Eliette Abecassis
Un heureux événement

Albin Michel, 2005
[ABE]
Barbara et Nicolas forment un couple uni en plein Marais.
Quand Nicolas lui propose de faire un bébé, elle accepte plus par amour que par conviction.
On peut penser que c'est le début du grand bonheur, une nouvelle vie qui commence.
Mais nous aurait-on caché des choses sur le bonheur d'être mère ?
Comment s'accaparer ce petit étranger à la sortie de l'hôpital ? Comment intégrer cet enfant roi entre eux sans que le couple n'en pâtisse ? Comment être à la fois une femme, une mère, une amante ? Comment vivre pour quelqu'un d'autre sans s'oublier ?
Abecassis casse totalement le mythe de l'instinct maternel et contre tous les tabous, nous apprend qu'il s'agit plutôt d'un douloureux apprentissage, d'un parcours du combattant.
Désormais il n'y a plus que Barbara et Léa, et quand elle tente d'exprimer son malaise face à ce qui est censé être le plus beau moment de sa vie, elle ne parvient pas à trouver d'oreille compréhensive à l'écoute de son désespoir, ce qui la mène inéluctablement au clash.
A la lecture de ce roman, on peut se demander si ça vaut le coup de faire un enfant. Sans apporter aucune réponse et malgré la mélancolie diffuse, on peut tout de même y voir une note d'espoir à travers une fin mitigée.
Ce roman a certainement le mérite de dire certaines choses qui ne doivent pas être dites, de casser des tabous, et, avec son humour amer et mordant, permet peut-être d'entamer une réflexion sur la notion de maternité-bonheur qui ne semble pas ici aller de soi. Roman court mais intense et qu'on espère le moins autobiographique possible pour Eliette Abecassis.

Barbara

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Les Lectures de Sophie

Es ?

Eliette Abecassis
La Répudiée

Albin Michel, 2000
[ABE]
Rachel est une jeune femme de vingt-six ans de Méa Shearim, le quartier ultra orthodoxe de Jérusalem. Elle est mariée depuis dix ans à Nathan, un Hassidim (juif très pratiquant passant ses journées à la Yeshiva pour étudier les textes sacrés) qu'elle a aimé éperdument dès le premier jour.
Dans la tradition juive, le mariage ayant pour seul but la reproduction, il est de coutume qu'au bout de dix ans d'union sans descendance, le mari puisse, et quelquefois doive, pour les plus fanatiques, répudier sa femme pour créer une famille ailleurs.
Rachel est dans ce cas et le père de Nathan, également rabbin de la communauté, incite très fortement son fils à le faire.
On ressent dans ce roman pourtant écrit à la première personne la souffrance introvertie de Nathan qui reste digne et va jusqu'au bout de ses croyances malgré l'évidence de ses sentiments.
Loin de se rebeller, Rachel accepte son sort par respect mais aussi par croyance, alors qu'à l'inverse, sa sœur, Naomi se rebelle contre sa famille qui la pousse à épouser un hassidim qu'elle méprise.
Ce livre décrit les préceptes du courant fanatique du judaïsme avec ses traditions et coutumes au quotidien. On découvre la vie quotidienne de Méa Shearim, les visites au Mikvé, au Mur des Lamentations, la difficulté d'être femme dans un monde d'hommes.
Mais il décrit aussi bien le profond désespoir de Rachel qui n'a comme défaut que de ne pas pouvoir donner un enfant à son mari, alors que paradoxalement elle n'a pas le droit de consulter un médecin pour y remédier.
On ne peut qu'être ému devant sa peine grandissante qui la conduit à mourir de chagrin, tandis que Nathan qui a choisi les codes plutôt que les sentiments, épouse une nouvelle femme choisie par la communauté.
Un roman court, émouvant, révoltant, autant devant la tradition que devant la soumission de ce couple, qui au nom de certains codes se laisse briser, séparer sans jamais véritablement s'y opposer. Le livre est l'adaptation du film, déjà écrit par Abecassis, Kadosh de Amos Gitai, Sélection officielle du Festival de Cannes en 1999.

Barbara

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krinein

Louis Aragon
Aurélien

Gallimard, 2002 (première édition en 1944)
[ARA]
La première fois qu'Aurélien vit Bérénice, il la trouva franchement laide ". Aragon sait captiver ses lecteurs dès la première ligne et les entraîner dans une lecture compulsive jusqu'à la dernière page. Et l'on cède à ce roman d'amour, sans craindre de passer pour une midinette, disposant d'un alibi littéraire irréfutable : l'écriture est magistrale. Aurélien retient également l'attention pour sa dimension historique : chronique parisienne des années 1930, le roman d'Aragon dépeint une génération traumatisée par la première Guerre mondiale, suggérant les raisons qui conduiront à la défaite de 1940, et traduit l'atmosphère d'effervescence artistique de l'époque. Les protagonistes côtoient ainsi les avant-gardes littéraires, parmi lesquelles le lecteur reconnaît les personnalités marquantes du groupe surréaliste (l'auteur offre de savoureux portraits de ses ex-camarades Dali, Breton et Picasso, rebaptisés mais bien reconnaissables). C'est enfin un roman de l'amour absolu, qui dit ce à quoi s'exposent ceux qui conjuguent aimer et éternité. Que les allergiques au romantisme passent leur chemin.

Katia

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Passion des livres

Germaine Beaumont
Si je devais...

Le Dilettante, 2005
[BEA]
Ce recueil de chroniques écrites dans les années trente a gardé toute sa fraîcheur pour vous accompagner partout.
Considérations sur le coquillage, la femme seule, l'hiver, les gens qui s'ennuient, la lune, la ligne courbe s'opposant à la ligne droite… autant de sujets et d'occasions de regarder le monde.
Concluons avec André Parinaud que Germaine Beaumont est "l'étincelle même de l'intelligence féminine, complexe, riche, ironique, qui implique une personnalité indépendante, attentive à l'autre".

