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LISON FUTÉ 2007 /
Bande dessinées
Charles Burns
Robert Crumb, David Zane Mairowitz
Etienne Davodeau, Kris
Dave Gibbons, Alan Moore
Franck Giroud
Golo
J. Lereculey, D. Chauvel
Guillaume Long
Michel Rabagliati
Romans étrangers - Romans français - Science fiction - Romans policiers - Bande dessinées - Théâtre / Poésie / Essais

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Charles Burns
Black Hole

Delcourt, 2005
Traduit de l’anglais (Etats-Unis)
[BD BUR]

Banlieue de Seattle au milieu des années 70, le calme apparent d’une petite bourgade est perturbé par l’arrivée d’une étrange maladie ne touchant que les adolescents, « la Crève ». Ceux qui sont infectés se mettent rapidement à changer, à muter : apparition d’une deuxième bouche ou d’une queue, déformation faciale, etc.
Les plus touchés sont rapidement méprisés et rejetés par leurs camarades les obligeant à quitter la ville pour aller vivre dans les bois à l’écart des autres. Dans ce climat difficile, l’insouciance reste de mise et des histoires d’amour naissent dans l’obscurité malgré l’angoisse et les doutes.
Dessiné dans le style des comics des années 50-60, Burns nous concocte une petite merveille de noirceur graphique parfaitement adaptée au récit, à la fois dérangeant, envoûtant et morbide.
Fable sur la différence, sur le changement, sur l’adolescence tout simplement, Black Hole narre avant tout le passage à l’âge adulte vu comme une maladie (passagère même s’ils ne le savent pas).
Parfois tendre, parfois crue mais toujours dans le juste ton, cette version sombre d’un thème pourtant banal nous captive jusqu’à la dernière page.

Laurent

Robert Crumb, David Zane Mairowitz
Kafka

Actes Sud, 1996
Traduit de l’anglais (Etats-Unis)
[BD CRU]

Ni spécialiste de Kafka, ni de Robert Crumb, mais lectrice enthousiaste, oui !
Même si le livre s’ouvre sur un dessin à la manière d’une gravure noire et blanche comme une épitaphe, les auteurs prennent pour point de départ, non pas l’œuvre, ni l’écrivain Kafka, mais ce qui l’a rendu banal au commun des mortels : l’adjectif. « Avant de devenir un adjectif, Franz Kafka (1883-1924) était un juif de Prague ». Partant de l’histoire tourmentée de la Tchécoslovaquie, la famille Kafka est dépeinte dans le contexte de l’époque et, par effet de zoom, peu à peu, la destinée de Franz s’impose. Rétrospectivement, vie et œuvre sont étroitement  imbriquées. Le dessin malicieux de Robert Crumb ne cesse de nous le rappeler. A côté, David Zane Mairowitz nous propose un texte sobre, documenté mais accessible.
Aller et retour de la biographie à l’œuvre rythment le récit, l’intimité affleure.
Robert Crumb donne à voir une dimension tragique saisissante tout en jouant d’un humour féroce, avec aussi beaucoup de tendresse.       
Attention chef-d’œuvre ! Ce livre est d’une universalité bouleversante.

Marie-Jo

Etienne Davodeau, Kris
Un homme est mort

Futuropolis, 2006
[BD DAV]

