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Eliette Abecassis Un heureux événement Albin Michel, 2005 [ABE] |
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Barbara
et Nicolas forment un couple uni en plein Marais.
Quand Nicolas lui propose de faire un bébé, elle accepte plus par amour que par conviction. On peut penser que c'est le début du grand bonheur, une nouvelle vie qui commence. Mais nous aurait-on caché des choses sur le bonheur d'être mère ? Comment s'accaparer ce petit étranger à la sortie de l'hôpital ? Comment intégrer cet enfant roi entre eux sans que le couple n'en pâtisse ? Comment être à la fois une femme, une mère, une amante ? Comment vivre pour quelqu'un d'autre sans s'oublier ? Abecassis casse totalement le mythe de l'instinct maternel et contre tous les tabous, nous apprend qu'il s'agit plutôt d'un douloureux apprentissage, d'un parcours du combattant. Désormais il n'y a plus que Barbara et Léa, et quand elle tente d'exprimer son malaise face à ce qui est censé être le plus beau moment de sa vie, elle ne parvient pas à trouver d'oreille compréhensive à l'écoute de son désespoir, ce qui la mène inéluctablement au clash. A la lecture de ce roman, on peut se demander si ça vaut le coup de faire un enfant. Sans apporter aucune réponse et malgré la mélancolie diffuse, on peut tout de même y voir une note d'espoir à travers une fin mitigée. Ce roman a certainement le mérite de dire certaines choses qui ne doivent pas être dites, de casser des tabous, et, avec son humour amer et mordant, permet peut-être d'entamer une réflexion sur la notion de maternité-bonheur qui ne semble pas ici aller de soi. Roman court mais intense et qu'on espère le moins autobiographique possible pour Eliette Abecassis. Barbara Liens Internet : |
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Eliette Abecassis La Répudiée Albin Michel, 2000 [ABE] |
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Rachel est une jeune femme de vingt-six ans de Méa
Shearim, le quartier ultra orthodoxe de Jérusalem. Elle est mariée
depuis dix ans à Nathan, un Hassidim (juif très pratiquant
passant ses journées à la Yeshiva pour étudier les
textes sacrés) qu'elle a aimé éperdument dès
le premier jour.
Dans la tradition juive, le mariage ayant pour seul but la reproduction, il est de coutume qu'au bout de dix ans d'union sans descendance, le mari puisse, et quelquefois doive, pour les plus fanatiques, répudier sa femme pour créer une famille ailleurs. Rachel est dans ce cas et le père de Nathan, également rabbin de la communauté, incite très fortement son fils à le faire. On ressent dans ce roman pourtant écrit à la première personne la souffrance introvertie de Nathan qui reste digne et va jusqu'au bout de ses croyances malgré l'évidence de ses sentiments. Loin de se rebeller, Rachel accepte son sort par respect mais aussi par croyance, alors qu'à l'inverse, sa sur, Naomi se rebelle contre sa famille qui la pousse à épouser un hassidim qu'elle méprise. Ce livre décrit les préceptes du courant fanatique du judaïsme avec ses traditions et coutumes au quotidien. On découvre la vie quotidienne de Méa Shearim, les visites au Mikvé, au Mur des Lamentations, la difficulté d'être femme dans un monde d'hommes. Mais il décrit aussi bien le profond désespoir de Rachel qui n'a comme défaut que de ne pas pouvoir donner un enfant à son mari, alors que paradoxalement elle n'a pas le droit de consulter un médecin pour y remédier. On ne peut qu'être ému devant sa peine grandissante qui la conduit à mourir de chagrin, tandis que Nathan qui a choisi les codes plutôt que les sentiments, épouse une nouvelle femme choisie par la communauté. Un roman court, émouvant, révoltant, autant devant la tradition que devant la soumission de ce couple, qui au nom de certains codes se laisse briser, séparer sans jamais véritablement s'y opposer. Le livre est l'adaptation du film, déjà écrit par Abecassis, Kadosh de Amos Gitai, Sélection officielle du Festival de Cannes en 1999. Barbara Liens Internet : |
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Louis Aragon Aurélien Gallimard, 2002 (première édition en 1944) [ARA] |
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La première fois qu'Aurélien vit Bérénice,
il la trouva franchement laide ". Aragon sait captiver ses lecteurs
dès la première ligne et les entraîner dans une lecture
compulsive jusqu'à la dernière page. Et l'on cède
à ce roman d'amour, sans craindre de passer pour une midinette,
disposant d'un alibi littéraire irréfutable : l'écriture
est magistrale. Aurélien retient également l'attention pour
sa dimension historique : chronique parisienne des années 1930,
le roman d'Aragon dépeint une génération traumatisée
par la première Guerre mondiale, suggérant les raisons qui
conduiront à la défaite de 1940, et traduit l'atmosphère
d'effervescence artistique de l'époque. Les protagonistes côtoient
ainsi les avant-gardes littéraires, parmi lesquelles le lecteur
reconnaît les personnalités marquantes du groupe surréaliste
(l'auteur offre de savoureux portraits de ses ex-camarades Dali, Breton
et Picasso, rebaptisés mais bien reconnaissables). C'est enfin
un roman de l'amour absolu, qui dit ce à quoi s'exposent ceux qui
conjuguent aimer et éternité. Que les allergiques au romantisme
passent leur chemin.