Eva

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le dilettante

benzine

François Bégaudeau
Entre les murs

Verticales, 2006
[BEG]
François Bégaudeau, l'auteur, est écrivain et aussi professeur de français dans un collège. Pendant un an, il s'est astreint à noter un fait par jour dans son journal de bord, de là est né le livre Entre les murs qui relate une année scolaire entre salle des profs et salle de classe.
Jour après jour, on suit les heures de classe, le quotidien des élèves et du professeur ; certaines choses, certaines attitudes, se répètent jusqu'au burlesque, Souleymane qui porte capuche et bonnet de septembre à juin, Mezut qui ne travaille jamais.
Il y a des enthousiasmes et des abandons, des rêves, la fatigue de tous qui n'est jamais loin, il y a des rires et des réalités, des insultes et des malentendus, des coups parfois.
Il y a, dans ce livre, beaucoup de vie et beaucoup d'humour (on rit aussi pour ne pas être découragé), il y a ces façons de parler, cette langue, qui, même loin du français classique, s'invente et rappelle ici sa grande vivacité.

Isabelle G.

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Zone littéraire

Télérama.fr

François Bon
Daewoo

Fayard, 2004
[BON]
Janvier 2003, en Lorraine, les trois usines coréennes Daewoo ferment leurs portes. 1200 employés sont licenciés, en grande majorité des femmes. Les rêves s'effondrent, la misère pointe, l'isolement, pour Sylvia le suicide.
Daewoo est un livre brûlant. Le drame humain y est consigné avec force et révolte. Parallèlement, c'est aussi un travail d'enquête et de réflexion autour des questions que chacune de ces ouvrières se posent : comment expliquer ce démantèlement, pourquoi ? D'où un regard sans concession porté sur le fondateur, Kim Woo-Chong, qui, sciemment, vint réaliser du profit, grâce aux aides économiques concédées par l'Etat français.
En s'engageant dans l'écriture d'un roman, François Bon fait d'autant mieux entendre la voix de ces ouvrières. Il les rencontre, les écoute et prend des notes. Ensuite, il fabrique de la littérature. Et ce n'est pas comme ces nouvelles qu'on regarde à la télévision ou qu'on lit dans les journaux puis qu'on oublie.

Marie Jo

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Tiers livre

LE PORTiLLON


Jean-François Chabas
Aurélien Malte

Hachette Jeunesse, 2001
[CHA]
Aurélien Malte s'apprête à affronter péniblement sa dernière année de prison. Total de la peine : quatorze ans. Fait nouveau, Anne, visiteuse de prison, vient le voir tous les quinze jours. Au début, ces visites le perturbent au point qu'il envisage de les interrompre. Il commence à lui écrire dans une sorte de journal tout ce qu'il n'ose pas lui dire. Peu à peu, ce gros dur respecté révèle ses faiblesses, se raconte. Son enfance montagnarde auprès de son grand-père, personnage magnifique, les valeurs inculquées qui lui ont permis de rester debout jusque là, puis son retour chez sa mère où tout bascule.
Le personnage d'Aurélien, complexe, fouillé, incroyable mélange de force et de vulnérabilité, nous hante longtemps après avoir terminé la lecture de ce " journal ".
Et Anne, brossée en creux, constitue un pendant féminin retenu, mais digne de ce bloc de virilité.

Muriel R.

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CRDP Académie de Créteil

Sylvain Coher
Facing

Joca Seria, 2004
[COH]
Un homme a perdu son travail. Il marche, il part le matin à l'heure des travailleurs et parcourt la campagne environnante. Tout au long du livre, il marche, et, nous, lecteurs, écoutons ses pensées et les voix de ses interlocuteurs, hôtesse ANPE, agent de reclassement, qui l'accompagnent.
Etes-vous polyvalent ?
Etes-vous mobile ?
Etes-vous prêt à saisir une opportunité ?
Sa marche, fantomatique dans les brumes du matin donne le pouls de sa vie, là, maintenant.
Qui est-il ? l'ex-ouvrier ? l'ex-travailleur ? Qu'en est-il de lui ? Qu'est donc un homme sans travail ?
Dans le brouhaha des voix, dans tous ses questionnements, doucement, il avance, doucement il refuse de répondre à ce qu'on attend de lui, il marche, il ne plie pas, il devient, il est lui-même : sa propre entreprise.

Isabelle G.

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Inventaire Invention

Prix du roman de la ville de Carhaix

Catherine Cusset
Confessions d'une radine

Gallimard, 2004
[CUS]
Un petit livre qui présente le mérite d'être clair : "mon premier instinct, c'est d'être radine" reconnaît d'emblée l'auteur. S'ensuivent, pour illustrer cette radinerie revendiquée mais tout de même un peu honteuse, des anecdotes vécues qui vous feront sourire car elles vous évoqueront sans doute telle ou telle personne de votre connaissance. Parfois peut-être, vous rirez jaune car vous aurez hélas reconnu dans ces petites mesquineries inavouables un être cher : vous-même !
Catherine Cusset est d'une franchise à toute épreuve et va même jusqu'à se demander si ce n'est pas sa radinerie qui la pousse à écrire : "Parce que ça ne coûte rien. Parce qu'on peut écrire presque n'importe où et que c'est gratuit. Parce qu'en écrivant je ne dépense rien sauf mon temps et ne dépends que de moi."
Alors, si vous-même avez des tendances à la radinerie, n'hésitez pas un instant à emprunter ce livre : le prêt est gratuit.