Etienne Davodeau  récidive. Un homme est mort est un livre agréable à lire. Nous sommes en 1950 ; la guerre est finie depuis cinq ans. La ville de Brest est complètement détruite par les bombardements de la deuxième guerre mondiale.
L’heure est à la reconstruction. Les chantiers se multiplient. Des ouvriers bretons et maghrébins sont embauchés. Les conditions de travail sont difficiles. Les ouvriers ne tardent pas à se mettre en grève. Au printemps 1950, ils débrayent pour revendiquer de meilleures conditions de travail et une augmentation de salaire. Leurs collègues de l’arsenal et les dockers rejoignent le mouvement. La grève s’étend et immobilise toute la ville.
Le 17 avril, une grande manifestation est prévue. Elle est interdite dans la nuit du 16 au 17, ce qui crée une grande confusion chez les ouvriers.
Le jour de la manifestation, la police intervient pour disperser les manifestants, c’est l’affrontement. La police ouvre le feu. Un mort, Édouard Mazé, touché d’une balle à la tête, et plusieurs blessés.
Les jours suivant le drame, débarque clandestinement à Brest, le cinéaste René Vautier, invité par les syndicalistes, pour filmer les événements.
René Vautier est un anticolonialiste, recherché par la justice française suite à un documentaire poignant sur le colonialisme français.
A peine arrivé à Brest et muni d’un matériel rudimentaire, il se met au travail.
Accompagné par deux ouvriers, ptit Zef et Désiré, il parcourt la ville avec sa caméra.
Il filme les obsèques d’Edouard Mazé dont le cercueil est accompagné par une foule immense. René Vautier filme la révolte et la colère des hommes.
Au montage du film, n’ayant pas de son, il enregistre en fond sonore un poème de Paul Eluard,  « Au rendez vous allemand » en hommage au journaliste Gabriel Péri, « un homme est mort qui n’avait d’autres défenses que ses bras ouverts à la vie », en changeant le nom de Péri par celui de Mazé.
Réalisé en 8 mm et d’une durée de 12 minutes, le film est ainsi projeté dans les chantiers de la ville.
A sa 89ème projection, la pellicule rend l’âme, aucune autre copie n’avait été tirée, le document a disparu, pensait-on.
Kris et Etienne Davodeau lui redonnent vie. la mémoire est ainsi préservée.
Une bd reportage très documentée qui a nécessité quatre ans de travail.
Kris et Davodeau racontent l’histoire de ce film en bande dessinée, une très belle et émouvante bande dessinée. Une colorisation qui retransmet chaleureusement les ambiances, un régal.
Un dossier documentaire de 16 pages, accompagne cette bd. Un dossier sur le Brest de ces années là, sur le travail effectué par René Vautier et son engagement pour le cinéma militant, et des documents et des photographies d’époque.

Mohamed

Dave Gibbons, Alan Moore
Watchmen, les Gardiens : l’intégrale

Delcourt, 1998
Traduit de l’anglais
[BD GIB]

En 1985, à New York, alors que le monde s’apprête à sombrer dans l’holocauste nucléaire, un ancien membre d'un groupe de super-héros est assassiné chez lui, le premier d’une sombre liste.
Depuis une loi interdisant ce type d’association, l’équipe des Gardiens s’était séparée. Certains ont repris leurs vies normales, d’autres se sont mis à la solde du gouvernement tandis qu’un seul continue à combattre le crime en toute illégalité.
A la mort de son ancien partenaire, le dernier justicier, Rorschach, décide de mener l’enquête et de prévenir les autres qu’un tueur de masque est sur leurs traces. S’ensuivra une multitude de souvenirs douloureux et de remise en question qui aboutiront à une course contre la montre pour sauver la planète, rien que ça.
Et si des auteurs anglais réinventaient le comics US ? C’est l’idée qu’a eue DC comics en confiant à Alan Moore et Dave Gibbons une mini-série sur les super-héros, défi relevé haut la main par le duo britannique.
Les Gardiens (Watchmen pour la VO) est avant tout une histoire humaine. Pour la première fois les super-héros en collants paraissent réels, avec leurs doutes, leurs états d’âmes, leurs faiblesses. Ici les héros sont utopistes mais parfois aussi corrompus, psychopathes ou même fascistes, des personnages réellement complexes et formidablement écrits par Moore qui s’amuse à chambouler les codes établis.
La narration et le découpage sont un vrai travail d’orfèvre qui, tout en restant dans la contrainte d’être fidèle aux modèles d'antan, se permet des prouesses d’originalité.
Le dessin lui aussi se veut classique, il pourrait même paraître vieillot mais il retranscrit parfaitement l’ambiance tout en étant détaillé et complet, chaque vignette a du sens et est judicieusement utilisée pour enrichir le récit.
Watchmen a instauré l’ère du comics pour adultes, et s’il y en avait un à lire, ce serait celui-là. 

