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LISON FUTÉ 2007 /
Romans policiers
Gianni Biondillo
Massimo Carlotto
Giancarlo de Cataldo
Ranpo Edogawa
Jô Soares
Léonie Swann
Franck Thilliez
Romans étrangers - Romans français - Science fiction - Romans policiers - Bande dessinées - Théâtre / Poésie / Essais

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Franck Thilliez
La forêt des ombres

Le Passage, 2006
[RP THI]

David Miller, embaumeur de profession et écrivain de polars à ses heures perdues se voit proposer une coquette somme pour faire revivre par les mots le Bourreau 125, serial killer pendu vingt cinq ans plus tôt.
L’auteur de cette proposition est un vieil homme étrange, Joffre, propriétaire d’un chalet au cœur de la Forêt Noire enneigée, dans lequel ils vont se rendre en compagnie de leurs petites familles respectives le temps de conclure l’accord.
Une suite d’événements étranges aura vite fait de mettre les nerfs de tout le monde à vif, lecteur compris.
Après La chambre des morts, Thilliez signe une nouvelle fois un très grand polar. Ici il ne s’agit pas de course contre la montre, mais d’une intrigue très commune. Au final il se montre toujours aussi doué pour créer des ambiances profondement malsaines et oppressantes, et des personnages toujours plus pervers et angoissants.
Ce huis clos absolument passionnant évoque forcément Shining de Stephen King, et tout comme lui, il est très difficile à refermer.
Avec cette histoire entièrement maîtrisée, Thilliez nous offre son meilleur ouvrage, nul doute qu’il s’agit là d'un grand nom du polar international.

Barbara

Léonie Swann
Qui a tué Glenn ?

Nil Editions, 2006
Traduit de l’allemand
[RP GLE]

Stupeur et tremblements dans le paisible village irlandais de Glennkill : George le berger est retrouvé au milieu de ses pâturages assassiné, une bêche plantée dans les entrailles. Pour en finir avec l’incessant défilé des humains qui viennent piétiner l’herbe tendre sans élucider le crime, les moutons décident de mener l’enquête. Miss Mapple, brebis la plus futée du troupeau, dirige les opérations, secondée par le dodu Mopple, doté d’une mémoire aussi vaste que sa gourmandise, par Zora l’intrépide, qu’aucune falaise n’émeut, et par Othello, bélier noir au passé mystérieux. Certes les moutons manquent de concentration et suspendent leur mission dès qu’une pâquerette ou un pissenlit alléchant se présentent, mais ils disposent d’un atout indéniable : le flair, qui fait d’eux - osons la métaphore - des limiers hors pairs.
Les plus méfiants d’entre vous penseront en lisant ce résumé digne d’un scénario du Club des cinq qu’il s’agit d’une lecture purement régressive. Et le marketing éditorial ne dissipera pas leur inquiétude : un mouton en peluche orne la couverture, tandis qu’un autre dessiné au bas de chacune des pages, se met à gambader gaiement si l’on feuillette le livre en accéléré tel un flip book. Pourtant ce roman loufoque ne cible pas les 2-6 ans et mérite vraiment l’attention des grands. Il fourmille de références littéraires, manie avec ironie les codes du roman policier et pastiche parfois le style épique. Il revisite aussi avec humour les topoï de la philosophie puisque tout en broutant, les moutons dissertent sur la notion de justice ou débattent de l’intelligence animale : les humains ont-ils une âme ? Ainsi Qui a tué Glenn ? devrait séduire en plus des lecteurs immatures, les amateurs de romans policiers comme ceux de parodies littéraires, les amis des moutons, les apprentis philosophes ou encore les fans de l’Irlande.

Katia

Jô Soares
Elémentaire, ma chère Sarah !

Calmann-Lévy, 1995
Traduit du portugais (Brésil)
[RP SOA]

Brésil, fin du XIXème siècle, l’Empire vit ses dernières années ; Sherlock Holmes est appelé par l’empereur pour retrouver un Stradivarius subtilisé à l’une de ses maîtresse. Bientôt, cette enquête s’entrecroise avec une horrible affaire de serial killer qui « officie » à Rio. Le sens inné de l’investigation et de la déduction du détective londonien est soumis à de dures épreuves. D’autant que le but de Soares n’est pas de nous proposer un bon polar mais bien de nous faire rire. Ainsi, il nous dresse un portrait totalement loufoque d’un Sherlock Holmes et de son acolyte, le docteur Watson, qui évoluent dans le milieu bohème carioca francophile. La farce est totale, depuis un empereur du Brésil débonnaire jusqu’à l’élite intellectuelle du pays regroupée en « club des fainéants » en passant par une Sarah Bernhardt exaltée au possible, les personnages sont mis en scène dans des situations et des dialogues qui frisent le surréalisme. Et on rigole beaucoup de ces individus totalement « à l’ouest » dans cet empire déclinant, surtout que, comme à son habitude, Soares n’hésite pas à distiller tout au long de son récit des anecdotes historiques réaménagées à « sa sauce ».

