
Résumer l'histoire est quasi impossible tant les rebondissements sont nombreux et imprévisibles, mais disons seulement qu'Henry Wilt est professeur de culture générale dans un lycée technique où il a affaire à des étudiants attardés et rustres et que sa vie conjugale est un véritable enfer car sa femme Eva, passionnée éphémère dans tout ce qu'elle entreprend, n'a pas beaucoup de jugeotte non plus mais elle a la langue bien pendue pour le critiquer ouvertement… C'est en sortant promener son chien que Wilt va manigancer un plan pour se débarrasser de sa femme. Mais la rencontre d'Eva avec l'excentrique Sally Pringsheim, nymphomane et menteuse, va changer la donne.
Sous couvert d'absurde, Wilt 1 est aussi une violente satire de notre société de consommation et des valeurs de la bourgeoisie, avec une touche de misogynie, et Tom Sharpe nous offre ici un des sommets littéraires de l'humour anglais. Il est à parier que la suite des aventures de Wilt sont du même acabit (il en existe quatre à ce jour, attention toutefois à l'overdose s'il vous prenait l'envie de lire les quatre tomes d'affilée !).

Isabelle B-C

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Stevens Brooke
Circus

Autrement, 2005
Traduit de l'anglais (Etats-Unis)
[STE]

Lecteur, attention ! avec ce livre vous entrez en territoire inconnu mais totalement fascinant et qui vous laissera un souvenir durable... Pas étonnant dès lors que la critique ait comparé l'auteur à un David Lynch littéraire !
Lors de vacances passées sur l'île de Verre, Alex et Iris vont par hasard voir un spectacle de cirque. Mais Iris disparaît mystérieusement lors de sa participation à un numéro de prestidigitation... Le mystère s'épaissit encore car bientôt c'est le cirque lui-même qui semble n'avoir jamais existé, sauf dans l'esprit d'Alex qui passe pour un excentrique, voire pour un esprit dérangé, aux yeux des habitants de l'île. Parti à la recherche d'Iris, il va aller de surprise en surprise et nous sommes tout de suite happés par la singularité de son aventure. Son obstination à retrouver celle qu'il aime d'un amour démesuré le conduira jusqu'à une île " interdite " au sein d'une société secrète et inquiétante dans laquelle des soldats sont destinés à devenir des artistes de cirque… Alex y fera de douloureuses expériences mais par ailleurs il se révèlera à lui-même… Dans ce roman foisonnant, riche en péripéties, nous sommes plongés dans une atmosphère aux confins du fantastique - une zone trouble où le réel et l'imaginaire sont étroitement liés - mais avec aussi une grande part d'ésotérisme, qui rebutera peut-être des esprits trop cartésiens. Je ne révélerai pas ici davantage de cette histoire surprenante, voire dérangeante mais ce qui est certain, c'est qu'après avoir lu Circus, vous ne regarderez plus jamais un cirque de la même manière...

Isabelle

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Le matricule des anges

Patrick Süskind
Le Parfum : Histoire d'un meurtrier

Livre de poche, 1994
Traduit de l'allemand
[SUS]

Orphelin de naissance, Jean-Baptiste Grenouille est ballotté de foyer en foyer toute son enfance. Alors qu'il est lui même privé de toute odeur, ce qui lui vaut la méfiance et la haine inconsciente de ses diverses nourrices qui le trouvent "bizarre", il va développer un don et une obsession du parfum qui le mèneront jusqu'à la folie.
Perpétuellement à la recherche du parfum ultime, il semble le découvrir par hasard émanant d'une jeune fille qu'il s'empresse de tuer pour s'accaparer son précieux trésor. Dès lors commence une frénésie macabre pour ce nez à la recherche de la perle rare.
Embauché comme apprenti chez un célèbre parfumeur, il excelle à trouver la touche magique qui confère à son patron une renommée inégalable. Mais toujours à la recherche de la nouveauté, il tombe vite dans la mélancolie, et entreprend finalement de créer le parfum absolu, celui qu'il rêve de posséder, car "qui maîtrisait les odeurs, maîtrisait le cœur des hommes". Et pour cela il n'hésitera pas à commettre les pires atrocités.
Best seller mondial, ce livre est un véritable chef d'œuvre. Avec humour, Süskind nous retrace le parcours de ce misanthrope monstrueux, qui ne vit que pour ses obsessions. De sa naissance à sa mort (à la hauteur de ses crimes), il réussit à fasciner le lecteur avec l'itinéraire d'un génie olfactif dans la France du XVIIIème siècle.