Marie-Christine

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VOIR.CA

Club des rats de biblio.net


Michel Deguy
A ce qui n'en finit pas (thrène)

Seuil, 1995
[P DEG]
Dans ce livre, Michel Deguy réunit pêle-mêle des textes écrits dans les semaines qui ont suivi la mort de son épouse. Y sont rassemblés les récits des derniers instants avec elle, des premiers moments sans elle, l'expression du chagrin mais aussi la quête du (non-) sens d'une telle épreuve. Face à la disparition, le poète tord les mots pour comprendre. Ce livre est autant un chant funèbre ("un thrène") qu'une réflexion philosophique, poétique, métaphysique. A chacun de le lire selon son intérêt et son humeur. A chacun de se laisser saisir par le sens ou l'émotion, par le caractère personnel ou universel de l'écriture.
"Il y a un mois mourait ma femme. Je ne peux pas dire tu mourais, d'un tu affolant, sans destinataire ; et je dis bien "mourait", non pas dépérissait ou lisait ou voyageait ou dormait ou riait, mais "mourait", comme si c'était un verbe, comme s'il y avait un sujet à ce verbe parmi d'autres.
Le livre sera non paginé parce que chaque page, ou presque, pourrait être la première ou la nième. Tout recommence à chaque page ; tout finit à chaque page."

Marion

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remue.net

Louise Desbrusses
L'argent, l'urgence

POL, 2005
[DES]
Une femme, jusque-là travailleur indépendant, peut-être artisan ou artiste, prend un emploi fixe à plein temps dans une grande entreprise privée pour assurer la vie matérielle de son couple, l'homme avec qui elle vit préférant ne pas travailler.
Contre son cœur, contre son gré, elle se force à croire que c'est là la meilleure solution, la plus raisonnable, celle qui, un jour (peut-être), lui apportera des satisfactions concrètes, lui donnera raison de l'avoir choisie.
Elle ne s'écoute plus et dans cet oubli d'elle-même, sombre.
Enfermement, repli sur soi, dépression et maladie, envahissent alors sa vie.
Cette descente aux enfers et une rencontre inattendue seront pour elle les étapes nécessaires pour mettre un terme à une relation amoureuse destructrice et pour retrouver goût à la vie qu'elle aime.
Un livre sur l'individualisme - elle qui s'efforçait de croire en tout, ne se sauvera qu'en croyant en elle - et sur tout le désir et la force qu'il faut pour devenir ou rester un être libre.

Isabelle G.

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P.O.L

Périphéries

Jean-Paul Dubois
Vous plaisantez, monsieur Tanner

L'Olivier, 2006
[DUB]
Monsieur Tanner qui menait une existence jusque là tranquille et confortable hérite de son oncle une immense demeure. Malheureusement, le charme de cette maison qu'il a connue enfant est quelque peu atténué par les outrages du temps et il s'avère vite que des travaux pharaoniques seront nécessaires pour restaurer la bâtisse.
Les avertissements des premiers entrepreneurs venus évaluer les travaux ne le découragent pas et il prend plusieurs mois de congé pour piloter le chantier et réaliser une partie de la restauration.
Face à des entrepreneurs, au mieux, incompétents, au pire, malhonnêtes, Monsieur Tanner vit un véritable cauchemar qui provoque sa colère puis le fait sombrer dans le fatalisme. A mesure que les travaux avancent (et que ses finances fondent), on voit Monsieur Tanner, peu à peu, tomber dans la lassitude et la déprime. Les énergumènes qui vont se succéder sur son chantier auront-ils la peau de Tanner ? Vous allez plonger dans le monde impitoyable du "bâtiment" qui a ses règles et son fonctionnement propres au-delà de tout ce qui peut sembler rationnel aux néophytes.
Le ton résolument simple et humoristique de l'auteur et le rythme rapide des chapitres, font que la lecture est facile et que le lecteur est plus disponible pour s'attarder sur les ressentiments du narrateur. Cela créé une complicité narrateur / lecteur, condition indispensable pour que la farce prenne toute sa saveur.

Bruno

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Radio-Canada.ca

france3.fr

Joël Egloff
L'Etourdissement

Buchet Chastel, 2004
[EGL]
Dans une contrée sinistre où le soleil ne parvient jamais à percer et dans laquelle les habitants, les animaux et les plantes sont tous contaminés par une pollution insidieuse, le héros habite une maison délabrée, coincée entre la décharge et l'aéroport, avec une grand-mère acariâtre et tyrannique, digne de Tatie Danielle…Voilà pour le décor, quant à son travail, il est tout aussi réjouissant puisqu'il exerce la charmante profession d'équarrisseur ! Il faut dire que devant un horizon si peu prometteur, il n'a guère le choix et chaque matin, entre dégoût et fatalisme, il enfourche donc son vélo pour rejoindre l'abattoir. De plus, avec un peu d'habileté, il arrive même à ramener à la maison des morceaux consommables !
Sa seule échappatoire, c'est le rêve qu'il a de quitter un jour cet endroit pour vivre des jours meilleurs mais ce sera le cœur lourd, car "après tout c'est là que j'ai mes racines " et " on s'attache aux pires endroits... comme le graillon au fond des poêles".
Vous vous dites certainement : "Mais comment diable trouver un intérêt à cette histoire où suintent autant le désespoir et la résignation ?". C'est sans compter avec le talent de Joël Egloff ! Un style apparemment simple et sans fioriture mais parfaitement maîtrisé. Pour décrire ce monde si glauque, l'auteur manie avec subtilité l'art de la dérision et celui de la poésie, il nous touche profondément avec son humour noir et caustique…