«Qui nous garde de nos gardiens ?»

Laurent

Franck Giroud
Le Décalogue

Glénat, 2001-2003
[BD GIR]

Dix tomes, dix histoires différentes, seul point commun, Nahik, un livre mystérieux contenant les dernières volontés du prophète Mahomet. Capable de changer le destin de quiconque essaye de l’approcher, il devient à lui seul le personnage central de cette bande dessinée hors du commun.
De 1803 à nos jours, de France aux montagnes grecques en passant par New York, le livre sacré échappe à toutes les mains, et une sorte de malédiction réduit en cendres tous les efforts fournis pour le mettre au grand jour.
Contenant un secret capable de changer les préceptes de l’Islam, susceptible de déclencher un véritable cataclysme politique et religieux, il est évidemment maintenu caché et son existence semble même parfois tenir de la légende.
Secrets de familles, histoires d’amour, complots politiques, tous les ingrédients pour faire une grande saga sont ici réunis !  Giroud nous conte de main de maître la vie mouvementée de ce livre avec la collaboration précieuse de dix dessinateurs de BD qui illustrent chacun un tome de la série.
Nul doute qu’une fois achevé les dix tomes vous vous lancerez dans le onzième, petit bonus complétant les histoires de chacun et apportant un regard nouveau sur leurs histoires.

Barbara

Golo
B. Traven, portrait d’un anonyme célèbre

Futuropolis, 2007
[BD GOL]

Qui est Traven ? Si ses romans, du Vaisseau des morts au Trésor de la Sierra Madre ont connu un immense succès dès la fin des années 20, leur auteur reste un mystère. Pacifiste subversif qui évolue dans les milieux contestataires allemands durant la première guerre mondiale, témoin et acteur de la révolution spartakiste, défenseur des travailleurs et opprimés mexicains, interprète des revendications indiennes… Il est difficile de situer ce personnage. D’autant qu’il a, au long de sa vie, accumulé les identités et les professions et cultivé le secret autour de sa personnalité. Golo, qui a déjà réalisé de nombreuses adaptations de romans en bande dessinée se propose de nous faire découvrir Traven. C’est une véritable gageure de vouloir nous faire connaître celui qui prétendait « qu’un écrivain ne devait pas avoir d’autre biographie que ses livres ». Il y réussit à merveille ! Non pas qu’il clarifie les passages les moins connus de la vie de Traven mais bien qu’il resitue l’auteur dans son contexte historique et dans les engagements qui influenceront grandement ses œuvres. L’atmosphère de mystère que Traven adorait laisser planer autour de sa personne est très bien rendue par Golo. On comprend que l’important n’est pas « l’individu Traven » mais ses combats, ses expériences collectives et son écriture. On est témoin des mêmes événements que lui. Cette bande dessinée est une grande tentation à (re)plonger dans l’œuvre de Traven.

Bruno

J. Lereculey, D. Chauvel
Arthur, une épopée celtique

Delcourt,1999-2006
[BD LER]

En l’an 500, le royaume de Bretagne est attaqué de toutes parts. Dans une terre à feu et à sang naît un garçon doué de pouvoirs extraordinaires, Myrddin. Il deviendra par la suite le fameux magicien qui conseillera Arthur et les siens pour protéger la Bretagne des envahisseurs.
Retranscrire l’ambiance des vieux textes sur les légendes arthuriennes en bandes dessinées, c’est le pari qu’ont relevé Chauvel et Lereculey.
A travers une grande saga en neuf tomes, le destin de Myrddin, Arthur et ses compagnons nous est conté de la façon la plus complète possible, découpée en un tome par personnage ou par couple tels les célèbres Drystan et Esyllt.
Le dessin de Lereculey est exemplaire, tout en finesse, précis et détaillé, il nous illustre parfaitement les diverses situations allant d’un champ de bataille sanglant à une romance tout en douceur en passant par les légendes anciennes imagées telles des tapisseries d’époque.
La narration y est dense et complexe, l’utilisation des véritables noms pour la plupart imprononçables ne facilite pas non plus la lecture mais quelle richesse, que de détails. Même si le thème arthurien a été abordé maintes fois auparavant sous toutes ses formes, principalement médiévales, on découvre avec plaisir ces légendes celtiques que l’on croyait déjà connaître.
Une œuvre qui en découragera sûrement quelques-uns mais qui mérite que l’on s’accroche un peu au début.