Barbara

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Club des rats de biblio-net
WIKIPEDIA

William Sutcliffe
Vacances indiennes

Denoël, 2003
Traduit de l'anglais
[SUT]
Puisque l'été est propice aux voyages, ne manquez pas de glisser ce livre dans vos bagages. Il vous permettra de réfléchir à vos motivations profondes, au choix de votre destination et de vos compagnons de route, et vous sera d'un grand secours pour prendre avec humour les petits désagréments du voyage. L'auteur y raconte le périple d'un étudiant anglais, Dave, parti en Inde moins pour explorer le pays que pour suivre Liz, dont il espère goûter les charmes sous les tropiques. Malheureusement la belle lui préfère les professeurs de yoga, experts en amour tantrique, et a tôt fait de l'abandonner pour découvrir dans un ashram les délices du bouddhisme. Et voilà Dave qui se retrouve tout seul au pays de Gandhi...
William Sutcliffe croque pour notre plus grand bonheur les explorateurs en herbe et autres consommateurs d'aventure, et son ironie mordante porte un coup fatal au mythe du routard.

Katia

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ZAZIEWEB

Italo Svevo
La conscience de Zeno

Gallimard, 1973 (première édition 1927)
Traduit de l'italien
[SVE]

La conscience de Zeno est une confession. Celle d'un vieil homme qui, suivant les conseils de son psychanalyste, se met à rédiger ses souvenirs. Zeno Cosini a du mal à s'inscrire dans la réalité. Qu'il décide d'arrêter de fumer, de s'occuper de son père malade ou de se marier, rien ne se passe comme il devrait. Ce décalage entre sa vie rêvée et la vraie vie, dû au fait que Zeno collectionne les actes manqués, le positionne comme spectateur de sa propre existence. Un spectateur phobique et angoissé, mais portant sur lui-même et le monde un regard ironique et tendre.
Ce roman paru en 1923 en Italie est considéré aujourd'hui comme un chef-d'œuvre d'introspection et comme un des livres fondateurs de la littérature actuelle.

Marie-Christine

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remue.net
EVENE

Tarun J. Tejpal
Loin de Chandigarh

Buchet Chastel, 2005
Traduit de l'anglais (Inde)
[TEJ]
Cet été pourquoi ne pas se plonger dans la littérature indienne avec un roman fleuve qui se lit sans faiblir où se mêlent avec exubérance fresque épique et love story. Loin de Chandigarh parle de désir, de jouissance et d'amour, mais aussi de littérature, d'écriture et de création, il raconte en même temps l'Inde, la beauté monumentale de ses paysages, l'effervescence de ses villes et l'universalité de sa pensée millénaire.
C'est à Chandigarh, une ville universitaire du nord de l'Inde que le héros-narrateur du roman et Fizz se rencontrent. Ils ont à peine vingt ans, ils sont étudiants, ils vont vivre une passion exclusive et charnelle qui pendant quinze ans sera l'unique moteur de leur vie.
Autour de cette relation amoureuse intense, Tarun J. Tejpal avec un art incontestable de conteur, concentre un enchaînement d'événements et de personnages qui vont transporter le lecteur au cœur de l'Inde d'aujourd'hui, tiraillée entre tradition et modernité et le plonger dans l'agitation de son histoire à la veille de l'indépendance et de la partition du pays.
Le récit prend le narrateur au moment où, écrivain en veine d'inspiration, son amour pour Fizz bascule à la suite d'une étonnante découverte dans la vieille demeure que le couple vient d'acheter sur les contreforts de l'Himalaya ; il s'agit des carnets personnels de l'ancienne propriétaire, une américaine arrivée en Inde au début du siècle dernier.
Complètement fasciné par la lecture de ces volumineux carnets, envoûté par la personnalité de son auteur, le narrateur s'éloigne de Frizz et s'enferme dans leur maison arrimée à la montagne. Là, remuant le passé, il pénètre les brûlants et impudiques secrets que révèlent les écrits intimes de cette femme, morte il y a plus de cinquante ans.
Dans ce jeu de miroir tendu entre deux femmes, l'une bien présente et l'autre fantôme surgi du passé, le narrateur, (double de l'auteur ?), se perd et se retrouve.
Si vous voulez poursuivre la découverte de la littérature de l'Inde et de ses auteurs, vous pouvez lire également Anita Desai, Salman Rushdie, V.S Naipaul, Amitav Gosh ou Arundathi Roy pour les plus reconnus, il y a aussi les grands classiques, Rabindranath Tagore et N.K Narayan, ou encore les plus discrets comme Nirmal Verma (Le toit de tôle rouge) ou Mukundan (Sur les rives du fleuve Mahé)... Sans oublier le texte fondateur de la pensée indienne La Bhagavad-Gîtâ, très accessible dans la présentation et la traduction d'Alain Porte, chez Arléa.