Isabelle B-C

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Coin!

france inter

Eric Emptaz
La malédiction de la Méduse

Grasset, 2005
[EMP]

Peut-on raconter un tableau ?
Erik Emptaz nous embarque sur la Méduse en suivant Jean-Baptiste Savigny, 27 ans, enrôlé malgré lui à la suite d'une cuite désespérée, comme chirurgien de troisième classe.
Écrit comme un carnet de bord et à mi-parcours entre roman d'aventure et roman historique, La malédiction de la Méduse détaille les péripéties et les rebondissements d'une aventure extraordinaire, mais n'oublie jamais d'explorer les recoins les plus sombres de l'âme humaine : folie, désespoir, violence et héroïsme des naufragés ; ambition, vanité et bassesse des officiers.
Cent cinquante hommes qui ne pourront prendre place dans les embarcations de bord à la suite du naufrage de la frégate le 2 juillet 1816, construisent un radeau de fortune, que les chaloupes remorqueront quelques milles, avant de l'abandonner en pleine mer avec pour seuls vivres des biscuits secs.
Rescapé, le chirurgien Henri Savigny expliquera que, dès la première nuit, une vingtaine de marins furent assassinés ou se suicidèrent. Au bout de treize jours, le radeau de la Méduse est repéré par les Anglais. Seuls quinze survivants sont retrouvés, expliquant qu'ils ont pratiqué le cannibalisme. En France, l'affaire déclenchera un scandale de grande ampleur, à tel point que Géricault immortalisera le naufrage en 1819.

Ghéoine

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Prix "Encre Marine"

LEXPRESS

Dominique Fourcade
En laisse
Sans lasso et sans flash

Eponges modèle 2003
POL, 2005
[P FOU]
Ces trois livres ont été écrits en même temps. Une sorte de triptyque mais ouvert, dissociable et entrelacé.
En septembre 2001, l'auteur se trouve profondément touché par l'attaque des deux tours à New York, il dit qu'alors son écriture - même s'en trouvant si violemment ébranlée, il ne pouvait qu'écrire cela, dire ce point-là de si vibrante perméabilité, dire l'écriture comme vulnérabilité. Un des chapitres de ce livre est une réaction à la photographie d'un prisonnier irakien tenu en laisse par une soldate américaine.
"Humanité qui es-tu pour me manquer à ce point?".
Sans lasso et sans flash est un texte sur une oeuvre d'art : Ecriture rose de Simon Hantaï, une peinture qui date de 1958-59. "Du jour où j'ai vu ce tableau pour la première fois je n'ai cessé de le regarder ; je l'ai regardé chaque fois qu'il était possible de le voir, et j'ai continué de le regarder même quand je ne le voyais pas. L'intrigue se complique du fait que toute chose intensément regardée tôt ou tard vous regarde à son tour. Aujourd'hui plus que jamais Ecriture rose me fixe et me demande qui je suis. Moins que jamais je sais répondre."
Eponges modèle 2003 est un questionnement sur l'écriture, sur le lieu de l'écrivain. C'est un texte / éponge qui absorbe, qui est absorbé par son époque avec une humilité et une conscience élevées. Ici le langage est comme choqué, sonore, il claque magnifiquement dans l'actuel.
"Qui que tu sois même le pire
Rapproche-moi d'un centre de ma voix
Au moins ça."

Isabelle G

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P.O.L

benzine

Jean Giono
Les grands chemins

Gallimard, 1951
[GIO]
"C'est pas la première fois que tu nous mets du Giono ici ?
- Non, mais comme disait Paul Bocuse, qui pourtant ne dit pas que des choses intelligentes, "quand c'est bon, y'a pas meilleur !" Et puis j'avais mis les premiers romans de Giono, des romans des années trente, d'un jeune gars qui ne connaissait que les classiques et sa montagne. Là, c'est différent. Il y a eu le succès des premiers romans, les essais, les séminaires près de Manosque et surtout, il y a eu la guerre et l'après-guerre. On s'est mépris sur les intentions de Giono, ancien de 14, pacifiste jusqu'au bout des ongles et panthéiste ce qui le fera passer pour Vichyste aux yeux des épurateurs. Du coup, la bonhomie de la prose gioniesque en prend un coup !
- C'est-à-dire ?
- Comme dans Un de Beaumugnes, c'est la voix narrative qui fait tout, c'est le type qui parle, dont on ne saura ni le prénom ni l'âge, mais seulement que l'hiver, il laisse pousser une barbe blonde qui plait aux femmes. Et cette voix là, elle n'est plus comme celle de l'Amédée dans Un de Beaumugnes. Elle n'est pas franche comme l'or, elle ne dit pas tout, elle dit ce qu'on veut bien entendre. Et puis il y a la chute…
- Il tombe ?
- Non, la fin du bouquin, les trois dernières phrases qui remettent tout en perspective qui donne envie de revenir au début et de relire maintenant qu'on sait un peu plus (oh, pas beaucoup) à quoi s'en tenir. Ces fins là, moi, ça me dévaste !"

Emmanuel

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Extrait

Sylvie Gracia
L'ongle rose

Verdier, 2002
[GRA]
Court roman écrit d'une seule traite, sans un alinéa, sans la respiration d'un dialogue, écrit le temps que l'ongle du gros orteil droit de la narratrice repousse. Non je n'exagère rien, car cet ongle est un personnage à part entière à qui l'on parle, il incarne l'amant parti, claquant la porte, renversant des piles de livres qui resteront en l'état. De Levallois à la place Clichy dans un décor en noir et blanc de solitude, le lecteur suit cette femme dans "l'hiver de ses fureurs abstraites". Elle nous déverse ses rencontres avec les paumés du bistrot, ses fuites, ses désirs d'appartenir à un groupe, ses retrouvailles avec une ancienne professeur, ses "filatures" de vieilles dames à la supérette... Dans un halètement de mots, toutes ces histoires légères font diversion à la solitude et au chagrin.