Katia Liens Internet : |
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Germaine Beaumont Si je devais... Le Dilettante, 2005 [BEA] |
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Ce
recueil de chroniques écrites dans les années trente a gardé
toute sa fraîcheur pour vous accompagner partout.
Considérations sur le coquillage, la femme seule, l'hiver, les gens qui s'ennuient, la lune, la ligne courbe s'opposant à la ligne droite autant de sujets et d'occasions de regarder le monde. Concluons avec André Parinaud que Germaine Beaumont est "l'étincelle même de l'intelligence féminine, complexe, riche, ironique, qui implique une personnalité indépendante, attentive à l'autre". Eva Liens Internet : |
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François Bégaudeau Entre les murs Verticales, 2006 [BEG] |
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François
Bégaudeau, l'auteur, est écrivain et aussi professeur de français
dans un collège. Pendant un an, il s'est astreint à noter
un fait par jour dans son journal de bord, de là est né le
livre Entre les murs qui relate une année scolaire entre salle des
profs et salle de classe.
Jour après jour, on suit les heures de classe, le quotidien des élèves et du professeur ; certaines choses, certaines attitudes, se répètent jusqu'au burlesque, Souleymane qui porte capuche et bonnet de septembre à juin, Mezut qui ne travaille jamais. Il y a des enthousiasmes et des abandons, des rêves, la fatigue de tous qui n'est jamais loin, il y a des rires et des réalités, des insultes et des malentendus, des coups parfois. Il y a, dans ce livre, beaucoup de vie et beaucoup d'humour (on rit aussi pour ne pas être découragé), il y a ces façons de parler, cette langue, qui, même loin du français classique, s'invente et rappelle ici sa grande vivacité. Isabelle G. Liens Internet : |
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François Bon Daewoo Fayard, 2004 [BON] |
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Janvier
2003, en Lorraine, les trois usines coréennes Daewoo ferment leurs
portes. 1200 employés sont licenciés, en grande majorité
des femmes. Les rêves s'effondrent, la misère pointe, l'isolement,
pour Sylvia le suicide.
Daewoo est un livre brûlant. Le drame humain y est consigné avec force et révolte. Parallèlement, c'est aussi un travail d'enquête et de réflexion autour des questions que chacune de ces ouvrières se posent : comment expliquer ce démantèlement, pourquoi ? D'où un regard sans concession porté sur le fondateur, Kim Woo-Chong, qui, sciemment, vint réaliser du profit, grâce aux aides économiques concédées par l'Etat français. En s'engageant dans l'écriture d'un roman, François Bon fait d'autant mieux entendre la voix de ces ouvrières. Il les rencontre, les écoute et prend des notes. Ensuite, il fabrique de la littérature. Et ce n'est pas comme ces nouvelles qu'on regarde à la télévision ou qu'on lit dans les journaux puis qu'on oublie. Marie Jo Liens Internet : |
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Jean-François
Chabas Aurélien Malte Hachette Jeunesse, 2001 [CHA] |
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Aurélien
Malte s'apprête à affronter péniblement sa dernière
année de prison. Total de la peine : quatorze ans. Fait nouveau,
Anne, visiteuse de prison, vient le voir tous les quinze jours. Au début,
ces visites le perturbent au point qu'il envisage de les interrompre. Il
commence à lui écrire dans une sorte de journal tout ce qu'il
n'ose pas lui dire. Peu à peu, ce gros dur respecté révèle
ses faiblesses, se raconte. Son enfance montagnarde auprès de son
grand-père, personnage magnifique, les valeurs inculquées
qui lui ont permis de rester debout jusque là, puis son retour chez
sa mère où tout bascule.
Le personnage d'Aurélien, complexe, fouillé, incroyable mélange de force et de vulnérabilité, nous hante longtemps après avoir terminé la lecture de ce " journal ". Et Anne, brossée en creux, constitue un pendant féminin retenu, mais digne de ce bloc de virilité. Muriel R. Liens Internet : |
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Sylvain
Coher Facing Joca Seria, 2004 [COH] |
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Un
homme a perdu son travail. Il marche, il part le matin à l'heure
des travailleurs et parcourt la campagne environnante. Tout au long du livre,
il marche, et, nous, lecteurs, écoutons ses pensées et les
voix de ses interlocuteurs, hôtesse ANPE, agent de reclassement, qui
l'accompagnent.
Etes-vous polyvalent ? Etes-vous mobile ? Etes-vous prêt à saisir une opportunité ? Sa marche, fantomatique dans les brumes du matin donne le pouls de sa vie, là, maintenant. Qui est-il ? l'ex-ouvrier ? l'ex-travailleur ? Qu'en est-il de lui ? Qu'est donc un homme sans travail ? Dans le brouhaha des voix, dans tous ses questionnements, doucement, il avance, doucement il refuse de répondre à ce qu'on attend de lui, il marche, il ne plie pas, il devient, il est lui-même : sa propre entreprise. Isabelle G. Liens Internet : |
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Catherine
Cusset Confessions d'une radine Gallimard, 2004 [CUS] |
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Un
petit livre qui présente le mérite d'être clair : "mon premier instinct, c'est d'être radine" reconnaît d'emblée
l'auteur. S'ensuivent, pour illustrer cette radinerie revendiquée
mais tout de même un peu honteuse, des anecdotes vécues qui
vous feront sourire car elles vous évoqueront sans doute telle ou
telle personne de votre connaissance. Parfois peut-être, vous rirez
jaune car vous aurez hélas reconnu dans ces petites mesquineries
inavouables un être cher : vous-même !