Marie Luce

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Etonnants Voyageurs
Libération.fr

Tennessee Williams
Le boxeur manchot

Traduit de l'anglais (Etats-Unis)
Robert Laffont, 2006
[WIL]

On connaît surtout l'œuvre théâtrale de Tennessee Williams. Ses pièces, Un tramway nommé désir, La ménagerie de verre, La chatte sur un toit brûlant... , ont été largement jouées et adaptées au cinéma par les plus grands réalisateurs américains (Kazan, Mankiewicz, Houston) ; des acteurs emblématiques, comme Marlon Brando, Vivian Leigh, Elisabeth Taylor ou encore Paul Newman ont incarné à l'écran ses personnages.
Mais Tennessee Williams a exploré tous les registres de l'écriture, théâtre, roman, nouvelle, poésie, scénario et c'est en cela qu'il est un grand écrivain qu'il faut lire absolument.
Dans les onze courtes nouvelles du Boxeur manchot, on retrouve l'univers propre à l'ensemble de son œuvre ; une Amérique peuplée de vagabonds, poètes illuminés, criminels et marginaux, individus en dehors de la réalité et voués à une profonde solitude ; des exilés du monde moderne.
Le premier récit donne le titre et le ton au recueil, il raconte l'histoire d'Olivier Winemiller, jeune champion de boxe qui perd un bras dans un accident d'automobile.
"Maintenant il ressemblait à la statue brisée d'un Apollon : il avait la froideur et l'impassibilité d'une figure de pierre". Pour aller jusqu'au bout de cette destruction et de l'absurdité de sa vie, il se prostituera, deviendra assassin et finira sur la chaise électrique.
Tennessee Williams aime tout particulièrement ces êtres mutilés qui ne trouvent nulle part leur place et cherchent à quitter un monde qu'ils ne comprennent pas. Il sait en quelques traits leur donner vie avec précision et intensité.
Lucio et sa chatte Nitchévo à la recherche d'un endroit pour vivre dans une ville inconnue, Anthony Burns qui volontairement se soumet jusqu'à en mourir à la violence de son masseur noir, ou encore Laura enfermée dans l'obscurité de sa chambre avec sa petite ménagerie de verre coloré sont semblables à l'Albatros de Baudelaire, leurs ailes de géants les empêchent de marcher.
Avec tendresse et compassion l'auteur interroge la fragilité de ses personnages et transforme leurs fractures et leurs échecs en une poésie de la liberté et de l'envol.

Marie Luce

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Télérama.fr

Stephan Zweig
Lettre d'une inconnue
In Amok ou le fou de Malaisie

Stock, 1991 (première édition1922)
Traduit de l'allemand (Autriche)
[ZWE]
R., écrivain à la mode, un peu libertin, trouve dans son courrier, à la veille de son 41e anniversaire, une épaisse enveloppe adressée" à toi qui ne m'a jamais connu".
Au fur et à mesure des pages il va découvrir les sentiments qu'une jeune inconnue éprouva pour lui toute sa vie, sans qu'il n'en sache rien. Elle qui fut sa voisine à l'âge de 13 ans, quand pour la première fois elle tomba amoureuse de lui, puis qui devint sa maîtresse plusieurs années après, à deux reprises, et qui, enfin, est devenue la mère de son enfant, sans qu'il n'en sache jamais rien.
Alors qu'il se remémore vaguement un visage, une silhouette, sans trop parvenir à lui donner corps, il réalise que par sa légèreté il a probablement raté l'amour de sa vie.
En une nouvelle très courte, une trentaine de pages, Zweig nous raconte en flash-back l'histoire bouleversante de cette femme qui a vécu toute sa vie pour cet homme et qui à la veille de sa mort lui apprend la vérité. Sa paternité, la mort de son enfant et de celle qui aurait pu changer le cours de sa vie mais qui préféra rester dans l'ombre.
Une nouvelle maintes fois adaptée au cinéma, en particulier par Max Ophüls qui en fit certainement son plus grand film en 1948, avec Louis Jourdan et Joan Fontaine.

Barbara

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Stefan Zweig
La confusion des sentiments

Stock, 1926
Trad. de l'allemand (Autriche)
[ZWE]
"Stefan Zweig, c'est un écrivain pour filles ça !
- C'est ce que disent les gens qui ne l'ont jamais lu !
- Bingo ! Allez, donne moi envie mon gros loup !
- Encore une histoire d'amour…
- Moi, j'aime pas les histoires d'amour !
- Alors ce livre est pour toi ! Notre jeune héros, Roland, non plus, n'aime pas les histoires d'amour. Et après une courte période de débauche à Berlin, il décide de partir dans une petite ville universitaire d'Allemagne Centrale pour se consacrer à ses études.
- Et c'est là qu'il rencontre l'amour ?
- Il rencontre plutôt celui qu'il ne cessera d'appeler son maître, un vieux professeur avec lequel il se lie d'amitié et qui devient bientôt son unique interlocuteur. Une relation très particulière s'installe entre eux et…
- Je la vois arriver ton histoire d'amour !
- Moi aussi je la voyais arriver, et c'est là tout l'intérêt du récit. La description journalière quasi scientifique de leur relation, entre attirance et répulsion attise notre curiosité jusqu'aux dernières pages.
- Ok, tu m'as convaincu, tu me passes le bouquin ?
- Tu montes le chercher chez moi vieux fripon ?"

Cyril

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delpiano.club