Fabienne

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Editions Verdier

Le matricule des anges

Faïza Guène
Kiffe, kiffe demain

Hachette, 2004
[GUE]

Doria a quinze ans. Pour elle, la vie c'est "kiffe-kiffe demain". Elle vit à la cité du Paradis avec sa mère, exploitée au travail. Son père est reparti au pays épouser une autre femme. Attention ! Ne pensez surtout pas que ce livre est triste à pleurer. Au contraire. Certes, la situation n'est pas enviable, mais Doria a la volonté de s'en sortir. Elle raconte, à travers de petites tranches de vie, celle des cités, les joies, les peines, le bon comme le mauvais, avec une galerie de personnages hauts en couleurs, de Hamoudi (qui a connu Doria "pas plus haute qu'une barrette de shit") à l'assistante sociale ("qui fait vraiment bien semblant d'en avoir quelque chose à cirer de nos vies").
Un excellent premier roman, servi par une écriture simple est juste.

Elodie

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CRDP d'Aquitaine

Esprit & Vie

Dominique Manotti
Le Corps Noir

Grasset, 2004
[MAN]

" Dis donc, un roman sur les derniers jours de la collaboration, pour les vacances, tu charges un peu, on peut trouver mieux !
- Non, c'est un excellent roman et comme il se déroule entre le D-Day et la libération de Paris, le lire pendant les vacances, c'est synchro. C'est l'été, un état tombe et un autre ne s'est pas encore mis en place. C'est un excellent roman rempli de bruit et de fureur, de folies et de lâchetés. Et puis Manotti, c'est la James Ellroy française, elle a compris le truc du rythme dingue et elle se prive pas de l'utiliser.
- C'est quand même bien noir, pas très gai. Les gestapistes sont des psychopathes.
- C'est pire que ça, c'est des gars comme on en croise tous les jours, sauf que là, ils n'ont plus de limites, ils ont tous les droits et ils en abusent. Surtout que ça sent la fin. C'est l'hallali.
- En même temps, certains sont presque sympathiques… Lafont qui sait que tout est fini est une sorte d'ectoplasme pathétique, tout le temps mort saoul, une bête aux abois qui attend la fin…
- ... Alors que ce type pouvait décimer une famille de ses mains pour un peu de pognon. Eh oui, c'est l'un des tours de force de Dominique Manotti, refuser le manichéisme facile, rendre humain même le dernier des salopards, parce qu'après tout c'est ce qu'il est...
- ... Humain ?
- Oui !

Emmanuel

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la lettre volée

débat virtuel

Christine Montalbetti
Expérience de la campagne

POL, 2004
[MON]
C'est la nuit et dans la campagne, un homme est assis sur une terrasse éclairée de deux ampoules, isolé entre maison et nature, comme au bord du monde.
Autour de lui, rien ne se passe et lui-même ne fait rien. Ce lieu en apparence vide, cette campagne qui l'indiffère un peu, cet état de vacance volontaire, accueillent alors l'expérience
de la pensée et celle de l'écriture.
C'est un texte court, une belle écriture en phrases longues et noueuses, aux mouvements délicats et précis. Une mini-narration, qui, du mouvement intérieur des souvenirs en terrasse de Simon, l'homme assis, effectue une élégante boucle, complexe et fluide pour s'ajuster ensuite aux mouvements de la pensée et l'écriture ou comment ces processus les plus complexes s'attachent aux minuscules détails de l'ordinaire de nos existences, comment soudain peut surgir un pan entier d'enfance sur un coin de toile cirée.

Isabelle G.

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P.O.L

Gérard Mordillat
Les vivants et les morts

Calmann-lévy, 2005
[MOR]

A Raussel, de génération en génération, on travaille à la Kos, surnom donné à l'usine de fibres plastiques, Plastikos. Dans cette petite bourgade de l'est de la France, les vies se construisent autour de l'usine : gagne-pain, mais aussi lieu de rencontres politiques, amicales, amoureuses... Lorsque la population de la ville apprend sa fermeture, suite à son rachat par un groupe financier allemand puis nord américain, c'est le "choc". Commence alors une lutte déterminée, désespérée pour la vie.
A travers l'histoire d'un jeune couple Dallas et Rudi, Gérard Mordillat dépeint la société actuelle où l'incertitude du lendemain, le chômage et toutes ses conséquences, dominent. Il nous offre un hommage magnifique au monde ouvrier, fier et toujours "vivant", qui lutte et refuse le sort qu'on lui destine.
La lecture de ce roman social, proche des fresques de Zola, provoque des émotions partagées : tristesse et joie, révolte, incompréhension. Mais c'est à la réflexion que Mordillat nous invite avec ce mot de la fin concernant ses personnages :
"Dans cette nuit en plein jour,
dans le givre de l'air,
dans le silence vertigineux qui les cerne,
à cet instant et pour toujours,
ils endurent."

Julie

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Le Plaisir de Lire

Le Monde diplomatique

Véronique Ovaldé
Toutes choses scintillant

L'Ampoule, 2002
[OVA]
Nikko est née au pôle dans un village perdu au bout des routes glacées. Elle est la seule enfant de sa génération à avoir survécu. Son village est dévoré par une sorte d'usine installée là par le continent : barbelés et cheminées sombres, fumées qui tuent.
Pour les autres, Nikko la survivante grandit comme si elle n'y avait pas droit, elle, elle vit dans un monde enfantin d'amis / animaux et d'esprits, gardant par-dessus tous les froids, une fusion avec cette terre qu'elle aime.
Elle sait depuis toujours qu'il lui faudra rêver sans cesse pour enfin parvenir à s'échapper. De l'enfance à la maternité, elle construira, pas à pas, coûte que coûte, sa fuite.
Un joli roman comme l'assemblage de toutes les pièces délicates et opiniâtres qui font le monde de Nikki et sa vie dans laquelle scintille sans faiblir son désir de liberté.