Catherine Cusset est d'une franchise à toute épreuve et va même jusqu'à se demander si ce n'est pas sa radinerie qui la pousse à écrire : "Parce que ça ne coûte rien. Parce qu'on peut écrire presque n'importe où et que c'est gratuit. Parce qu'en écrivant je ne dépense rien sauf mon temps et ne dépends que de moi." Alors, si vous-même avez des tendances à la radinerie, n'hésitez pas un instant à emprunter ce livre : le prêt est gratuit. Marie-Christine Liens Internet : |
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Michel
Deguy A ce qui n'en finit pas (thrène) Seuil, 1995 [P DEG] |
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Dans
ce livre, Michel Deguy réunit pêle-mêle des textes écrits
dans les semaines qui ont suivi la mort de son épouse. Y sont rassemblés
les récits des derniers instants avec elle, des premiers moments
sans elle, l'expression du chagrin mais aussi la quête du (non-) sens
d'une telle épreuve. Face à la disparition, le poète
tord les mots pour comprendre. Ce livre est autant un chant funèbre
("un thrène") qu'une réflexion philosophique,
poétique, métaphysique. A chacun de le lire selon son intérêt
et son humeur. A chacun de se laisser saisir par le sens ou l'émotion,
par le caractère personnel ou universel de l'écriture.
"Il y a un mois mourait ma femme. Je ne peux pas dire tu mourais, d'un tu affolant, sans destinataire ; et je dis bien "mourait", non pas dépérissait ou lisait ou voyageait ou dormait ou riait, mais "mourait", comme si c'était un verbe, comme s'il y avait un sujet à ce verbe parmi d'autres. Le livre sera non paginé parce que chaque page, ou presque, pourrait être la première ou la nième. Tout recommence à chaque page ; tout finit à chaque page." Marion Liens Internet : |
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Louise
Desbrusses L'argent, l'urgence POL, 2005 [DES] |
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Une
femme, jusque-là travailleur indépendant, peut-être
artisan ou artiste, prend un emploi fixe à plein temps dans une grande
entreprise privée pour assurer la vie matérielle de son couple,
l'homme avec qui elle vit préférant ne pas travailler.
Contre son cur, contre son gré, elle se force à croire que c'est là la meilleure solution, la plus raisonnable, celle qui, un jour (peut-être), lui apportera des satisfactions concrètes, lui donnera raison de l'avoir choisie. Elle ne s'écoute plus et dans cet oubli d'elle-même, sombre. Enfermement, repli sur soi, dépression et maladie, envahissent alors sa vie. Cette descente aux enfers et une rencontre inattendue seront pour elle les étapes nécessaires pour mettre un terme à une relation amoureuse destructrice et pour retrouver goût à la vie qu'elle aime. Un livre sur l'individualisme - elle qui s'efforçait de croire en tout, ne se sauvera qu'en croyant en elle - et sur tout le désir et la force qu'il faut pour devenir ou rester un être libre. Isabelle G. Liens Internet : |
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Jean-Paul
Dubois Vous plaisantez, monsieur Tanner L'Olivier, 2006 [DUB] |
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Monsieur
Tanner qui menait une existence jusque là tranquille et confortable
hérite de son oncle une immense demeure. Malheureusement, le charme
de cette maison qu'il a connue enfant est quelque peu atténué
par les outrages du temps et il s'avère vite que des travaux pharaoniques
seront nécessaires pour restaurer la bâtisse.
Les avertissements des premiers entrepreneurs venus évaluer les travaux ne le découragent pas et il prend plusieurs mois de congé pour piloter le chantier et réaliser une partie de la restauration. Face à des entrepreneurs, au mieux, incompétents, au pire, malhonnêtes, Monsieur Tanner vit un véritable cauchemar qui provoque sa colère puis le fait sombrer dans le fatalisme. A mesure que les travaux avancent (et que ses finances fondent), on voit Monsieur Tanner, peu à peu, tomber dans la lassitude et la déprime. Les énergumènes qui vont se succéder sur son chantier auront-ils la peau de Tanner ? Vous allez plonger dans le monde impitoyable du "bâtiment" qui a ses règles et son fonctionnement propres au-delà de tout ce qui peut sembler rationnel aux néophytes. Le ton résolument simple et humoristique de l'auteur et le rythme rapide des chapitres, font que la lecture est facile et que le lecteur est plus disponible pour s'attarder sur les ressentiments du narrateur. Cela créé une complicité narrateur / lecteur, condition indispensable pour que la farce prenne toute sa saveur. Bruno Liens Internet : |
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Joël
Egloff L'Etourdissement Buchet Chastel, 2004 [EGL] |
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Dans
une contrée sinistre où le soleil ne parvient jamais à
percer et dans laquelle les habitants, les animaux et les plantes sont tous
contaminés par une pollution insidieuse, le héros habite une
maison délabrée, coincée entre la décharge et
l'aéroport, avec une grand-mère acariâtre et tyrannique,
digne de Tatie Danielle
Voilà pour le décor, quant à
son travail, il est tout aussi réjouissant puisqu'il exerce la charmante
profession d'équarrisseur ! Il faut dire que devant un horizon si
peu prometteur, il n'a guère le choix et chaque matin, entre dégoût
et fatalisme, il enfourche donc son vélo pour rejoindre l'abattoir.