Laurent

Guillaume Long
Anatomie de l’éponge
Vertige Graphic, 2006
[BD LON]

- Je viens de finir Anatomie de l’éponge.
- Ah bah ça a dû te parler, parce que comme éponge, excuse-moi, tu te poses un peu là !
- Très drôle. Là, l’éponge c’est le cerveau du dessinateur. Au début tu ne comprends pas mais petit à petit tu captes l’allusion.
- L’allusion à quoi ?
- Une éponge, ça gonfle avec de l’eau et bien le cerveau c’est pareil, ça gonfle mais pas avec de l’eau, avec ton expérience. Cette BD parle des multiples influences de l’auteur.
- Ah oui ? et alors quelles sont donc ses influences à ce brave garçon ?
- Alors dans l’ordre : Fishboy, sa première jupe (c’est un garçon), Axl Rose, la Mouche de Trondheim, Lewis Trondheim, le rock, Lewis Trondheim, Franck Black, Clint Eastwood et Lewis Trondheim. Toutes ces influences sont découpées en petites histoires indépendantes.
- Si il a Axl Rose parmi ses influences, il est bien naturel qu’il mette des jupes, mais une question se pose à moi : c’est qui Fishboy ? Les autres ça va, mais Fishboy ! Je vois pas !
- C’est un type du genre Rahan qui vivait dans l’eau à la même époque. Un vieux livre trouvé sur la plage pendant son enfance qui l’a sans doute conduit à la BD.
- Un Rahan aquatique, des jupes, du heavy metal et des mouches, ça donne envie !
- Oui, je sais c’est dur à vendre. Mais cette BD a un énorme avantage par rapport aux centaines de BD autobiographiques d’auteurs trentenaires légèrement bobo sur les bords...
- Et je sens que tu ne vas pas pouvoir t’empêcher de me dire lequel….
- Ah tu vois ça t’intéresse ! Et bien, avec cette BD, tu rigoles bien. Et pas juste un petit sourire en pensant qu’il y a certaines choses qui te rappellent ta propre vie. Non, carrément une bonne franche rigolade.
- Je veux bien te croire, mais la dernière fois que j’ai franchement rigolé en lisant une BD, j'avais moins de 10 ans !
- Et depuis tout ce temps tu lis des BD avec l’espoir fou de revivre ces moments ?
- Exactement, et tu m’apportes des bonnes nouvelles ? Y’a un espoir, pr
ofesseur ?
- Ton cas me semble particulièrement désespéré mais tu peux quand même essayer...
- Merci !

Cyril & Emmanuel

Michel Rabagliati
Paul à la pêche

La Pastèque, 2006
[BD RAB]

Paul est un personnage attachant dont on suit les aventures depuis maintenant cinq albums. Ici pas de monstres, de méchants despotes, d’intrigues policières… on assiste simplement à une semaine de vacances de Paul près d’un lac. Le propos de Michel Rabagliati est de construire un univers autour de son personnage principal. C’est la vraie vie ; simple voire banale, mais c’est palpitant ! Le récit mélange l’instant présent et de réguliers flash-backs qui, loin de compliquer l’histoire, lui donnent une intensité étonnante et surtout la rendent touchante. On se plait à partager les états d’âmes de Paul, on vibre avec lui dans ses moments de bonheur et ses tristesses nous peinent également.
C’est un véritable tour de force de Rabagliati de parvenir à mettre tant de contenu dans son personnage. A chaque album, il creuse un peu plus son caractère et nous fait découvrir de nouvelles personnes de son entourage. Alors le doute se fait de plus en plus fort : Paul est-il le fruit de l’imagination de l’auteur ou l’histoire a-t-elle un caractère autobiographique ?

Bruno