Isabelle G.

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Jim Harrison

L'ampoule

Emmanuelle Pagano
Le tiroir à cheveux

POL, 2004
[PAG]

Une mère jeune, vit seule avec ses deux enfants, deux garçons. L'un ressemble à tous les autres enfants, l'autre qu'à lui-même. Ne parle pas, ne se déplace pas, ne sourit pas. Ses yeux, toujours vagues, sa tête ballante, son corps raide et lourd, il gémit. Elle, forte, résiste.
A l'incompréhension, aux idées reçues, à la pitié, à la curiosité malveillante des gens.
C'est l'histoire d'une mère et une histoire d'amour.
Elle vit, elle aime avec ce qu'elle a, ce qu'elle est. Personnage décalé, en marge d'une société bien pensante, elle est libre et se réalise dans son savoir maternel.
Et si ce gémissement était langage ? Et si ce vide dans les yeux de l'enfant était rêve ?
Elle doute et toujours résiste.
C'est un livre sensuel, de lumières, de touchers et de regards. Dans un rayon lumineux, dans un geste, dans un silence, se dessine ce que l'on voit de la beauté des autres.

Isabelle G.

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Le Littéraire.com

SFL

Pierre Péju
Le rire de l'ogre

Gallimard, 2005
[PEJ]
C'est l'histoire de la vie d'un homme autant que celle d'une époque. Une traversée du siècle dans les tumultes de l'après guerre et de ses blessures parfois cachées mais toujours latentes vue à travers les yeux de Paul Marleau. On le découvre d'abord adolescent, gauche et tourmenté, chez son correspondant allemand pour le retrouver étudiant aux Beaux Arts dans le Paris de mai 68 et enfin sculpteur acharné… Son existence, telle un écheveau de fils croisés, ne cessera de se confronter à celle de Clara, jeune Allemande énigmatique, qui, devenue femme, continuera de le hanter en semant le trouble à chacun de ses passages... Elle est elle-même rongée par une part d'ombre et une violence qu'elle canalise tant bien que mal à travers ses photographies et, comme Paul, elle semble vouée à ne jamais pouvoir goûter à un bonheur simple.
Pierre Péju a le don pour les personnages forts et attachants dans une histoire fortement ancrée dans le réel mais qui laisse la part belle à l'imaginaire avec un conte en prélude mais qui à vrai dire, accompagne toute l'histoire comme un fil d'Ariane.
Dans ce roman brut, "viril", aussi dur que le roc que Paul s'évertue à tailler, avec des passages d'une insoutenable cruauté, l'auteur nous offre aussi de merveilleux moments de douceur, véritable accalmie dans une vie rongée par le doute et l'inquiétude… Le rire de l'ogre est un roman dont on ressort pantelant mais aussi touché par la grâce et l'énergie d'une écriture incroyablement belle et expressive.

Isabelle B-C

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Pascale Arguedas

bookcrossing.com
Libération.fr

Eric Pessan
Les géocroiseurs

La Différence, 2004
[PES]
"Si ça serait la fin du monde, tu ferais quoi ?" demande une petite fille à sa mère à la sortie de l'école. Et celle-ci de lui répondre : "Si c'était, ma chérie, si c'était la fin du monde." Réflexe classique d'un adulte, oui, classique, à part que cette question, qui pourrait être un sujet de composition est LA question qui se pose à l'ensemble de l'humanité dans ce roman, car aux environs de la Terre une tripotée d'astéroïdes menace de s'y écraser. Sujet hollywoodien par excellence mais, je vous rassure tout de suite, il n'y aura pas de Bruce Willis pour sauver la planète, et d'ailleurs, ce n'est pas le sujet. Car finalement, on se désintéresse très vite de l'issue fatale. Elle est là, tous savent quand et où aura lieu l'impact, et la question n'est pas de savoir comment l'éviter, mais plutôt que faire en attendant ? Et bien, répond l'auteur, parler, se raconter. Chose que l'on fait souvent trop peu, pas assez bien. Et de voir défiler la vie d'un vieil ermite habitant la zone d'impact et qui refuse d'en bouger, et de suivre son fils parti à sa recherche. Ils ne se sont jamais parlés, s'ignorent totalement, ont depuis longtemps coupé les ponts. L'un, dans sa maison envahie de bouquins sur l'apocalypse raconte sa vie aux deux gendarmes venus le chercher, l'autre, dans sa voiture, raconte la sienne à deux auto-stoppeurs. Le lien entre le père et son fils se fera grâce au plus jeune des gendarmes qui rétablira ainsi la communication brisée. Voilà ce que nous dit l'auteur, alors que la technologie et la science ne peuvent plus rien pour l'humanité, il ne lui reste plus alors que les mots, révélant chacun à lui même.