De plus, avec un peu d'habileté, il arrive même à ramener
à la maison des morceaux consommables !
Sa seule échappatoire, c'est le rêve qu'il a de quitter un jour cet endroit pour vivre des jours meilleurs mais ce sera le cur lourd, car "après tout c'est là que j'ai mes racines " et " on s'attache aux pires endroits... comme le graillon au fond des poêles". Vous vous dites certainement : "Mais comment diable trouver un intérêt à cette histoire où suintent autant le désespoir et la résignation ?". C'est sans compter avec le talent de Joël Egloff ! Un style apparemment simple et sans fioriture mais parfaitement maîtrisé. Pour décrire ce monde si glauque, l'auteur manie avec subtilité l'art de la dérision et celui de la poésie, il nous touche profondément avec son humour noir et caustique Isabelle B-C Liens Internet : |
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Eric
Emptaz La malédiction de la Méduse Grasset, 2005 [EMP] |
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Peut-on
raconter un tableau ? Ghéoine Liens Internet : |
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Dominique
Fourcade En laisse Sans lasso et sans flash Eponges modèle 2003 POL, 2005 [P FOU] |
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Ces
trois livres ont été écrits en même temps. Une
sorte de triptyque mais ouvert, dissociable et entrelacé.
En septembre 2001, l'auteur se trouve profondément touché par l'attaque des deux tours à New York, il dit qu'alors son écriture - même s'en trouvant si violemment ébranlée, il ne pouvait qu'écrire cela, dire ce point-là de si vibrante perméabilité, dire l'écriture comme vulnérabilité. Un des chapitres de ce livre est une réaction à la photographie d'un prisonnier irakien tenu en laisse par une soldate américaine. "Humanité qui es-tu pour me manquer à ce point?". Sans lasso et sans flash est un texte sur une oeuvre d'art : Ecriture rose de Simon Hantaï, une peinture qui date de 1958-59. "Du jour où j'ai vu ce tableau pour la première fois je n'ai cessé de le regarder ; je l'ai regardé chaque fois qu'il était possible de le voir, et j'ai continué de le regarder même quand je ne le voyais pas. L'intrigue se complique du fait que toute chose intensément regardée tôt ou tard vous regarde à son tour. Aujourd'hui plus que jamais Ecriture rose me fixe et me demande qui je suis. Moins que jamais je sais répondre." Eponges modèle 2003 est un questionnement sur l'écriture, sur le lieu de l'écrivain. C'est un texte / éponge qui absorbe, qui est absorbé par son époque avec une humilité et une conscience élevées. Ici le langage est comme choqué, sonore, il claque magnifiquement dans l'actuel. "Qui que tu sois même le pire Rapproche-moi d'un centre de ma voix Au moins ça." Isabelle G |
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Jean
Giono Les grands chemins Gallimard, 1951 [GIO] |
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"C'est pas la première fois que tu nous mets du Giono ici ?
- Non, mais comme disait Paul Bocuse, qui pourtant ne dit pas que des choses intelligentes, "quand c'est bon, y'a pas meilleur !" Et puis j'avais mis les premiers romans de Giono, des romans des années trente, d'un jeune gars qui ne connaissait que les classiques et sa montagne. Là, c'est différent. Il y a eu le succès des premiers romans, les essais, les séminaires près de Manosque et surtout, il y a eu la guerre et l'après-guerre. On s'est mépris sur les intentions de Giono, ancien de 14, pacifiste jusqu'au bout des ongles et panthéiste ce qui le fera passer pour Vichyste aux yeux des épurateurs. Du coup, la bonhomie de la prose gioniesque en prend un coup ! - C'est-à-dire ? - Comme dans Un de Beaumugnes, c'est la voix narrative qui fait tout, c'est le type qui parle, dont on ne saura ni le prénom ni l'âge, mais seulement que l'hiver, il laisse pousser une barbe blonde qui plait aux femmes. Et cette voix là, elle n'est plus comme celle de l'Amédée dans Un de Beaumugnes. Elle n'est pas franche comme l'or, elle ne dit pas tout, elle dit ce qu'on veut bien entendre. Et puis il y a la chute - Il tombe ? - Non, la fin du bouquin, les trois dernières phrases qui remettent tout en perspective qui donne envie de revenir au début et de relire maintenant qu'on sait un peu plus (oh, pas beaucoup) à quoi s'en tenir. Ces fins là, moi, ça me dévaste !" Emmanuel Liens Internet : |
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Sylvie
Gracia L'ongle rose Verdier, 2002 [GRA] |
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Court
roman écrit d'une seule traite, sans un alinéa, sans la respiration
d'un dialogue, écrit le temps que l'ongle du gros orteil droit de
la narratrice repousse. Non je n'exagère rien, car cet ongle est
un personnage à part entière à qui l'on parle, il incarne
l'amant parti, claquant la porte, renversant des piles de livres qui resteront
en l'état. De Levallois à la place Clichy dans un décor
en noir et blanc de solitude, le lecteur suit cette femme dans "l'hiver
de ses fureurs abstraites". Elle nous déverse ses rencontres
avec les paumés du bistrot, ses fuites, ses désirs d'appartenir
à un groupe, ses retrouvailles avec une ancienne professeur, ses
"filatures" de vieilles dames à la supérette...
