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LISON FUTÉ 2007 /
Théâtre - Poésie - Essais
Théâtre  
Yasmina Reza
Poésie  
Michel Deguy
Mohamed Kacimi, Rachid Koraichi
Essais  
Marc Boulet
René Girard
Pierre Jakez Helias
Romans étrangers - Romans français - Science fiction - Romans policiers - Bande dessinées - Théâtre / Poésie / Essais

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Yasmina Reza
Le dieu du carnage

Albin Michel, 2007
[T REZ]

Deux couples se rencontrent pour remplir une déclaration d’assurance, suite à une bagarre entre leurs enfants respectifs. Ferdinand, le fils des Reille a cassé deux dents au fils des Houllié, Bruno.
Si la rencontre se déroule de la façon la plus cordiale possible dans un premier temps, chacun essayant de garder son sang-froid et de se comporter en adulte, la tension va progressivement monter pour aboutir à un pétage de plomb général, pour le plus grand plaisir du lecteur.
Yasmina Reza excelle dans l’art du dialogue : répliques cinglantes, règlements de comptes entre époux, situations ridicules… Un régal !

Marie-Christine

Michel Deguy
Desolatio

Galilée, 2007
[P DEG]

En 1995, Michel Deguy écrivait A ce qui n’en finit pas. Sous titré, thrène (c’est-à-dire : chant funèbre), ce livre réunissait des textes épars écrits à la mort de sa femme.
Dix ans plus tard, Michel Deguy perd coup sur coup son petit-fils, âgé de 18 ans, et sa sœur. Devant l’impensable, l’insupportable, il reprend la plume et d’un thrène dédié à son unique femme, il réalise un livre des morts qui réunit ses parents, son épouse, sa sœur, son petit-fils, son meilleur ami. Car est arrivé ce jour où il ne s’agit plus de « faire son deuil » mais de comprendre que désormais nous sommes « faits de deuils ». Jeune poète, Deguy écrivait comme une comptine insolente « Le premier de nous deux qui pleure aura la vérité. » Dans Desolatio, on le découvre vainqueur tragique de ce jeu : « J’ai un étrange savoir, celui que je ne serai plus jamais heureux. »
Comme pour thrène, ce livre est inclassable dans sa forme : à la fois récit, poésie, journal, réflexion philosophique ou littéraire. On est saisi, on est intéressé – successivement ou simultanément. Dans une même page, l’auteur dit le manque, gratte les mots, comprend Levinas, se rappelle un vers de Corneille, raconte un souvenir, et demande : « Comment pouvons-nous survivre à ceux que nous aimons vraiment ? » Et ce n’est pas rien, un livre qui embrasse tout cela dans un même mouvement.

Marion

Mohamed Kacimi, Rachid Koraichi
Bouqala, chants des femmes d’Alger

Thierry Magnier, 2006
[P KAC]

Pour ma part, je vous propose pour vos longues soirées d’été de découvrir ce jeu divinatoire et traditionnel algérois. Il pourra vous aider à faire connaissance avec vos voisins de vacances d’une manière ludique et poétique.
Le jeu, la bouqala, est facile à mettre en place et sa règle est assez simple à comprendre.
L’auteur, Mohamed kacimi et le peintre et calligraphe, Rachid Koraichi, se sont associés pour réaliser un superbe album où l’on retrouve des bouqualates, ces poèmes traduits et merveilleusement illustrés.
Le jeu consiste à se réunir autour d’une bouqala (un bocal, un récipient), remplie d’eau, dans laquelle les participants mettent un objet personnel, puis ils le recouvrent et le plus sage de l’assistance improvise un poème puis plonge la main dans la bouqala et retire un objet.
La personne à qui appartient cet objet doit interpréter les bons et les mauvais présages de cette bouqala.
Pour la petite histoire, ce sont les femmes d’Alger, jeunes et rêveuses, qui pratiquaient ce jeu et les hommes n’y étaient pas conviés.
C’est un jeu de société dont les origines remontent à plusieurs siècles et dont on retrouve des traces dans plusieurs pays de la méditerranée.
L’interprétation de la bouqala pour ces jeunes Algéroises ne pouvait être qu’ouverture et porteuse d’espoir.
Un album chatoyant à découvrir afin de prolonger le plaisir et d’en savoir davantage sur ce jeu.

Mohamed

Marc Boulet
Dans la peau d’un intouchable

Seuil, 1994
[959.2 BOU]

Loin des clichés sur l’Inde, ce livre vous transportera au cœur d’une société d’une rare violence.
Après avoir appris l’hindi et s’être teint la peau, Marc Boulet, journaliste indépendant, s’est transformé en intouchable pendant plusieurs mois.
Les intouchables, caste la plus basse de la société indienne, sont des personnes exerçant des activités considérées comme impures telles que cordonnier, croque-mort ou blanchisseur.
Malgré son abolition officielle en 1947, le castéisme, système vieux de trois millénaires, est toujours ancré en Inde, d’ailleurs si fortement ancré qu’il existe au sein même des intouchables !
Dans la peau d’un aborigène du Jhârkand, Marc Boulet a vécu dans la misère et les brimades quotidiennes subies par les « enfants de Dieu ». Il a assisté à des actes de violence perpétrés contre des hommes et des femmes pour l’unique raison qu’ils étaient des intouchables.
L’auteur nous dit toute la révolte et le désespoir qu’il a éprouvé vis-à-vis d’une religion où la vie d’un singe, symbole du dieu Hanumân, a plus de valeur que la vie d’un homme et où les étudiants brahmanes s’immolent par le feu en signe de protestation contre les quotas favorisant l’entrée des intouchables à l’université.
Dans la peau d’un intouchable est un récit passionnant et bouleversant qui transformera à jamais votre vision de l’Inde.