Fabrice

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Chronique de la LUXIOTTE

l'Humanité

François Place
Atlas des géographes d'Orbae
Tome1 : Du pays des Amazones aux îles Indigo
Tome 2 : Du pays de Jade à l'île Quinookta
Tome 3 : De la rivière rouge au pays des Zizotls

Casterman/Gallimard, 1996-2000
[PLA]
"La cartographie est terre de légendes. Partout le verbe affleure, sous les bois, les roches, les rivières et les étangs, les déserts et les montagnes. Suivre du doigt, sur une carte, une ligne de crêtes ou la courbe d'un fleuve, c'est déjà raconter une histoire."
Cet atlas imaginaire nous entraîne à la suite de chacune des lettres de l'alphabet, traitée comme une île ou un pays fantastique.
Véritable stimulateur de notre imaginaire car chaque nouvelle est très courte ; le lecteur ne fait qu'une incursion dans chaque pays et n'en connaît que ce que le narrateur en dit. Les planches documentaires qui ferment chaque histoire ne sont qu'illusions du réel.
Quand un pays s'ouvre à nous, on pense réussir à le situer, soit par la forme de ses monuments, soit par les costumes de ses habitants, mais l'on sera surpris et dérouté à chaque fois. Par les Pierreux se nourrissant de leur collier de fromage sec ou par la récolte de l'herbe à nuages sur les îles Indigo, on a vite le vertige.
Très bons voyages.

Fabienne

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mediatheque-noisylesec.org

Jacques Roubaud
La Belle Hortense

Editions Ramsay, 1985
[ROU]
Voici un roman qui vous fera rire aux éclats (à moins que vous ne soyez vraiment de mauvaise humeur). Il y est question d'un mystérieux criminel, qui sème la terreur chez les quincailliers parisiens. A ses trousses, l'inspecteur Blognard mène l'enquête. Parviendra-t-il à le confondre ? La route du détective croise celles d'un épicier philosophe, Eusèbe, expert en catégorisation de la gente féminine, d'un organiste, le père Sinouls, d'un jeune homme qui en perd son latin quand il voit Hortense, qui est belle et étourdie, et surtout d'un prince Poldève, le chat Alexandre Vladimirovitch, héros racé de l'histoire. Difficile de résister à l'humour cultivé de cette énigme policière sous laquelle se cache un art du roman. Clins d'œil au lecteur, farces parodiques, commentaires désopilants du narrateur, le malicieux Jacques Roubaud multiplie les facéties, et exhibe les ficelles romanesques, en oulipien convaincu des aspects jubilatoires de la littérature.

Katia

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La Licorne

Wikipédia

Shan Sa
La Joueuse de Go

Grasset, 2001
[SHA]
Elle, une jeune fille mandchoue de seize ans, est encore une enfant. Elle n'aime pas la compagnie des autres jeunes filles et méprise les choses de l'amour. Elle semble subir la routine de ses journées en rêvant d'un autre destin, et s'échapper de ces traditions qui l'ennuient. A travers différentes épreuves, on va assister à son éclosion, son passage de l'enfance à l'âge adulte. Le seul point fixe et immuable dans lequel elle peut se réfugier c'est sur la place des Mille Vents pour jouer au Go avec un inconnu.
Lui, vingt ans, soldat japonais froid et rigide, fier de servir l'empereur, est envoyé en Mandchourie espionner les Chinois. Par hasard, il va se trouver embarqué dans une partie de Go durant laquelle il va évoluer.
Son mépris pour les Mandchous se change peu à peu en admiration. Son agacement face à cette gamine futée se change progressivement en amour.
Chaque jour, ils vont se retrouver sur cette place pour continuer leur partie, comme une parenthèse dans le conflit qui les oppose.
Sans jamais se parler ils vont apprendre à se connaître et peut-être même à s'aimer si la guerre leur laisse cette chance.
Shan Sa, française d'adoption depuis 1990 a réussi le tour de force d'écrire ce roman en français. A la manière d'un conte asiatique elle retrace admirablement bien cette histoire d'amour entre deux êtres que tout oppose, réunis autour d'une même passion avec pour toile fond la guerre sino-japonaise, sûrement l'une des plus barbares du siècle dernier.

Barbara

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Zone littéraire

parutions.com


Eric-Emmanuel Schmitt
Milarepa
Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran
Oscar et la dame Rose

Albin Michel, 2002, 2003, 2004
[SCH]
Au travers de son "cycle de l'invisible", qui est loin d'être un traité de théologie, Eric-Emmanuel Schmitt s'attaque à une vision des religions à la manière de contes qui se veut une réflexion sur la vie.
Dans le premier volet, Milarepa, consacré au bouddhisme, on rencontre Simon qui est la réincarnation de l'oncle de Milarepa, un ermite tibétain, qu'il déteste depuis toujours. Afin de se débarrasser de cette haine, il doit raconter son histoire 100 000 fois au cours de ses différentes vies.
Le second traité, Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran, traitant du soufisme, nous présente Momo, un petit garçon de 12 ans, qui s'ennuie auprès de son père, un avocat juif neurasthénique. Se retrouvant seul à la disparition de celui-ci, Momo sera adopté par Monsieur Ibrahim, un épicier du quartier musulman qui lui fera découvrir sa nouvelle culture.
Oscar et la dame rose est le troisième volet où l'on se retrouve dans un hôpital pour enfant. Oscar a bien compris que quelque chose ne tourne pas rond lors des visites empreintes de gêne et de distance de son médecin et de ses parents. Il n'y a que Mamie-Rose qui ne change pas. Elle lui propose un marché : écrire à Jésus une lettre par jour où il livrerait ses pensées en échange d'un vœu par jour.