Dans un halètement de mots, toutes ces histoires légères
font diversion à la solitude et au chagrin.
Fabienne Liens Internet : |
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Faïza
Guène Kiffe, kiffe demain Hachette, 2004 [GUE] |
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Doria a quinze
ans. Pour elle, la vie c'est "kiffe-kiffe demain". Elle vit
à la cité du Paradis avec sa mère, exploitée
au travail. Son père est reparti au pays épouser une autre
femme. Attention ! Ne pensez surtout pas que ce livre est triste à
pleurer. Au contraire. Certes, la situation n'est pas enviable, mais Doria
a la volonté de s'en sortir. Elle raconte, à travers
de petites tranches de vie, celle des cités, les joies, les peines,
le bon comme le mauvais, avec une galerie de personnages hauts en couleurs,
de Hamoudi (qui a connu Doria "pas plus haute qu'une barrette de
shit") à l'assistante sociale ("qui fait vraiment bien
semblant d'en avoir quelque chose à cirer de nos vies"). Elodie Liens Internet : |
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Dominique
Manotti Le Corps Noir Grasset, 2004 [MAN] |
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"
Dis donc, un roman sur les derniers jours de la collaboration, pour
les vacances, tu charges un peu, on peut trouver mieux ! Emmanuel Liens Internet : |
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Christine
Montalbetti Expérience de la campagne POL, 2004 [MON] |
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C'est
la nuit et dans la campagne, un homme est assis sur une terrasse éclairée
de deux ampoules, isolé entre maison et nature, comme au bord du
monde.
Autour de lui, rien ne se passe et lui-même ne fait rien. Ce lieu en apparence vide, cette campagne qui l'indiffère un peu, cet état de vacance volontaire, accueillent alors l'expérience de la pensée et celle de l'écriture. C'est un texte court, une belle écriture en phrases longues et noueuses, aux mouvements délicats et précis. Une mini-narration, qui, du mouvement intérieur des souvenirs en terrasse de Simon, l'homme assis, effectue une élégante boucle, complexe et fluide pour s'ajuster ensuite aux mouvements de la pensée et l'écriture ou comment ces processus les plus complexes s'attachent aux minuscules détails de l'ordinaire de nos existences, comment soudain peut surgir un pan entier d'enfance sur un coin de toile cirée. Isabelle G. Liens Internet : |
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Gérard
Mordillat Les vivants et les morts Calmann-lévy, 2005 [MOR] |
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A Raussel,
de génération en génération, on travaille
à la Kos, surnom donné à l'usine de fibres plastiques,
Plastikos. Dans cette petite bourgade de l'est de la France, les vies
se construisent autour de l'usine : gagne-pain, mais aussi lieu de rencontres
politiques, amicales, amoureuses... Lorsque la population de la ville
apprend sa fermeture, suite à son rachat par un groupe financier
allemand puis nord américain, c'est le "choc". Commence
alors une lutte déterminée, désespérée
pour la vie. Julie Liens Internet : |
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Véronique
Ovaldé Toutes choses scintillant L'Ampoule, 2002 [OVA] |
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Nikko
est née au pôle dans un village perdu au bout des routes glacées.
Elle est la seule enfant de sa génération à avoir survécu.
Son village est dévoré par une sorte d'usine installée
là par le continent : barbelés et cheminées sombres,
fumées qui tuent.
Pour les autres, Nikko la survivante grandit comme si elle n'y avait pas droit, elle, elle vit dans un monde enfantin d'amis / animaux et d'esprits, gardant par-dessus tous les froids, une fusion avec cette terre qu'elle aime. Elle sait depuis toujours qu'il lui faudra rêver sans cesse pour enfin parvenir à s'échapper. De l'enfance à la maternité, elle construira, pas à pas, coûte que coûte, sa fuite. Un joli roman comme l'assemblage de toutes les pièces délicates et opiniâtres qui font le monde de Nikki et sa vie dans laquelle scintille sans faiblir son désir de liberté.
Liens Internet : |
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Emmanuelle
Pagano Le tiroir à cheveux POL, 2004 [PAG] |
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Une mère
jeune, vit seule avec ses deux enfants, deux garçons. L'un ressemble
à tous les autres enfants, l'autre qu'à lui-même.