Caroline

René Girard
Des choses cachées depuis l’origine du monde

Lgf, 2000
[ 301.7 GIR]

René Girard fait partie de cette génération d’intellectuels qui, depuis les années cinquante, a donné à penser le monde et la société. Ni aaronien, ni sartrien ou marxiste, structuraliste ou post-moderne, il n’est d’aucune école. Cela le rend aujourd’hui d’autant plus actuel. C’est sans doute ce qui lui a permis, après une carrière d’universitaire menée aux USA, d’entrer à l’Académie Française en 2006.
L’ambition de ce livre est d’expliquer à travers un jeu de dialogue avec deux intervenants la portée de sa pensée, pourtant très simple. Elle s’articule autour de deux notions qui nous sont familières, le mimétisme et la victime émissaire, ou bouc émissaire.
Le mimétisme est aussi bien au cœur de nos modes d’apprentissage, de l’intelligence humaine qu’à la base de bien des conflits : je fais comme mon voisin pour l’imiter et apprendre ce qu’il sait, jusqu’à vouloir lui prendre sa place. Qui n’a pas vu deux enfants jouer de concert avant de jalouser le jouet de l’autre ? Ce conflit mimétique transposé à l’échelle d’une nation, d’une société explique de nombreuses crises, guerres et conflits.
A travers l’étude de nombreux mythes de toutes les sociétés humaines, allant de Gilgamesh, à des mythes du Pacifique, il montre comment le mythe raconte la résolution d’un conflit à travers le sacrifice d’un être humain qui est à la fois responsable du conflit et dont la mort permet le retour de la paix.
A travers ce crime fondateur d’une paix mais aussi d’un lien entre les meurtriers s’organise une société régulée. Si les conditions d’une nouvelle crise surviennent, le sacrifice d’un être devient alors une nécessité non pas sanguinaire, mais salvatrice aux yeux de tous, car la victime est pour tous responsable de la crise. Dans ces sociétés premières, la régulation des conflits en passe par là et le sacrifice humain apparaît comme la première trace d’une société. Toutes les sociétés humaines ont cela en commun : du sacrifice d’Iphigénie avant la guerre de Troie au massacre des innocents par Hérode, en passant par les récits étranges que nous rapportent les premiers voyageurs et les mythes des premiers anthropologues.
Par la suite chaque société a connu sa propre évolution, que René Girard nous éclaire sous ce nouveau jour. Ce sont aussi ces « choses cachées depuis l’origine du monde ».
Dans un deuxième temps, René Girard nous montre comment la culture judéo-chrétienne a progressivement fait voler en éclats ce mode de régulation des sociétés, en dénonçant l’innocence des victimes. C’est selon lui l’essentiel de la portée de la parole du Christ et des évangiles. Ce livre n’est pas un livre chrétien, mais il analyse les évangiles comme il avait analysé d’autres mythes.
René Girard considère la culture judéo-chrétienne, et à sa suite la philosophie des Lumières et des droits de l’Homme, comme singulière et unique au monde car seule à dénoncer l’imposture du meurtre sacrificiel, car seule à dénoncer le meurtre et le sang comme le ciment de toute société humaine, jusqu’à lui. Certains ont vu dans cette singularité une lecture voulant marquer la supériorité de la culture européenne. Je vous laisse vous faire votre opinion, mais cet essai vaut au moins pour les clés qu’il propose en expliquant la naissance de la culture et de la civilisation de toutes les sociétés humaines et pré-humaines.

Luc

Pierre Jakez Helias
Le cheval d’orgueil : Mémoires d’un breton du pays bigouden

Plon, 1976
[914.41 HEL]

"T’es breton toi ?
- Bah comme tout le monde ! Mais ça n’a pas grand-chose à voir. Comme tous les grands bouquins, c’est quand on parle d’un bout de territoire de quelques lieues carrées qu’on parle du monde, qu’on atteint l’universel. Regarde Faulkner…
- C’est plus fort que toi, il faut que tu t’étales que tu tombes dans le grandiloquent…
- Pour une fois, t’as pas tort, ça dessert le propos. Le bouquin d’Helias est tout sauf grandiloquent. C’est le récit humble de vies de peu, un grand père paysan l’autre sabotier, un père ouvrier, une mère au foyer, les chemins creux, les contes au coin du feu, les Pardons, les galettes… la force d’Helias est d’avoir vécu une vie normale à cette époque à cet endroit et d’avoir eu ensuite le recul nécessaire pour la rendre unique."

Emmanuel