Manuel

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Le site officiel de l'auteur

L'Internaute

Martine Storti
32 jours de mai

Le bord de l'eau, 2006
[STO]
Ce roman se lit comme un hommage à Jeanne, amie disparue de Louise. Trois fils de narration s'entremêlent. Sur un premier plan nous suivons Jeanne, étudiante en philosophie à Paris pendant les "événements" de mai-juin 68 durant lesquels elle fait la connaissance de Louise. Un autre plan évoque la rencontre de Lou Salomé et Nietzsche à Orta en Italie en mai 1882. Un troisième plan enfin nous transporte jusqu'en 2003. Des liens se tissent entre les trames par la ressemblance des prénoms (Lou, Louise), le caractère printanier, la philosophie, le projet de voyage de Jeanne et Louise pour Orta.
Le roman est construit comme un témoignage dans un style simple et bref. Les événements s'enchevêtrent pour dessiner un tableau, mêlant citations historiques, extraits de discours, souvenirs, bribes de dialogues, situations reconstruites fictivement et réflexions personnelles de la narratrice.
La parole s'adresse parfois directement à l'amie défunte. Elle établit une relation de proximité où le lecteur est par moment directement pris à témoin : "Tu cours, tu cours rue de Turbigo, tu as beau chercher des visages connus, tu n'en remarques aucun, tu cours rue Réaumur, tu arrives devant la bourse..."
32 jours de mai nous donne un aperçu du vécu de ces semaines de mai-juin 1968, des idées, espoirs, conquêtes mais également déceptions et enfin du retour à la " normalité " des années suivantes.
Vous aimerez plonger dans l'univers de ce roman, à un moment où certains commentateurs ont fait le rapprochement des "événements" de l'automne 2005 avec ceux de mai 68 à Paris...

Eva

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Violette and co

Alain Turgeon
Tu moi

La fosse aux ours, 2006
[TUR]
Ah, voici un super livre pour les amateurs de jeux de mots, trouvailles langagières et bonne humeur narrative. Bref, beaucoup de sourires et même quelques francs éclats de rire en perspective, mais attention, le narrateur (qui s'adresse à lui-même, d'où le titre Tu moi) n'est pas un pur rigolo mais plutôt un angoissé-rigolo-désespéré. Il dresse un constat a priori pas très brillant sur sa vie sexuelle, amoureuse et sociale : son coup de foudre pour une inconnue au rayon surgelés d'un supermarché, les affres d'une nouvelle coupe de cheveux sur une tête (la sienne) en phase d'éclaircissement précoce, les petits boulots au noir qu'il faut bien accepter car écrivain, ça ne nourrit pas son homme... Tous ces épisodes, racontés avec un plaisir évident de l'auteur pour rire du monde et de son inaptitude à s'y sentir bien, laissent entrevoir une vision noire de notre société mercantile et déshumanisée. Je ne résiste pas au plaisir de vous citer une phrase, ma préférée, qui résume bien l'humour du bonhomme : "Il s'appelle Hu mais vous l'appelez tout simplement U." Si vous la trouvez drôle, prenez tout de suite Tu moi, sinon...

Marie-Christine

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Jules Verne
Michel Strogoff, Moscou-Irkoutsk

Livre de poche, 1989 (première édition 1876)
[VER]
"Michel Strogoff, ça va, pas la peine d'en écrire long comme le bras, tout le monde connaît !
- Oui, mais personne ne l'a lu !
- Et alors ?
- C'est dommage, c'est un bon bouquin. Jules Verne est un styliste épouvantable, mais il sait raconter des histoires et même les construire. La course contre la montre, la guerre, les Tartares sur 5000 verstes, c'est le retour de la grande aventure. Nul besoin de s'étendre sur les péripéties connues de tous, mais s'attarder comme le fait Jules sur la superficie du Lac Baïkal alors que Strogoff est à la merci des courants et des glaces dérivantes... Moi j'aime bien ces coups là.
- Et pourquoi c'est un pauvre styliste alors ?
- Parce qu'il a de l'or dans les mains et qu'il ne l'utilise pas. Strogoff, c'est un nom qui claque comme un coup de feu ou de knout sur le visage du "traître Ivan Ogareff" mais Jules s'entête à l'appeler "Michel Strogoff" tout le temps, ce qui lui donne un petit côté planplan (parce que le nom revient quand même trois ou quatre fois par page), c'est un peu comme si on l'appelait "l'ours Collargol", alors que s'il l'appelait juste "Strogoff", son nom sonnerait comme une détonation à chaque fois, ça accélèrerait encore le rythme, qui est déjà trépidant.
- C'est n'importe quoi ?
- Non, c'est vrai, essaie, tu verras. On devrait récrire Michel Strogoff en virant tous les Michel du texte plus une ou deux lourdeurs par-ci par-là, en tout on retirerait peut-être 3 ou 4 pages sur 500, mais ce serait alors un sacré chef-d'œuvre !"

Emmanuel

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Texte intégral

Gallica

Jules Verne
L'île mystérieuse

Livre de poche, 2002 (première édition 1874)
[VER]
Neuf raisons de lire ce livre :
- Si vous aimez les romans historiques (ce roman est ancré dans son époque)
- Si vous vous intéressez à l'histoire des Etats-Unis (les personnages principaux sont des évadés nordistes)
- Si vous aimez les histoires de naufragés (comme l'indique le titre, l'histoire se passe sur une île)
- Si vous aimez le suspense (même si vous devinez la fin de tous les romans policiers que vous lisez, vous aurez du mal à la trouver ici)
- Si vous aimez Jules Verne (vous aurez quelques surprises)
- Si c'est la première fois que vous lisez Jules Verne (vous voudrez lire ses autres titres)
- Si vous aimez les gros pavés qui se lisent d'une traite (environ 800 pages qui ne se lâchent plus)
- Si vous n'aimez pas trop lire (ça vous redonnera le goût de la lecture)
- Si vous aimez les animaux (le chien Top joue un rôle important).

Elodie

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L’Ile Mystérieuse ou l’utopie d’un monde idéal

Gallica