Ne parle pas, ne se déplace pas, ne sourit pas. Ses yeux, toujours
vagues, sa tête ballante, son corps raide et lourd, il gémit.
Elle, forte, résiste. Isabelle G. Liens Internet : |
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Pierre
Péju Le rire de l'ogre Gallimard, 2005 [PEJ] |
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C'est
l'histoire de la vie d'un homme autant que celle d'une époque. Une
traversée du siècle dans les tumultes de l'après guerre
et de ses blessures parfois cachées mais toujours latentes vue à
travers les yeux de Paul Marleau. On le découvre d'abord adolescent,
gauche et tourmenté, chez son correspondant allemand pour le retrouver
étudiant aux Beaux Arts dans le Paris de mai 68 et enfin sculpteur
acharné
Son existence, telle un écheveau de fils croisés,
ne cessera de se confronter à celle de Clara, jeune Allemande énigmatique,
qui, devenue femme, continuera de le hanter en semant le trouble à
chacun de ses passages... Elle est elle-même rongée par une
part d'ombre et une violence qu'elle canalise tant bien que mal à
travers ses photographies et, comme Paul, elle semble vouée à
ne jamais pouvoir goûter à un bonheur simple.
Pierre Péju a le don pour les personnages forts et attachants dans une histoire fortement ancrée dans le réel mais qui laisse la part belle à l'imaginaire avec un conte en prélude mais qui à vrai dire, accompagne toute l'histoire comme un fil d'Ariane. Dans ce roman brut, "viril", aussi dur que le roc que Paul s'évertue à tailler, avec des passages d'une insoutenable cruauté, l'auteur nous offre aussi de merveilleux moments de douceur, véritable accalmie dans une vie rongée par le doute et l'inquiétude Le rire de l'ogre est un roman dont on ressort pantelant mais aussi touché par la grâce et l'énergie d'une écriture incroyablement belle et expressive. Isabelle B-C Liens Internet : |
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Eric
Pessan Les géocroiseurs La Différence, 2004 [PES] |
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"Si ça serait la fin du monde, tu ferais quoi ?" demande une
petite fille à sa mère à la sortie de l'école.
Et celle-ci de lui répondre : "Si c'était, ma chérie,
si c'était la fin du monde." Réflexe classique d'un
adulte, oui, classique, à part que cette question, qui pourrait être
un sujet de composition est LA question qui se pose à l'ensemble
de l'humanité dans ce roman, car aux environs de la Terre une tripotée
d'astéroïdes menace de s'y écraser. Sujet hollywoodien
par excellence mais, je vous rassure tout de suite, il n'y aura pas de Bruce
Willis pour sauver la planète, et d'ailleurs, ce n'est pas le sujet.
Car finalement, on se désintéresse très vite de l'issue
fatale. Elle est là, tous savent quand et où aura lieu l'impact,
et la question n'est pas de savoir comment l'éviter, mais plutôt
que faire en attendant ? Et bien, répond l'auteur, parler, se raconter.
Chose que l'on fait souvent trop peu, pas assez bien. Et de voir défiler
la vie d'un vieil ermite habitant la zone d'impact et qui refuse d'en bouger,
et de suivre son fils parti à sa recherche. Ils ne se sont jamais
parlés, s'ignorent totalement, ont depuis longtemps coupé
les ponts. L'un, dans sa maison envahie de bouquins sur l'apocalypse raconte
sa vie aux deux gendarmes venus le chercher, l'autre, dans sa voiture, raconte
la sienne à deux auto-stoppeurs. Le lien entre le père et
son fils se fera grâce au plus jeune des gendarmes qui rétablira
ainsi la communication brisée. Voilà ce que nous dit l'auteur,
alors que la technologie et la science ne peuvent plus rien pour l'humanité,
il ne lui reste plus alors que les mots, révélant chacun à
lui même.
Fabrice Liens Internet : |
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François
Place Atlas des géographes d'Orbae Tome1 : Du pays des Amazones aux îles Indigo Tome 2 : Du pays de Jade à l'île Quinookta Tome 3 : De la rivière rouge au pays des Zizotls Casterman/Gallimard, 1996-2000 [PLA] |
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"La cartographie est terre de légendes. Partout le verbe affleure,
sous les bois, les roches, les rivières et les étangs, les
déserts et les montagnes. Suivre du doigt, sur une carte, une ligne
de crêtes ou la courbe d'un fleuve, c'est déjà raconter
une histoire."