Bruno

Ranpo Edogawa
La proie et l’ombre

Philippe Picquier, 1988
Traduit du japonais
[RP EDO]

Shizuko Oyamada reçoit depuis peu des lettres chargées de rancune et de cruauté, qui relatent ses moindres faits et gestes jusque dans son intimité. Un lointain amant devenu écrivain en est à l’origine. Perdue et ne pouvant se confier à son mari, Shizuko s’adresse à Ranpo Edogawa (l’auteur de ce roman). Elle espère que ses talents d’auteur de policiers lui permettront de retrouver son persécuteur et ainsi, l’empêcher de commettre un meurtre. Edogawa, séduit par la jeune femme, accepte avec joie de l’aider. Mais ce qu’il considère d’abord comme un jeu, devient vite une obsession. Les diverses hypothèses et l’atmosphère de plus en plus oppressante font que le lecteur ne sait plus quoi penser. Le style d’Edogawa y est pour beaucoup, s’inspirant de son maître : Edgar Allan Poe. Il est aujourd’hui considéré comme le fondateur du roman policier japonais.

Céline

Giancarlo de Cataldo
Romanzo Criminale

Métailié, 2005 (première édition 2003)
Traduit de l’italien
[RP DEC]

A la fin des années soixante dix, une bande décide de s’organiser en association de malfaiteurs afin de mettre Rome en coupe réglée, chose qui n’avait jamais été faite auparavant. Se basant sur le trafic de drogue florissant, ils décident de régner sur la capitale italienne sans partage. Cela ne va pas sans quelques heurts.
Bienvenue dans le meilleur roman criminel (traduction littérale du titre) de l’année dernière. Giancarlo allie la frénésie de James Ellroy à un foisonnement balzacien dans une langue digne de la grande époque de la Série Noire. Les personnages, tous désignés par des sobriquets (exceptés les serviteurs de l’Etat) tels que le Froid, le Sec, le Rat, le Buffle, Le Vieux etc., pullulent, sortent de nulle part, retournent dans l’ombre et ressurgissent quelques chapitres plus loin ou bien, plus simplement, se font dessouder au bout de deux ou de deux cents pages. On retrouve ici toute l’Italie des années de plomb, des hypothèses à faire froid dans le dos sur les compromissions politico-barbouzo-maffieuses entourant des événements comme la mort d’Aldo Moro ou l’attentat de la gare de Bologne. Et surtout un grand sens du récit, de la tension qui fait que ce pavé s’avale d’une traite, comme une vieille grappa faite maison. Du grand noir !

Emmanuel

Massimo Carlotto
L’Immense obscurité de la mort

Métailié, 2006
Traduit de l’italien
[RP CAR]

La femme et le fils de Silvano Contin ont été tués lors d’un braquage.
Dix ans plus tard, celui-ci reçoit une demande de recours en grâce de Rafaello Beggiato, prétendu assassin de sa famille.
Electrochoc qui fait ressurgir une violence anesthésiée par un quotidien mortifère, et tout s’emballe ; le passé de Silvano revient par bribes, réveille ce mort-vivant de sa torpeur destructrice ; il lui faut penser, élaborer sa décision, pour finalement agir selon ce qu’il pense être légitime.
Ce récit à deux voix nous plonge dans la réflexion des deux protagonistes, chacun vivant une réalité au bord du gouffre ; réflexion guidée par des vagues contradictoires, des remous complexes qui deviennent vertigineux et nous aspirent.
C’est un roman noir haletant, incisif, surprenant, qui explore l’étrangeté de la douleur humaine, constitutive de notre humanité.

Valérie L.

Gianni Biondillo
Pourquoi tuons-nous ?

Joëlle Losfeld, 2006
Traduit de l’italien
[RP BIO]

Le roman retrace une année d’enquêtes de l’inspecteur Ferraro, flic milanais banal toujours à la limite de la dépression. Sa vie personnelle est un échec, alors il aborde son travail avec un humour particulièrement corrosif qui frise le cynisme.
Une série d’homicides, sans lien entre eux, ponctue la vie du policier. Du promoteur immobilier à la trafiquante de cigarettes, les assassinats sont complexes et le mènent jusqu’à la périphérie de la ville aussi bien dans la banlieue sinistrée que dans les quartiers huppés. A travers ces enquêtes, on part à la rencontre de la population milanaise et c’est un véritable panorama de la composition sociale et des enjeux politiques de la ville que nous offre le romancier. Car Biondillo, architecte de formation, cherche bien à nous faire découvrir « l’âme » de sa ville dans ses aspects les plus agréables comme ceux les plus repoussants. C’est ce mélange qui est particulièrement réussi et, en posant le livre, le lecteur a assurément le sentiment d’avoir un peu percé la complexité de Milan.

Bruno