Cet atlas imaginaire nous entraîne à la suite de chacune des lettres de l'alphabet, traitée comme une île ou un pays fantastique. Véritable stimulateur de notre imaginaire car chaque nouvelle est très courte ; le lecteur ne fait qu'une incursion dans chaque pays et n'en connaît que ce que le narrateur en dit. Les planches documentaires qui ferment chaque histoire ne sont qu'illusions du réel. Quand un pays s'ouvre à nous, on pense réussir à le situer, soit par la forme de ses monuments, soit par les costumes de ses habitants, mais l'on sera surpris et dérouté à chaque fois. Par les Pierreux se nourrissant de leur collier de fromage sec ou par la récolte de l'herbe à nuages sur les îles Indigo, on a vite le vertige. Très bons voyages. Fabienne Liens Internet : |
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Jacques
Roubaud La Belle Hortense Editions Ramsay, 1985 [ROU] |
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Voici
un roman qui vous fera rire aux éclats (à moins que vous ne
soyez vraiment de mauvaise humeur). Il y est question d'un mystérieux
criminel, qui sème la terreur chez les quincailliers parisiens. A
ses trousses, l'inspecteur Blognard mène l'enquête. Parviendra-t-il
à le confondre ? La route du détective croise celles d'un
épicier philosophe, Eusèbe, expert en catégorisation
de la gente féminine, d'un organiste, le père Sinouls, d'un
jeune homme qui en perd son latin quand il voit Hortense, qui est belle
et étourdie, et surtout d'un prince Poldève, le chat Alexandre
Vladimirovitch, héros racé de l'histoire. Difficile de résister
à l'humour cultivé de cette énigme policière
sous laquelle se cache un art du roman. Clins d'il au lecteur, farces
parodiques, commentaires désopilants du narrateur, le malicieux Jacques
Roubaud multiplie les facéties, et exhibe les ficelles romanesques,
en oulipien convaincu des aspects jubilatoires de la littérature.
Katia Liens Internet : |
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Shan
Sa La Joueuse de Go Grasset, 2001 [SHA] |
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Elle,
une jeune fille mandchoue de seize ans, est encore une enfant. Elle n'aime
pas la compagnie des autres jeunes filles et méprise les choses de
l'amour. Elle semble subir la routine de ses journées en rêvant
d'un autre destin, et s'échapper de ces traditions qui l'ennuient.
A travers différentes épreuves, on va assister à son
éclosion, son passage de l'enfance à l'âge adulte. Le
seul point fixe et immuable dans lequel elle peut se réfugier c'est
sur la place des Mille Vents pour jouer au Go avec un inconnu.
Lui, vingt ans, soldat japonais froid et rigide, fier de servir l'empereur, est envoyé en Mandchourie espionner les Chinois. Par hasard, il va se trouver embarqué dans une partie de Go durant laquelle il va évoluer. Son mépris pour les Mandchous se change peu à peu en admiration. Son agacement face à cette gamine futée se change progressivement en amour. Chaque jour, ils vont se retrouver sur cette place pour continuer leur partie, comme une parenthèse dans le conflit qui les oppose. Sans jamais se parler ils vont apprendre à se connaître et peut-être même à s'aimer si la guerre leur laisse cette chance. Shan Sa, française d'adoption depuis 1990 a réussi le tour de force d'écrire ce roman en français. A la manière d'un conte asiatique elle retrace admirablement bien cette histoire d'amour entre deux êtres que tout oppose, réunis autour d'une même passion avec pour toile fond la guerre sino-japonaise, sûrement l'une des plus barbares du siècle dernier. Barbara Liens Internet : |
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Eric-Emmanuel
Schmitt Milarepa Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran Oscar et la dame Rose Albin Michel, 2002, 2003, 2004 [SCH] |
Au
travers de son "cycle de l'invisible", qui est loin d'être
un traité de théologie, Eric-Emmanuel Schmitt s'attaque à
une vision des religions à la manière de contes qui se veut
une réflexion sur la vie.
Dans le premier volet, Milarepa, consacré au bouddhisme, on rencontre Simon qui est la réincarnation de l'oncle de Milarepa, un ermite tibétain, qu'il déteste depuis toujours. Afin de se débarrasser de cette haine, il doit raconter son histoire 100 000 fois au cours de ses différentes vies. Le second traité, Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran, traitant du soufisme, nous présente Momo, un petit garçon de 12 ans, qui s'ennuie auprès de son père, un avocat juif neurasthénique. Se retrouvant seul à la disparition de celui-ci, Momo sera adopté par Monsieur Ibrahim, un épicier du quartier musulman qui lui fera découvrir sa nouvelle culture. Oscar et la dame rose est le troisième volet où l'on se retrouve dans un hôpital pour enfant. Oscar a bien compris que quelque chose ne tourne pas rond lors des visites empreintes de gêne et de distance de son médecin et de ses parents. Il n'y a que Mamie-Rose qui ne change pas. Elle lui propose un marché : écrire à Jésus une lettre par jour où il livrerait ses pensées en échange d'un vu par jour. Manuel Liens Internet : |
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Martine
Storti 32 jours de mai Le bord de l'eau, 2006 [STO] |
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Ce
roman se lit comme un hommage à Jeanne, amie disparue de Louise.
Trois fils de narration s'entremêlent. Sur un premier plan nous suivons
Jeanne, étudiante en philosophie à Paris pendant les "événements" de mai-juin 68 durant lesquels elle fait
la connaissance de Louise. Un autre plan évoque la rencontre de Lou
Salomé et Nietzsche à Orta en Italie en mai 1882. Un troisième
plan enfin nous transporte jusqu'en 2003. Des liens se tissent entre les
trames par la ressemblance des prénoms (Lou, Louise), le caractère
printanier, la philosophie, le projet de voyage de Jeanne et Louise pour
Orta.
Le roman est construit comme un témoignage dans un style simple et bref. Les événements s'enchevêtrent pour dessiner un tableau, mêlant citations historiques, extraits de discours, souvenirs, bribes de dialogues, situations reconstruites fictivement et réflexions personnelles de la narratrice. La parole s'adresse parfois directement à l'amie défunte. Elle établit une relation de proximité où le lecteur est par moment directement pris à témoin : "Tu cours, tu cours rue de Turbigo, tu as beau chercher des visages connus, tu n'en remarques aucun, tu cours rue Réaumur, tu arrives devant la bourse..." 32 jours de mai nous donne un aperçu du vécu de ces semaines de mai-juin 1968, des idées, espoirs, conquêtes mais également déceptions et enfin du retour à la " normalité " des années suivantes. Vous aimerez plonger dans l'univers de ce roman, à un moment où certains commentateurs ont fait le rapprochement des "événements" de l'automne 2005 avec ceux de mai 68 à Paris... Eva Liens Internet : |
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Alain
Turgeon Tu moi La fosse aux ours, 2006 [TUR] |
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Ah,
voici un super livre pour les amateurs de jeux de mots, trouvailles langagières
et bonne humeur narrative. Bref, beaucoup de sourires et même quelques
francs éclats de rire en perspective, mais attention, le narrateur
(qui s'adresse à lui-même, d'où le titre Tu moi) n'est
pas un pur rigolo mais plutôt un angoissé-rigolo-désespéré.
Il dresse un constat a priori pas très brillant sur sa vie sexuelle,
amoureuse et sociale : son coup de foudre pour une inconnue au rayon surgelés
d'un supermarché, les affres d'une nouvelle coupe de cheveux sur
une tête (la sienne) en phase d'éclaircissement précoce,
les petits boulots au noir qu'il faut bien accepter car écrivain,
ça ne nourrit pas son homme... Tous ces épisodes, racontés
avec un plaisir évident de l'auteur pour rire du monde et de son
inaptitude à s'y sentir bien, laissent entrevoir une vision noire
de notre société mercantile et déshumanisée.
Je ne résiste pas au plaisir de vous citer une phrase, ma préférée,
qui résume bien l'humour du bonhomme : "Il s'appelle Hu mais
vous l'appelez tout simplement U." Si vous la trouvez drôle,
prenez tout de suite Tu moi, sinon...
Marie-Christine Liens Internet : |
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Jules
Verne Michel Strogoff, Moscou-Irkoutsk Livre de poche, 1989 (première édition 1876) [VER] |
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"Michel Strogoff, ça va, pas la peine d'en écrire long comme
le bras, tout le monde connaît !
- Oui, mais personne ne l'a lu ! - Et alors ? - C'est dommage, c'est un bon bouquin. Jules Verne est un styliste épouvantable, mais il sait raconter des histoires et même les construire. La course contre la montre, la guerre, les Tartares sur 5000 verstes, c'est le retour de la grande aventure. Nul besoin de s'étendre sur les péripéties connues de tous, mais s'attarder comme le fait Jules sur la superficie du Lac Baïkal alors que Strogoff est à la merci des courants et des glaces dérivantes... Moi j'aime bien ces coups là. - Et pourquoi c'est un pauvre styliste alors ? - Parce qu'il a de l'or dans les mains et qu'il ne l'utilise pas. Strogoff, c'est un nom qui claque comme un coup de feu ou de knout sur le visage du "traître Ivan Ogareff" mais Jules s'entête à l'appeler "Michel Strogoff" tout le temps, ce qui lui donne un petit côté planplan (parce que le nom revient quand même trois ou quatre fois par page), c'est un peu comme si on l'appelait "l'ours Collargol", alors que s'il l'appelait juste "Strogoff", son nom sonnerait comme une détonation à chaque fois, ça accélèrerait encore le rythme, qui est déjà trépidant. - C'est n'importe quoi ? - Non, c'est vrai, essaie, tu verras. On devrait récrire Michel Strogoff en virant tous les Michel du texte plus une ou deux lourdeurs par-ci par-là, en tout on retirerait peut-être 3 ou 4 pages sur 500, mais ce serait alors un sacré chef-d'uvre !" Emmanuel Liens Internet : |
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Jules
Verne L'île mystérieuse Livre de poche, 2002 (première édition 1874) [VER] |
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Neuf
raisons de lire ce livre :
- Si vous aimez les romans historiques (ce roman est ancré dans son époque) - Si vous vous intéressez à l'histoire des Etats-Unis (les personnages principaux sont des évadés nordistes) - Si vous aimez les histoires de naufragés (comme l'indique le titre, l'histoire se passe sur une île) - Si vous aimez le suspense (même si vous devinez la fin de tous les romans policiers que vous lisez, vous aurez du mal à la trouver ici) - Si vous aimez Jules Verne (vous aurez quelques surprises) - Si c'est la première fois que vous lisez Jules Verne (vous voudrez lire ses autres titres) - Si vous aimez les gros pavés qui se lisent d'une traite (environ 800 pages qui ne se lâchent plus) - Si vous n'aimez pas trop lire (ça vous redonnera le goût de la lecture) - Si vous aimez les animaux (le chien Top joue un rôle important). Elodie Liens Internet : |
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